Introduction
Hannon le Navigateur est une figure semi-légendaire de l'Antiquité, dont l'existence et l'exploit sont principalement connus grâce à un texte grec, le 'Périple d'Hannon', qui prétend être la traduction d'une inscription placée par Hannon lui-même dans le temple de Ba'al à Carthage. Ce document, bien que court et sujet à débat, offre un aperçu fascinant des ambitions maritimes et coloniales de Carthage, rivale de Rome et de la Grèce pour le contrôle de la Méditerranée occidentale. Son expédition représente une audacieuse tentative de repousser les limites du monde connu.
Description
Le Périple décrit une expédition composée de soixante navires à cinquante rames, transportant trente mille colons et provisions. La mission officielle était de fonder de nouvelles colonies le long de la côte atlantique du Maroc actuel. Hannon établit ainsi plusieurs comptoirs, dont Thymiatérion (près de l'actuelle Tanger), Karikon Teichos, Gytte, Akra, Melitta et Arambys. Au-delà de ces fondations, l'expédition poursuivit sa route vers le sud, pénétrant dans des régions de plus en plus inconnues et hostiles. Les descriptions deviennent alors plus étranges et merveilleuses, évoquant des terres brûlantes, des rivières de feu (peut-être des éruptions volcaniques ou des feux de brousse), et des rencontres avec des populations indigènes.
Histoire
La datation de l'expédition est incertaine, les historiens la situant généralement vers 500 av. J.-C., sous la République carthaginoise. Carthage, alors à son apogée commerciale et militaire, cherchait à sécuriser ses routes commerciales et à trouver de nouvelles ressources, notamment l'or et les matières premières de l'Afrique occidentale. Le voyage d'Hannon s'inscrit dans cette politique d'expansion atlantique, parallèlement aux explorations menées par d'autres navigateurs comme Himilcon vers les côtes nord-européennes. Après avoir fondé sa dernière colonie sur l'île de Cerné (identifiée par certains à l'île de Herne, au large du Sahara occidental, ou à l'île de Mogador, au Maroc), Hannon poussa plus au sud, atteignant vraisemblablement les régions tropicales.
Caracteristiques
Le récit est marqué par des observations ethnographiques et naturalistes précieuses. Hannon décrit la rencontre avec les 'Ethiopiens' (terme grec désignant les peuples à la peau sombre) et les 'hommes sauvages' aux corps velus que les interprètes locaux nommaient 'Gorilles'. Ces créatures, probablement des grands singes (gorilles ou chimpanzés), attaquèrent l'expédition et furent capturées. Leur peau aurait été rapportée à Carthage. L'expédition atteignit également une grande montagne appelée 'le Char des Dieux', souvent identifiée au mont Cameroun, un volcan actif, ou au Kakoulima en Guinée. La description d'une 'terre de parfums' et d'un 'grand fleuve' (peut-être le Sénégal, la Gambie ou même le Niger) complète ce tableau d'une exploration poussée.
Importance
L'importance du périple d'Hannon est multiple. D'abord, il témoigne des capacités nautiques exceptionnelles des Carthaginois, capables de naviguer en haute mer et le long de côtes dangereuses. Ensuite, c'est un document géographique et ethnographique unique pour l'époque, décrivant pour la première fois la côte atlantique de l'Afrique au-delà du désert. Bien que le récit ait été considéré avec scepticisme dans l'Antiquité et plus tard, de nombreux éléments ont été corroborés par la géographie moderne. Enfin, il illustre la stratégie carthaginoise de création d'un réseau de comptoirs pour contrôler le commerce et l'accès aux richesses africaines. Son voyage a inspiré les explorateurs ultérieurs et reste un jalon dans l'histoire de la découverte du monde.
