Introduction
La Guerre des Gaules (58-50 av. J.-C.) est l'événement fondateur de la relation entre la France et Rome, et un tournant capital dans l'histoire de l'Europe occidentale. Principalement connue par les 'Commentaires sur la Guerre des Gaules' de Jules César lui-même, cette œuvre à la fois historique et de propagande relate huit années de campagnes militaires, de négociations, de révoltes et de sièges épiques. Elle marque la fin de l'indépendance du monde celtique continental et consolide le pouvoir personnel de César, précipitant la crise institutionnelle qui mènera à la guerre civile et à l'avènement du Principat.
Description
La Gaule, au sens de César, désigne un vaste territoire s'étendant des Pyrénées au Rhin, et de l'Atlantique aux Alpes. Elle n'est pas un État unifié mais une mosaïque de peuples celtes (Gaulois) souvent rivaux, auxquels s'ajoutent des tribus belges au nord et aquitaines au sud-ouest. Le prétexte initial de l'intervention de César, proconsul des provinces de Gaule cisalpine, transalpine et d'Illyrie, fut la migration des Helvètes en 58 av. J.-C., qu'il stoppa près de Bibracte. Il intervint ensuite contre le Germain Arioviste, présenté comme une menace pour Rome et ses alliés gaulois. Ces premières victoires servirent de base à une conquête systématique, région par région, exploitant les divisions gauloises.
Histoire
La guerre se déroula en trois phases principales. La première (58-56 av. J.-C.) vit la soumission des peuples de l'Est et de l'Ouest (campagnes contre les Belges et l'expédition navale en Armorique). La deuxième phase (55-54 av. J.-C.) fut marquée par des opérations de prestige au-delà des frontières naturelles : deux expéditions en Bretagne (actuelle Grande-Bretagne) et deux franchissements du Rhin pour impressionner les Germains. La troisième et plus cruciale phase (53-50 av. J.-C.) fut celle de la grande révolte pan-gauloise. En 52 av. J.-C., sous le commandement du jeune chef arverne Vercingétorix, la plupart des peuples gaulois s'unirent dans une insurrection coordonnée. La stratégie de la terre brûlée et la guérilla faillirent avoir raison des Romains. Le conflit culmina avec le long et célèbre siège d'Alésia, où César construisit des lignes de circonvallation et de contrevallation pour affamer la place forte. La reddition de Vercingétorix sonna le glas de la résistance organisée. Les dernières années furent consacrées à la pacification et à la répression des ultimes foyers de rébellion.
Caracteristiques
Cette guerre présenta plusieurs caractéristiques distinctives. C'était une campagne de conquête menée par un général ambitieux agissant souvent de sa propre initiative, avec une armée professionnelle et loyale (les légions X Equestris en était l'élite). La supériorité technique et logistique romaine (génie militaire, art du siège, approvisionnement) fit face à la valeur guerrière et à la mobilité des Gaulois. César utilisa systématiquement la diplomatie, jouant des rivalités tribales ('diviser pour régner'), s'appuyant sur des peuples clients comme les Éduens, et accordant son pardon (*clementia*) aux vaincus pour les rallier. La guerre fut aussi d'une extrême violence, avec des massacres et des ventes en masse en esclavage (César rapporte avoir vendu 53 000 personnes à la fois après la prise d'Avaricum). Les pertes humaines furent colossales, évaluées par Plutarque à un million de morts et un million d'esclaves.
Importance
L'importance de la Guerre des Gaules est immense. Géopolitiquement, elle intégra durablement l'espace gaulois dans le monde romain, initiant sa romanisation (réseau routier, fondation de villes, droit latin, puis citoyenneté). Elle fixa pour des siècles la frontière septentrionale de l'Empire sur le Rhin. Pour Rome, elle ouvrit d'immenses richesses (butin, terres, tributs) et des ressources humaines. Pour Jules César, elle fut l'instrument de son ascension : elle lui fournit une base politique, une armée dévouée et une réputation inégalée, capitales dans son affrontement avec Pompée. Enfin, à travers les 'Commentaires', elle offrit à la postérité un récit captivant, bien que partial, sur les civilisations celtique et germanique, et devint un classique de la littérature latine et de l'éducation militaire.
