Empire timouride

L'Empire timouride est un empire turco-mongol fondé par Tamerlan (Timour le Boiteux) à la fin du XIVe siècle. Centré sur l'Asie centrale, avec Samarcande pour capitale, il fut un immense empire éphémère bâti par la conquête, mais aussi un mécène majeur des arts, des sciences et de l'architecture, synthétisant les héritages persan, turc et mongol. Ses successeurs, notamment le sultan Husayn Bayqara et le prince Bâbur, présidèrent à un âge d'or culturel qui prépara l'avènement des empires safavide et moghol.

Introduction

L'Empire timouride (1370-1507) incarne un paradoxe historique fascinant : né des cendres de l'Empire mongol et des conquêtes brutales de Tamerlan, il se transforma, après sa mort, en l'un des foyers culturels les plus brillants de l'histoire islamique. Bien que politiquement fragmenté et souvent instable, il devint un creuset où les traditions turco-mongoles, persanes et islamiques fusionnèrent pour produire un raffinement artistique et intellectuel exceptionnel, dont l'influence rayonna bien au-delà de ses frontières.

Description

L'empire s'étendait à son apogée, sous Tamerlan, de la Syrie et de l'Anatolie à l'ouest, jusqu'aux frontières de la Chine à l'est, et du Caucase au nord jusqu'au nord de l'Inde. Sa capitale, Samarcande, fut transformée en une métropole légendaire, ornée de monuments somptueux destinés à glorifier son fondateur. L'État était structuré selon les traditions nomades turco-mongoles (notamment le concept de propriété collective du clan) combinées à l'administration persane et aux institutions islamiques. Après Tamerlan, l'empire se divisa en principautés rivales dirigées par ses descendants, les plus notables étant le Khorasan (capitale : Hérat) et la Transoxiane (capitale : Samarcande).

Histoire

L'histoire timouride se divise en deux phases distinctes. La première (1370-1405) est celle de la fondation et des conquêtes de Timour (Tamerlan). Ce chef turc de la tribu Barlas, se prétendant héritier de Gengis Khan, unifia la Transoxiane et lança des campagnes dévastatrices contre les khanats mongols de la Horde d'Or, l'Ilkhanat, le sultanat de Delhi et l'Empire ottoman (bataille d'Ankara, 1402). Son empire, tenu par la force, ne lui survécut pas. La seconde phase (1405-1507) est celle des successeurs. Les fils et petits-fils de Timour se disputèrent l'héritage, fragmentant l'empire. Le XVe siècle vit néanmoins l'éclosion d'une renaissance culturelle, particulièrement sous le règne du sultan Husayn Bayqara (r. 1469-1506) à Hérat, qui attira à sa cour des figures comme le poète Djami, le peintre Behzad et le savant Ali Quchtchi. L'empire prit fin avec la conquête des territoires centraux par les Ouzbeks de la dynastie Chaybanide. Un descendant de Timour, Bâbur, fuit vers l'Inde où il fonda l'Empire moghol en 1526.

Caracteristiques

1. **Architecture monumentale** : Innovation dans l'usage de la brique émaillée, des dômes bulbeux nervurés, des portails monumentaux (pishtaq) et des cours à quatre iwans. Exemples : le Gour-Emir (tombeau de Tamerlan), la mosquée Bibi-Khanym et l'ensemble de Shah-e Zendeh à Samarcande. 2. **Renaissance artistique** : Apogée de la peinture de miniature persane (école de Hérat avec Behzad), de la calligraphie et de l'art du livre. 3. **Vie intellectuelle** : Patronage de l'astronomie (observatoire d'Ulugh Beg à Samarcande), des mathématiques, de l'histoire et de la littérature persane. 4. **Synthèse culturelle** : Fusion des idéaux chevaleresques turco-mongols (code de conduite, *futuwwa*), de la haute culture administrative et littéraire persane, et de la religion islamique. 5. **Instabilité politique** : Absence de loi de succession claire, conduisant à des guerres fratricides et à un pouvoir central faible après Tamerlan.

Importance

L'importance de l'Empire timouride est davantage culturelle que politique. Il fut le pont crucial entre les mondes mongol post-impérial et les grands empires islamiques modernes (safavide, ottoman, moghol). La renaissance de Hérat influença directement la cour safavide, tandis que Bâbur importa la culture timouride raffinée en Inde, jetant les bases de la culture moghole. Son architecture définit le canon de l'architecture islamique d'Asie centrale pour les siècles suivants. Enfin, en affaiblissant durablement la Horde d'Or et l'Empire ottoman (momentanément), il modifia l'équilibre des pouvoirs en Eurasie occidentale et orientale.

Anecdotes

L'astronome-roi Ulugh Beg

Petit-fils de Tamerlan, Ulugh Beg (1394-1449) fut avant tout un scientifique passionné. Gouverneur de Samarcande, il y fit construire un immense observatoire équipé d'un sextant géant fixe. Il y compila les « Tables sultaniennes » (Zij-i Sultani), un catalogue d'étoiles d'une précision remarquable pour l'époque, qui fut utilisé en Europe et en Chine. Son règne illustre la priorité que certains Timourides pouvaient accorder aux arts et aux sciences sur la conquête militaire.

La légende de la mosquée Bibi-Khanym

La légende populaire raconte que la grande mosquée de Samarcande fut construite par l'épouse chinoise de Tamerlan, Bibi-Khanym, pour lui faire une surprise à son retour de campagne. L'architecte s'éprit d'elle et n'accepta de terminer l'ouvrage qu'en échange d'un baiser, laissant une marque sur sa joue. Tamerlan, fou de jalousie, fit exécuter l'architecte et ordonna que désormais les femmes portent le voile pour cacher leur beauté. Cette histoire, bien que fictive, reflète l'ambition démesurée du monument et le mélange des influences dans l'empire.

Le jardin du Paradis (Bagh) et les Moghols

Les Timourides étaient des concepteurs passionnés de jardins formels, les *bagh*, divisés en quatre parties par des canaux d'eau, évoquant le paradis coranique. Lorsque Bâbur, descendant de Tamerlan, conquit l'Inde, il fut déprimé par le paysage plat. Il importa immédiatement cette tradition, créant les premiers jardins moghols (comme le Ram Bagh à Âgrâ). Le plan du Taj Mahal, avec son jardin quadripartite et ses canaux, est l'héritage direct de l'idéal timouride du paradis sur terre.

Sources

  • Beatrice Forbes Manz, « The Rise and Rule of Tamerlane » (Cambridge University Press)
  • René Grousset, « L’empire des steppes » (chapitre sur Tamerlan et les Timourides)
  • Maria Eva Subtelny, « Timurids in Transition: Turko-Persian Politics and Acculturation in Medieval Iran » (Brill)
  • Thomas W. Lentz & Glenn D. Lowry, « Timur and the Princely Vision: Persian Art and Culture in the Fifteenth Century » (Smithsonian)
  • L'Encyclopédie de l'Islam, articles « Timourides », « Tamerlan », « Samarcande », « Hérat »
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