Conflits au Sahel

Les conflits au Sahel désignent un ensemble de guerres asymétriques, insurrections et crises sécuritaires qui ravagent la bande sahélienne de l'Afrique depuis les années 2000. Ils opposent une multitude d'acteurs : États, groupes djihadistes transnationaux, milices communautaires et forces internationales. Ces conflits, nés de la chute de la Libye et de la crise malienne, sont caractérisés par leur complexité, leur régionalisation et leur enracinement dans des crises politiques, économiques et environnementales profondes.

Introduction

Le Sahel, vaste région semi-aride au sud du Sahara, est le théâtre de l'une des crises sécuritaires les plus complexes et dynamiques du XXIe siècle. Ce qui a débuté comme une rébellion touarègue et une insurrection islamiste au nord du Mali en 2012 s'est rapidement transformé en un conflit régional aux ramifications multiples, impliquant des groupes armés transnationaux, des États fragilisés et une coalition internationale. La région est devenue un épicentre du terrorisme mondial, mais aussi le lieu d'affrontements intercommunautaires meurtriers et d'une compétition géopolitique croissante.

Description

Les conflits au Sahel sont des guerres hybrides et asymétriques. Ils ne se résument pas à une opposition binaire entre États et groupes terroristes. Le paysage des acteurs est extrêmement fragmenté. Du côté non-étatique, on trouve d'abord les groupes djihadistes affiliés à Al-Qaïda et à l'État islamique. Le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (JNIM), lié à Al-Qaïda, et l'État islamique dans le Grand Sahara (EIGS) sont les deux principales coalitions, souvent en rivalité. S'y ajoutent des milices d'autodéfense communautaires, comme les Dan Na Ambassagou (chasseurs traditionnels dogons) au Mali ou les groupes d'autodéfense koglweogo au Burkina Faso, dont les actions contribuent souvent à exacerber les violences interethniques. Les forces étatiques, souvent sous-équipées et peu légitimes, sont appuyées par des interventions étrangères : l'opération française Barkhane (achevée en 2022), la force conjointe du G5 Sahel (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger, Tchad) et la mission multidimensionnelle des Nations Unies au Mali (MINUSMA, terminée fin 2023).

Histoire

Les racines des conflits remontent aux rébellions touarègues successives au Mali depuis l'indépendance, nourries par un sentiment de marginalisation politique et économique. L'élément déclencheur majeur fut l'effondrement de l'État libyen en 2011, qui déstabilisa toute la région. Des armes et des combattants touaregs ayant servi Kadhafi retournèrent au Mali, permettant à la rébellion du MNLA de prendre le contrôle du Nord en 2012. Cet effondrement de l'autorité étatique permit à des groupes djihadistes comme Ansar Dine et AQMI de s'implanter. L'intervention française Serval en janvier 2013 repoussa les jihadistes, mais ne les élimina pas. Le conflit se régionalisa ensuite, gagnant le centre du Mali, puis le Burkina Faso et l'ouest du Niger à partir de 2015. La violence a depuis muté, passant d'une insurrection principalement jihadiste à une guerre complexe mêlant terrorisme, conflits intercommunautaires (notamment entre éleveurs peuls et agriculteurs sédentaires) et criminalité organisée (trafic de drogue, d'armes, d'êtres humains). Les coups d'État successifs au Mali (2020, 2021), au Burkina Faso (2022) et au Niger (2023) ont marqué un tournant, avec l'arrivée au pouvoir de juntes militaires rejetant l'influence occidentale et se tournant vers des partenaires comme la Russie (via le groupe Wagner, devenu Africa Corps) et la Turquie.

Caracteristiques

Ces conflits présentent plusieurs caractéristiques distinctes. Premièrement, leur caractère **transfrontalier** : les groupes armés exploitent les vastes étendues désertiques et les frontières poreuses pour échapper aux armées nationales. Deuxièmement, la **convergence entre criminalité et terrorisme** : le financement des groupes passe largement par le kidnapping contre rançon, le trafic de cocaïne latino-américaine et de cigarettes. Troisièmement, la **dimension intercommunautaire** devenue centrale, où les discours jihadistes exploitent et attisent des tensions préexistantes sur l'accès aux ressources (terre, eau, pâturages). Quatrièmement, l'**asymétrie totale** des modes d'action : les groupes utilisent des engins explosifs improvisés (EEI), des embuscades et des attaques contre les symboles de l'État et les civils, tandis que les armées répondent par des opérations aériennes et terrestres souvent peu discriminantes. Cinquièmement, l'**impact dévastateur du changement climatique** comme multiplicateur de menace, accentuant la compétition pour des ressources déjà rares.

Importance

L'importance des conflits au Sahel est mondiale. Sur le plan humanitaire, la crise est catastrophique : plus de 10 millions de personnes déplacées, 30 millions ayant besoin d'assistance, et des milliers de morts chaque année. La région connaît une crise alimentaire aiguë. Sur le plan sécuritaire, le Sahel est devenu la zone la plus active pour les groupes jihadistes dans le monde, menaçant la stabilité des pays côtiers du Golfe de Guinée. Géopolitiquement, c'est un terrain de compétition entre puissances (France, États-Unis, Russie, Chine, Turquie) pour l'influence, l'accès aux ressources (uranium, or, pétrole) et les partenariats sécuritaires. La succession de coups d'État et le rejet croissant des présences occidentales redessinent l'ordre régional. Enfin, ces conflits illustrent les limites des interventions militaires classiques face à des insurrections ancrées dans des faillites de gouvernance, l'absence de services publics et les injustices socio-économiques.

Anecdotes

La ville de Kidal

Kidal, ville mythique du nord du Mali, est un symbole de la complexité du conflit. Berceau des rébellions touarègues, elle fut conquise par les jihadistes en 2012, reprise par les Français en 2013, puis contrôlée par les rebelles du MNLA après le retrait des jihadistes. Elle est restée pendant des années hors du contrôle effectif de l'État malien, administrée par les rebelles, avant de devenir un enjeu central dans les tensions entre la junte malienne, ses alliés russes et les groupes armés signataires de l'accord de paix.

Le « tri-state border area »

La zone où se rencontrent les frontières du Mali, du Burkina Faso et du Niger est surnommée la « zone des trois frontières ». Elle est considérée comme l'épicentre opérationnel de l'État islamique dans le Grand Sahara (EIGS). Cette région difficile d'accès, composée de brousse et de savane, est devenue un sanctuaire pour les militants, illustrant parfaitement comment les groupes exploitent les faiblesses de la coopération transfrontalière entre États.

Les motos et la logistique jihadiste

Un élément logistique crucial pour l'insurrection est la moto, souvent de marque chinoise. Peu chères, robustes et discrètes, les motos permettent aux combattants de se déplacer rapidement sur les pistes, de lancer des attaques éclairs et de disparaître dans la brousse. Les convois de dizaines de motos sont une image emblématique des raids des groupes armés dans la région, démontrant l'adaptation de moyens low-tech à la guerre asymétrique.

Sources

  • International Crisis Group - Rapports sur le Sahel
  • Nations Unies - Rapports du Secrétaire général sur le Sahel
  • Institut Montaigne - 'Sahel : les racines de la violence'
  • The Armed Conflict Location & Event Data Project (ACLED) - Data Sahel
  • Jeune Afrique - Archives et analyses sur la crise sécuritaire sahélienne
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