Introduction
La Guerre des Boers, également appelée Seconde Guerre des Boers, est un conflit impérial qui opposa la Grande-Bretagne aux républiques boers (descendants de colons néerlandais, allemands et français, appelés Afrikaners) pour le contrôle de l'Afrique du Sud. Elle constitue l'apogée de décennies de rivalités, cristallisées par la ruée vers l'or du Witwatersrand. Cette guerre, souvent considérée comme le 'Verdun de l'Empire britannique', fut la plus longue, la plus coûteuse et la plus sanglante menée par les Britanniques entre 1815 et 1914.
Description
Le conflit se déroula en deux phases distinctes. La première phase (octobre 1899 - juin 1900) fut une guerre conventionnelle. Les Boers, excellents cavaliers et tireurs, remportèrent des succès initiaux (sièges de Ladysmith, Mafeking et Kimberley) grâce à leur mobilité et leur connaissance du terrain. Cependant, la supériorité numérique et logistique britannique finit par l'emporter. Les capitales boers, Bloemfontein et Pretoria, furent capturées, et les républiques annexées. La seconde phase (juin 1900 - mai 1902) fut une guerre de guérilla acharnée. De petites unités boers (les 'commandos') menèrent des raids contre les voies de communication et les garnisons britanniques. Pour briser cette résistance, le commandant britannique Lord Kitchener mit en œuvre une stratégie de la terre brûlée, détruisant fermes et récoltes, et créant un réseau de camps de concentration pour y interner les civils boers (principalement femmes et enfants) et leurs serviteurs noirs. Les conditions y étaient épouvantables, entraînant la mort d'environ 28 000 Boers (dont 22 000 enfants) et de plus de 20 000 Noirs.
Histoire
Les racines du conflit remontent au Grand Trek (1835-1840), lorsque les Boers quittèrent la colonie du Cap pour échapper à la domination britannique, fondant les républiques du Transvaal et de l'État libre d'Orange. La découverte de diamants (1867) puis d'immenses gisements d'or au Witwatersrand (1886) dans le Transvaal changea la donne. Une ruée d'étrangers (les 'Uitlanders'), majoritairement britanniques, afflua, menaçant l'identité et le contrôle politique des Boers. Le président du Transvaal, Paul Kruger, leur refusa les droits politiques. La Grande-Bretagne, dirigée par le colonialiste Cecil Rhodes, chercha à provoquer une révolte des Uitlanders (Raid Jameson, 1895), qui échoua mais exacerba les tensions. Les négociations ultérieures ayant échoué, les Boers, conscients de l'arrivée imminente de renforts britanniques, lancèrent un ultimatum en octobre 1899, déclenchant la guerre. Le traité de Vereeniging (31 mai 1902) mit fin aux hostilités. Les Boers reconnurent la souveraineté britannique en échange de promesses d'autonomie future, d'une indemnisation pour la reconstruction et du refus du droit de vote aux populations noires et métisses, scellant ainsi les bases du système racial sud-africain.
Caracteristiques
Cette guerre présenta plusieurs caractéristiques novatrices et brutales. Sur le plan militaire, elle vit l'utilisation massive de fusils à répétition (Mauser), de canons à longue portée (les 'Long Toms' boers) et l'émergence de la guérilla moderne. Les Britanniques adoptèrent de nouvelles tactiques, comme l'usage de l'uniforme kaki et la construction de milliers de blockhaus pour protéger les voies ferrées. La guerre fut aussi la première à être couverte massivement par des correspondants de guerre internationaux et filmée. Sa dimension humaine fut tragique avec l'institutionnalisation des camps de concentration, une innovation sinistre qui choqua l'opinion publique mondiale et fut vigoureusement dénoncée par des personnalités comme Emily Hobhouse.
Importance
La Guerre des Boers eut un impact profond. Pour l'Empire britannique, elle révéla les faiblesses militaires et la mauvaise santé physique des recrues, conduisant à d'importantes réformes. Elle ternit son prestige moral et accéléra le rapprochement avec ses dominions blancs (Canada, Australie) qui y avaient participé. En Afrique du Sud, elle unifia le territoire sous la bannière britannique, menant à la création de l'Union sud-africaine en 1910, dominée par les Afrikaners réconciliés avec les Britanniques. Le traumatisme partagé de la guerre et des camps forgea un nationalisme afrikaner militant, qui allait culminer avec l'apartheid. Le traitement réservé aux populations noires, utilisées comme travailleurs forcés et victimes des camps, renforça les structures de domination raciale. La guerre annonça également les conflits du XXe siècle par sa nature totale et sa cible civile.
