Introduction
La guerre civile russe est la conséquence directe de la Révolution d'Octobre 1917. Après le renversement du gouvernement provisoire par les bolcheviks de Lénine, une multitude de forces hostiles au nouveau régime se sont levées pour tenter de le renverser. Ce conflit ne fut pas une simple opposition binaire, mais une guerre multi-fronts impliquant des factions politiques variées, des mouvements nationalistes, des paysans insurgés et des puissances étrangères, sur un territoire immense ravagé par la Première Guerre mondiale.
Description
Le conflit oppose principalement deux camps : les Rouges (bolcheviks) et les Blancs (une coalition anti-bolchevique comprenant des monarchistes, des républicains, des socialistes modérés et d'anciens officiers tsaristes). Cependant, d'autres acteurs majeurs ont joué un rôle crucial : les Armées vertes (paysans insurgés, souvent hostiles aux deux camps principaux, comme l'armée de Nestor Makhno en Ukraine), les mouvements nationalistes et indépendantistes (en Ukraine, dans le Caucase, en Sibérie et dans les pays baltes) et les forces d'intervention étrangères (alliés de la Première Guerre mondiale comme la France, le Royaume-Uni, les États-Unis et le Japon, ainsi que les Puissances centrales puis la Pologne). La guerre fut marquée par une terreur généralisée des deux côtés, avec la Tchéka (police politique rouge) menant la Terreur rouge et les généraux blancs répondant par une Terreur blanche tout aussi brutale.
Histoire
Les hostilités commencent fin 1917 avec la formation de la première armée blanche des volontaires dans le sud de la Russie. Le conflit s'intensifie après la dissolution de l'Assemblée constituante par les bolcheviks en janvier 1918 et la signature du traité de Brest-Litovsk en mars 1918, qui cède d'immenses territoires aux Empires centraux. Les années 1918-1919 voient l'apogée des offensives blanches, coordonnées depuis trois directions principales : le sud (généraux Dénikine puis Wrangel), la Sibérie (amiral Koltchak, proclamé "régent suprême de Russie") et le nord-ouest (général Ioudenitch menaçant Petrograd). L'Armée rouge, organisée et renforcée par Léon Trotski, parvient à les repousser une à une grâce à des lignes intérieures de communication et à une mobilisation massive. La guerre contre la Pologne (1920-1921), qui se termine par le traité de Riga, en est un épilogue majeur. Les dernières poches de résistance blanche (Crimée) et les grandes révoltes paysannes (comme celle de Tambov) sont écrasées en 1921-1922.
Caracteristiques
La guerre civile russe présente plusieurs traits distinctifs. C'est une guerre d'idéologies (communisme contre contre-révolution), mais aussi une guerre pour l'unité de l'ancien empire, menacée par les séparatismes. La violence extrême et systématique (exécutions, pogroms, famines provoquées par la réquisition des grains) en est une caractéristique centrale, causant des pertes civiles bien supérieures aux pertes militaires. Le conflit se déroule sur un théâtre géographique démesuré, de la Baltique au Pacifique, avec des armées dépendant fortement des voies ferrées. Enfin, l'intervention étrangère, bien que limitée et peu motivée, a fourni un soutien matériel crucial aux Blancs et a été exploitée par la propagande bolchevique pour présenter le conflit comme une défense de la patrie.
Importance
La victoire des bolcheviks a eu des conséquences historiques monumentales. Elle a assuré la survie et la consolidation du premier État communiste au monde, l'Union des Républiques socialistes soviétiques (URSS), fondée en 1922. La guerre a institutionnalisé le parti unique, la police politique et l'économie de guerre (communisme de guerre), préfigurant le système stalinien. Elle a causé une catastrophe humanitaire sans précédent : entre 7 et 12 millions de morts, principalement dus à la famine et aux épidémies. La défaite des Blancs et des indépendantistes a réimposé le contrôle central sur la majeure partie de l'ancien empire (à l'exception de la Pologne, des pays baltes et de la Finlande). Enfin, elle a profondément divisé la société russe, créant une diaspora (l'émigration blanche) et laissant un héritage de traumatisme et de méfiance qui a marqué le régime soviétique jusqu'à sa fin.
