Guerre de Corée

La Guerre de Corée (1950-1953) est un conflit majeur de la guerre froide qui opposa la Corée du Nord, communiste et soutenue par la Chine et l'URSS, à la Corée du Sud, capitaliste et soutenue par une coalition des Nations Unies dirigée par les États-Unis. Elle débuta par une invasion surprise du Nord et se termina par un armistice, sans traité de paix, établissant une zone démilitarisée (DMZ) qui divise toujours la péninsule.

Introduction

La Guerre de Corée, souvent qualifiée de 'guerre oubliée' en Occident, fut le premier conflit armé majeur de la guerre froide. Elle cristallisa l'opposition entre le bloc communiste et le bloc occidental dans une guerre par procuration extrêmement meurtrière, impliquant des puissances mondiales et régionales sur le sol coréen. Ce conflit a définitivement figé la division de la péninsule et a eu des répercussions durables sur la géopolitique asiatique et mondiale.

Description

Le conflit éclate le 25 juin 1950 lorsque l'Armée populaire de Corée (Nord) franchit le 38e parallèle et envahit la République de Corée (Sud). La supériorité initiale nord-coréenne repousse les forces sud-coréennes et le petit contingent américain présent dans un périmètre défensif autour de Pusan. En septembre 1950, un débarquement amphibie audacieux à Incheon, orchestré par le général américain Douglas MacArthur, coupe les lignes nord-coréennes et permet une contre-offensive fulgurante. Les forces de l'ONU, désormais sous commandement américain, repoussent les Nord-Coréens au-delà du 38e parallèle et poursuivent leur avancée vers le nord, visant la rivière Yalu, frontière avec la Chine. Cette progression déclenche l'entrée en guerre massive de la Chine communiste en novembre 1950, sous la forme de 'volontaires'. Les troupes chinoises repoussent les forces de l'ONU dans une retraite chaotique, reprenant Séoul en janvier 1951. Le front se stabilise ensuite autour du 38e parallèle, où s'ensuivent deux années de guerre de position extrêmement coûteuses et de négociations d'armistice laborieuses.

Histoire

Les racines du conflit remontent à la fin de la Seconde Guerre mondiale et à l'occupation japonaise (1910-1945). Après la défaite du Japon, la péninsule coréenne est divisée en deux zones d'occupation le long du 38e parallèle : le Nord sous influence soviétique et le Sud sous influence américaine. La création de deux États en 1948, la République de Corée (Sud, capitaliste, dirigée par Syngman Rhee) et la République populaire démocratique de Corée (Nord, communiste, dirigée par Kim Il-sung), consacre la partition. Des escarmouches frontalières sont fréquentes. Kim Il-sung obtient le feu vert de Staline et de Mao Zedong pour une invasion visant à réunifier le pays par la force. La guerre se déroule en trois phases principales : l'avancée nord-coréenne (juin-septembre 1950), la contre-offensive de l'ONU et l'intervention chinoise (septembre 1950-juillet 1951), et la guerre de position et les négociations (juillet 1951-juillet 1953). L'armistice est signé à Panmunjom le 27 juillet 1953, créant la Zone Démilitarisée (DMZ). Aucun traité de paix n'a jamais été signé, techniquement la guerre n'est donc pas terminée.

Caracteristiques

La Guerre de Corée présente plusieurs caractéristiques marquantes. C'est la première guerre 'limitée' de l'ère nucléaire, où les belligérants (notamment les États-Unis et l'URSS/Chine) s'auto-imposent des restrictions pour éviter une escalade mondiale. Elle est aussi le premier conflit sous mandat des Nations Unies, avec une coalition de 21 pays (bien que les États-Unis fournissent l'essentiel des troupes et du matériel). Sur le plan militaire, elle combine des phases de guerre mobile spectaculaires (Incheon) et une longue guerre de tranchées et de collines rappelant la Première Guerre mondiale. Elle voit les premiers combats aériens entre avions à réaction (MiG-15 soviétiques vs F-86 Sabre américains). Le conflit est d'une brutalité extrême, avec de lourdes pertes civiles, des destructions massives et des atrocités commises de part et d'autre.

Importance

L'impact de la Guerre de Corée est immense. Elle a gelé la division de la péninsule, créant deux États antagonistes dont l'un, la Corée du Nord, est devenu un régime isolationniste et nucléarisé. Elle a solidifié la guerre froide en Asie, entraînant la signature d'alliances militaires durables comme le pacte ANZUS (1951) et le renforcement des alliances existantes. Elle a conduit à un réarmement massif des États-Unis et de l'OTAN, et a profondément influencé la politique américaine de 'containment' (endiguement) du communisme, directement à l'origine de l'intervention future au Vietnam. La guerre a également transformé le Japon, qui servit de base arrière logistique, en un allié crucial et a stimulé son redressement économique. Enfin, elle a établi le précédent d'une action militaire collective sous bannière de l'ONU.

Anecdotes

MacArthur et la bombe atomique

Le général Douglas MacArthur, commandant en chef des forces de l'ONU, préconisa à plusieurs reprises l'utilisation d'armes nucléaires tactiques contre la Chine, notamment pour créer une 'zone radioactive' le long de la frontière sino-coréenne. Le président Truman s'y opposa farouchement, craignant une escalade avec l'URSS. Ce désaccord majeur sur la conduite de la guerre 'limitée' conduisit au limogeage retentissant de MacArthur en avril 1951.

L'incroyable bataille du Réservoir de Chosin

En novembre-décembre 1950, lors de l'offensive chinoise, environ 30 000 soldats de l'ONU (principalement le 1er Corps des Marines américains et des unités de l'armée) furent encerclés et attaqués par plus de 120 000 soldats chinois autour du réservoir de Chosin (Changjin). Malgré un froid polaire descendant à -35°C, les forces de l'ONU parvinrent à percer l'encerclement lors d'une retraite combattante épique tout en infligeant des pertes sévères à l'ennemi. Cette opération est devenue légendaire dans l'histoire du Corps des Marines.

La guerre des tunnels à Panmunjom

Les négociations d'armistice, qui débutèrent en juillet 1951, durèrent deux ans et furent ponctuées d'incidents. Un des points de blocage majeur fut le sort des prisonniers de guerre. Les Nations Unies insistaient pour le principe du 'rapatriement volontaire', tandis que la Chine et la Corée du Nord exigeaient le retour forcé de tous leurs soldats. Finalement, sur environ 150 000 prisonniers, plus de 50 000 Coréens et Chinois refusèrent de retourner dans leur pays d'origine, un camouflet majeur pour la propagande communiste.

Le rôle méconnu des forces de l'ONU

Si les États-Unis, la Corée du Sud et le Royaume-Uni fournirent le gros des troupes, 18 autres nations contribuèrent militairement sous la bannière de l'ONU. Parmi elles, la Turquie (une brigade), le Canada, l'Australie, les Philippines, la Thaïlande, l'Éthiopie (un bataillon), la Colombie, la Grèce, les Pays-Bas et la France (un bataillon, le Bataillon de Corée, qui s'illustra notamment lors de la bataille de Crèvecœur).

Sources

  • Cumings, Bruce. 'The Korean War: A History.' Modern Library, 2010.
  • Hastings, Max. 'The Korean War.' Pan Books, 1987.
  • Service historique de la Défense (France) - Fiches sur les conflits de la guerre froide.
  • United Nations Command - Archives et documents historiques.
  • The Wilson Center Digital Archive - International History Declassified (documents sur la Guerre de Corée).
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