Richard Francis Burton

Richard Francis Burton (1821-1890) fut un explorateur, géographe, traducteur, écrivain, soldat, orientaliste, cartographe, ethnologue, linguiste, poète, escrimeur et diplomate britannique. Il est surtout célèbre pour ses voyages en Afrique, notamment la recherche des sources du Nil avec John Hanning Speke, et pour son pèlerinage déguisé à La Mecque. Polyglotte hors pair, il maîtrisait plus de 25 langues et dialectes.

Introduction

Richard Francis Burton incarne la figure de l'explorateur-voyageur de l'ère victorienne dans toute sa complexité. Bien plus qu'un simple aventurier, il fut un érudit profondément curieux des cultures qu'il rencontrait, qu'il cherchait à comprendre de l'intérieur, souvent au mépris des conventions de son époque. Sa vie fut une quête incessante de connaissances interdites et de territoires inexplorés, marquée par un courage physique exceptionnel et une intelligence acérée.

Description

Né à Torquay, en Angleterre, Burton passa une grande partie de sa jeunesse en France et en Italie, développant très tôt un don pour les langues et un mépris pour l'autorité. Sa carrière militaire dans l'armée de la Compagnie britannique des Indes orientales fut le catalyseur de ses premières explorations ethnographiques et linguistiques approfondies. Il se déguisa en marchand musulman pour visiter les villes saintes de Médine et de La Mecque en 1853, un exploit extrêmement périlleux pour un non-musulman, dont il rapporta un récit détaillé. En 1855, il explora la Somalie et fut grièvement blessé lors d'une attaque. Sa plus célèbre expédition, commanditée par la Royal Geographical Society, le mena en Afrique de l'Est de 1856 à 1859 avec John Hanning Speke, à la recherche des sources du Nil. Ils découvrirent le lac Tanganyika, mais Burton, malade, ne put accompagner Speke lorsqu'il découvrit le lac Victoria, qu'il identifia comme la source véritable. Cette divergence fut à l'origine d'une célèbre et amère controverse scientifique.

Histoire

Après l'expédition du Nil, Burton entama une carrière diplomatique qui le mena comme consul à Fernando Pó (aujourd'hui Bioko), à Santos (Brésil), à Damas et enfin à Trieste, où il mourut. Ces postes lui servirent de base pour de nouvelles explorations et études. À Damas, ses sympathies trop ouvertes pour les populations locales lui valurent d'être rappelé. Tout au long de sa vie, il écrivit et traduisit abondamment. Ses traductions non expurgées des "Mille et Une Nuits" et du "Kama Sutra" firent scandale en Angleterre mais sont considérées comme des œuvres majeures. Il traduisit également "Le jardin parfumé" et le "Lusíades". Ses nombreux récits de voyage, comme "Premiers pas en Afrique de l'Est" et "La cité des saints", mêlent observations géographiques, ethnographiques et anecdotes personnelles avec un style vivant et parfois polémique.

Caracteristiques

Les caractéristiques principales de Burton sont sa polyglottie phénoménale (il parlait couramment des langues aussi diverses que l'arabe, le hindi, le persan, le sindhi et plusieurs langues africaines), son goût pour le déguisement et l'immersion totale, et son intérêt pour les aspects tabous des cultures (sexualité, religions occultes). Physiquement robuste et excellent escrimeur, il était réputé pour son tempérament fougueux, son ironie mordante et son indépendance d'esprit, qui lui valurent autant d'admiration que d'inimitiés. Son approche était celle d'un ethnographe avant l'heure, cherchant à décrire sans juger, contrairement à beaucoup de ses contemporains.

Importance

L'importance de Burton est multiple. En tant qu'explorateur, il a considérablement accru la connaissance géographique de l'Afrique de l'Est et du monde arabe. En tant qu'érudit, ses traductions et ses écrits ethnographiques ont ouvert une fenêtre sur des cultures largement méconnues en Occident, même si certaines de ses interprétations sont aujourd'hui contestées. Il représente une alternative à l'impérialisme culturel de son temps : bien que servant l'Empire britannique, il critiquait souvent l'étroitesse d'esprit de ses compatriotes et défendait une compréhension profonde des peuples colonisés. Sa vie romanesque et son œuvre prolifique en font une figure iconoclaste et fascinante de l'histoire de l'exploration et de l'orientalisme.

Anecdotes

Le pèlerin de La Mecque

Pour son pèlerinage à La Mecque en 1853, Burton se fit passer pour un pathan (un Afghan musulman) du nom de Mirza Abdullah. Il étudia pendant des mois les rituels islamiques, la circoncision (qu'il subit, bien qu'adulte, pour plus de réalisme selon certaines sources), et maîtrisa parfaitement les gestes et les prières. Son récit, "Personal Narrative of a Pilgrimage to Al-Madinah and Meccah", reste un document ethnographique précieux sur le Hajj au XIXe siècle.

La querelle des sources du Nil

La rivalité entre Burton et Speke, née de l'expédition, devint légendaire. Speke, rentré le premier en Angleterre, s'attribua seul la gloire de la découverte des sources. Burton contesta farouchement l'affirmation de Speke selon laquelle le lac Victoria était la source unique du Nil. Une confrontation publique fut organisée par la Royal Geographical Society pour les départager en 1864. Le jour même du débat, Speke fut retrouvé mort, tué par son propre fusil lors d'une partie de chasse. La mort fut jugée accidentelle, mais le mystère et la tragédie entourèrent à jamais leur conflit.

L'héritage littéraire sulfureux

Après la mort de Burton, son épouse catholique dévote, Isabel, brûla une grande partie de ses journaux intimes et de nombreux manuscrits inédits, qu'elle jugeait scandaleux. Elle supervisa cependant la publication de sa monumentale traduction des "Mille et Une Nuits" (16 volumes), tout en en expurgeant certains passages. Cette destruction massive par le feu a privé les historiens d'une partie cruciale de l'héritage intellectuel de Burton.

La tombe en forme de tente bédouine

Conformément à sa vie hors du commun, la tombe de Richard Burton au cimetière de Mortlake, à Londres, est unique. Elle est conçue sous la forme d'une tente bédouine en marbre et en grès, évoquant ses voyages en Arabie. À l'intérieur de la chapelle funéraire, on peut voir divers objets de culte et une lampe toujours allumée, entretenue selon la légende par des admirateurs.

Sources

  • Burton, Richard F. (1855). Personal Narrative of a Pilgrimage to Al-Madinah and Meccah.
  • Burton, Richard F. (1860). The Lake Regions of Central Africa.
  • Brodie, Fawn M. (1967). The Devil Drives: A Life of Sir Richard Burton.
  • Lovell, Mary S. (1998). A Rage to Live: A Biography of Richard and Isabel Burton.
  • Kennedy, Dane (2005). The Highly Civilized Man: Richard Burton and the Victorian World.
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