Guerre franco-prussienne

Conflit majeur de 1870-1871 opposant le Second Empire français au royaume de Prusse et ses alliés allemands. La défaite française, rapide et humiliante, entraîna la chute de Napoléon III, la perte de l'Alsace-Lorraine et l'unification de l'Allemagne sous l'égide prussienne, bouleversant l'équilibre européen pour des décennies.

Introduction

La guerre franco-prussienne (19 juillet 1870 – 10 mai 1871) est un conflit fondateur de l'Europe moderne. Elle marque l'apogée de la puissance prussienne orchestrée par le chancelier Otto von Bismarck et le point d'effondrement du Second Empire de Napoléon III. Bien plus qu'une simple guerre entre deux nations, elle fut le catalyseur décisif de l'unification allemande et le germe de tensions futures, notamment les deux guerres mondiales.

Description

La guerre fut déclenchée par la fameuse Dépêche d'Ems, un télégramme diplomatique habilement édité par Bismarck pour provoquer la France et lui faire déclarer la guerre, présentant ainsi la Prusse comme la victime d'une agression. Les forces de la Confédération de l'Allemagne du Nord, dirigée par la Prusse, et des États du Sud de l'Allemagne (Bade, Wurtemberg, Bavière) se mobilisèrent rapidement. L'armée française, malgré sa réputation et son équipement moderne (comme le fusil Chassepot), souffrait d'une organisation déficiente, d'un commandement médiocre et d'une logistique catastrophique. L'armée prussienne, quant à elle, bénéficiait de la supériorité de son artillerie (canons Krupp en acier), d'un état-major brillant (dirigé par Helmuth von Moltke) et d'un système de mobilisation par chemin de fer bien rodé.

Histoire

Les hostilités débutent en août 1870. Les premières batailles frontalières (Wissembourg, Frœschwiller-Wœrth, Forbach-Spicheren) tournent rapidement au désastre pour les Français, qui sont repoussés. Les principales armées françaises, commandées par le maréchal Bazaine, sont enfermées dans Metz après une série de défaites. Napoléon III et le maréchal Mac-Mahon tentent de les secourir mais sont interceptés et encerclés à Sedan. Le 2 septembre 1870, l'empereur capitule avec toute son armée. Cet événement provoque à Paris la chute du Second Empire et la proclamation de la République le 4 septembre. Un Gouvernement de la Défense nationale poursuit la guerre. Les Prussiens assiègent Paris du 19 septembre 1870 au 28 janvier 1871. Malgré des tentatives de sortie et la levée d'armées de province (notamment par Gambetta), la résistance est vaine. L'armistice est signé le 28 janvier 1871. Le traité de paix définitif, le traité de Francfort (10 mai 1871), est draconien : la France cède l'Alsace (sauf Belfort) et une partie de la Lorraine (le département de la Moselle) à l'Empire allemand nouvellement proclamé dans la galerie des Glaces de Versailles le 18 janvier 1871. Elle doit aussi payer une indemnité de guerre colossale de 5 milliards de francs-or et subir une occupation militaire jusqu'au paiement complet.

Caracteristiques

Cette guerre présente plusieurs caractéristiques marquantes. C'est une guerre courte (six mois de combats actifs) mais intense, souvent considérée comme le premier conflit "moderne" en Europe, avec l'utilisation massive du chemin de fer pour la logistique et la mobilisation, du télégraphe pour les communications, et d'armes à feu à chargement par la culasse. Elle voit également les débuts de la guerre de siège à grande échelle avec le bombardement de Paris et de nombreuses places fortes. La guerre est aussi une guerre civile française latente, la défaite contre l'extérieur débouchant directement sur la Commune de Paris (mars-mai 1871), une insurrection populaire et révolutionnaire violemment réprimée par le gouvernement français de Thiers.

Importance

L'importance de la guerre franco-prussienne est immense. Elle consacre l'émergence d'une nouvelle grande puissance unifiée au cœur de l'Europe : l'Empire allemand, qui dominera la scène continentale jusqu'en 1945. Pour la France, c'est la "Grande Dépression nationale", une humiliation fondatrice de la Troisième République, marquée par un profond désir de revanche (la "Revanche") et le culte des "Provinces Perdues" (Alsace-Lorraine). La perte de ces territoires riches et stratégiques créa un irrédentisme permanent. L'équilibre des puissances établi au Congrès de Vienne en 1815 est totalement détruit, remplacé par une instabilité et une rivalité franco-allemande qui seront l'une des causes profondes de la Première Guerre mondiale. La guerre accéléra également la course aux armements et aux alliances qui caractérisa la fin du XIXe siècle.

Anecdotes

La Dépêche d'Ems, un chef-d'œuvre de manipulation

Bismarck, souhaitant provoquer la guerre, reçut un télégramme du roi Guillaume Ier de Prusse depuis la station thermale d'Ems, relatant un entretien courtois mais ferme avec l'ambassadeur de France. Bismarck édita habilement le texte pour le rendre beaucoup plus sec et insultant, donnant l'impression que le roi avait congédié l'ambassadeur. Publiée dans la presse, cette version abrégée provoqua l'indignation escomptée à Paris et poussa le gouvernement français à déclarer la guerre, tombant ainsi dans le piège.

Le ballon monté "Le Daguerre"

Pendant le siège de Paris, les communications avec la province étaient coupées. Les Parisiens utilisèrent des ballons à gaz, les "ballons montés", pour faire passer du courrier et des personnalités. Le 12 novembre 1870, le ballon "Le Daguerre" s'envola avec à son bord le photographe et aéronaute Félix Nadar, mais aussi une cargaison inattendue : des pigeons voyageurs. Ces pigeons étaient destinés à ramener en Paris assiégé des microphotographies de dépêches (la "pigeongrammie"), permettant ainsi de réduire considérablement le poids du courrier retour.

La proclamation de l'Empire allemand à Versailles

Dans un geste chargé de symbolisme et d'humiliation pour la France, Otto von Bismarck et les princes allemands choisirent de proclamer l'Empire allemand (le IIe Reich) non pas à Berlin, mais dans la galerie des Glaces du château de Versailles, le 18 janvier 1871. Ce lieu, épicentre du pouvoir absolu de Louis XIV, était choisi pour signifier la revanche des États allemands sur les siècles de domination française et pour afficher la nouvelle prééminence allemande en Europe.

Les "Turcos" et la légende de la baïonnette

Lors de la bataille de Frœschwiller-Wœrth, les tirailleurs algériens de l'armée française, surnommés "Turcos", se battirent avec une grande férocité. Une légende tenace, propagée par la presse allemande, prétendit qu'ils avaient mutilé des soldats prussiens blessés. Cette rumeur, infondée mais largement crue, fut utilisée pour justifier des représailles et alimenta un sentiment de peur et de haine raciale (la "Schrecklichkeit" ou "terreur") parmi les troupes allemandes pendant toute la guerre.

Sources

  • « La Guerre de 1870 » de François Roth
  • « The Franco-Prussian War: The German Conquest of France in 1870-1871 » de Geoffrey Wawro
  • « 1870, de la guerre à la paix. Strasbourg - Berlin - Paris » (collectif), Musée de l'Armée
  • « L'Année terrible » de Victor Hugo (témoignage littéraire)
  • Archives diplomatiques françaises sur le traité de Francfort
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