Introduction
La guerre civile syrienne est un conflit multidimensionnel qui a éclaté en mars 2011 dans le contexte régional du Printemps arabe. Ce qui a commencé par des manifestations pacifiques réclamant des réformes démocratiques s'est rapidement transformé en une insurrection armée après une répression violente par le régime de Bachar al-Assad. Le conflit a évolué pour devenir une guerre par procuration impliquant de nombreuses puissances régionales et internationales, un terrain fertile pour le terrorisme djihadiste, et une catastrophe humanitaire aux proportions historiques, redessinant durablement la géopolitique du Moyen-Orient.
Description
La guerre se caractérise par sa fragmentation et la multiplicité des acteurs. Les principaux belligérants sont : les forces gouvernementales syriennes (Armée arabe syrienne) soutenues par la Russie, l'Iran et le Hezbollah libanais ; l'opposition syrienne modérée (Armée syrienne libre et autres groupes), initialement soutenue par des pays occidentaux et du Golfe ; et des forces djihadistes, principalement l'État islamique (EI/Daech) et le Front al-Nosra (branche d'Al-Qaïda). Les Kurdes syriens, organisés autour des Unités de protection du peuple (YPG), ont émergé comme un quatrième acteur majeur, combattant à la fois l'EI et la Turquie, qui les considère comme une extension du PKK. Le conflit est marqué par des sièges de villes (Alep, Ghouta), l'usage massif d'armes chimiques, des bombardements aériens dévastateurs et des tactiques de terreur.
Histoire
La phase initiale (2011-2012) voit la montée de la révolte et la militarisation de l'opposition. En 2013-2014, le conflit s'internationalise avec l'entrée en scène du Hezbollah et le soutien accru de l'Iran au régime. La montée en puissance de l'État islamique, qui proclame son 'califat' en 2014 sur de vastes territoires en Syrie et en Irak, change la donne et conduit à l'intervention d'une coalition internationale menée par les États-Unis contre l'EI. L'intervention militaire russe directe en septembre 2015 est un tournant décisif qui permet au régime de reprendre l'initiative et de reconquérir des territoires clés, notamment Alep fin 2016. Les années suivantes sont marquées par la défaite territoriale de l'EI (2017-2019), l'offensive turque contre les Kurdes, et la consolidation du contrôle du régime sur la majeure partie du pays, malgré la persistance de poches de résistance (notamment dans la province d'Idlib). Le conflit entre dans une phase de basse intensité mais de statu quo instable à partir de 2020.
Caracteristiques
Ce conflit présente plusieurs caractéristiques uniques : 1) **Internationalisation extrême** : Interventions directes (Russie, Iran, Turquie, États-Unis) et soutiens indirects multiples. 2) **Fragmentation des acteurs** : Des centaines de groupes aux alliances mouvantes. 3) **Guerre de l'information et désinformation** massive utilisée comme arme par toutes les parties. 4) **Tactiques de guerre totale** : Ciblage systématique des infrastructures civiles (hôpitaux, écoles), sièges affamant les populations, usage prohibé d'armes chimiques. 5) **Crise des réfugiés et déplacés** à une échelle massive, affectant l'Europe et les pays voisins. 6) **Émergence d'entités non-étatiques** disposant d'un quasi-État (EI, administration kurde).
Importance
L'importance de la guerre civile syrienne est mondiale. Sur le plan humanitaire, elle a causé, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme, plus de 500 000 morts et a déplacé de force plus de la moitié de la population pré-conflictuelle (plus de 12 millions de personnes). Politiquement, elle a consacré le retour de la Russie comme acteur majeur au Moyen-Orient et a mis en lumière les limites de l'influence occidentale. Le conflit a exacerbé les tensions sectaires (chiites/sunnites) dans la région, alimenté le terrorisme djihadiste global, et créé des tensions durables, notamment entre la Turquie et ses alliés de l'OTAN. Il a également posé des défis fondamentaux au droit international humanitaire, avec une impunité quasi-totale pour les crimes de guerre. La reconstruction du pays et le sort du président Assad, resté au pouvoir, demeurent des enjeux brûlants pour la stabilité future.
