Introduction
Les guerres de Yougoslavie constituent un épisode tragique de l'histoire européenne de la fin du XXe siècle. Elles éclatent dans le contexte de l'effondrement du bloc communiste et de la montée des nationalismes, mettant fin à l'expérience yougoslave initiée après 1945 par le maréchal Tito. Ces conflits interethniques et interrépublicains ont vu s'affronter Serbes, Croates, Bosniaques (Musulmans), Albanais du Kosovo et autres groupes, avec une violence extrême et une instrumentalisation politique de la mémoire historique.
Description
Les guerres de Yougoslavie ne forment pas un conflit unique mais une succession d'affrontements interconnectés. Elles débutent par la guerre de Slovénie (juin-juillet 1991), brève et peu sanglante, suivie de la guerre de Croatie (1991-1995), marquée par la bataille de Vukovar et le siège de Dubrovnik. Le conflit le plus intense et complexe fut la guerre de Bosnie-Herzégovine (1992-1995), un véritable imbroglio opposant Bosniaques, Serbes de Bosnie et Croates de Bosnie, ponctué par le siège de Sarajevo (le plus long de l'histoire moderne) et le génocide de Srebrenica. La guerre du Kosovo (1998-1999) opposa les forces serbes à l'Armée de libération du Kosovo (UÇK) et aboutit à une intervention militaire de l'OTAN. Les conflits s'achevèrent par la crise en Macédoine (2001) et des tensions résiduelles.
Histoire
La Yougoslavie de Tito, fédération de six républiques et deux provinces autonomes, reposait sur un équilibre précaire entre les nationalités et la suppression des revendications nationalistes. Après la mort de Tito en 1980 et la chute du communisme en Europe de l'Est, les tensions latentes explosent. L'échec des négociations pour une confédération lâche et la montée en puissance de leaders nationalistes comme Slobodan Milošević en Serbie, Franjo Tuđman en Croatie et Alija Izetbegović en Bosnie précipitent la sécession. La Slovénie et la Croatie déclarent leur indépendance en juin 1991, déclenchant l'intervention de l'Armée populaire yougoslave (JNA), dominée par les Serbes. La reconnaissance internationale rapide de ces nouveaux États, sans garanties pour les minorités, attise les conflits. En Bosnie, la déclaration d'indépendance en 1992 plonge le pays dans une guerre civile atroce. Les accords de Dayton (1995) mirent fin à la guerre en Bosnie et officialisèrent sa partition. La guerre du Kosovo, provoquée par la répression serbe de la majorité albanaise, se termina par le retrait des forces serbes après 78 jours de bombardements de l'OTAN. Le processus de dissolution s'acheva avec l'indépendance du Monténégro (2006) et du Kosovo (2008, contestée).
Caracteristiques
Ces guerres présentent plusieurs caractéristiques distinctes. Il s'agit de conflits identitaires où l'appartenance ethnique et religieuse fut le principal marqueur d'opposition. La tactique du 'nettoyage ethnique' – expulsion forcée et systématique d'un groupe d'un territoire – y fut mise en œuvre à grande échelle, avec son paroxysme à Srebrenica, reconnu comme un génocide par le TPIY. Les sièges de villes (Sarajevo, 1425 jours ; Vukovar) et l'utilisation d'armes lourdes en zones urbaines furent monnaie courante. La complexité des alliances (parfois changeantes, comme l'affrontement puis l'alliance entre Croates et Bosniaques) et l'implication d'acteurs extérieurs (ONU, OTAN, puissances régionales) en firent un conflit internationalisé. Enfin, le rôle des médias et la propagande nationaliste dans la diabolisation de l'ennemi furent centraux pour mobiliser les populations.
Importance
L'importance des guerres de Yougoslavie est immense. Sur le plan humain, elles firent environ 130 000 à 140 000 morts et déplacèrent plus de 4 millions de personnes. Politiquement, elles marquèrent la fin violente de la Yougoslavie et redessinèrent la carte des Balkans. Juridiquement, elles conduisirent à la création du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) en 1993, premier tribunal international depuis Nuremberg et Tokyo, jetant les bases de la Cour pénale internationale. Sur le plan géopolitique, elles représentèrent un échec cuisant de la politique étrangère européenne naissante et nécessitèrent la première intervention militaire offensive de l'OTAN. Ces guerres posèrent des questions fondamentales sur le droit d'ingérence, la souveraineté des États et la gestion des minorités. Leurs séquelles – économiques, psychologiques et politiques – pèsent encore lourdement sur la région, avec des tensions nationalistes persistantes et des États souvent dysfonctionnels.
