Introduction
L'Empire songhaï, émergeant des cendres de l'Empire du Mali, fut la dernière grande puissance impériale de l'Afrique de l'Ouest précoloniale. Centré sur le fleuve Niger, il atteignit son apogée aux XVe et XVIe siècles, contrôlant un territoire immense qui s'étendait de l'actuel Niger jusqu'à l'Atlantique. Il est célèbre pour sa richesse, sa puissance militaire, son organisation étatique sophistiquée et ses centres d'apprentissage, notamment Tombouctou, qui rayonnaient dans tout le monde islamique.
Description
L'Empire songhaï était une entité politique complexe et hiérarchisée. Sa prospérité reposait sur un système économique diversifié : le commerce transsaharien (or, sel, esclaves, cuivre, tissus), l'agriculture intensive dans les plaines fertiles du Niger, la pêche et l'élevage. L'État exerçait un contrôle étroit sur les mines de sel de Teghazza et sur les principales routes commerciales. L'islam était la religion de la cour et de l'administration, cohabitant avec les croyances traditionnelles au sein de la population. L'empire était divisé en provinces administrées par des gouverneurs, avec une armée permanente et une flotte fluviale. La société était stratifiée, comprenant l'aristocratie, les hommes libres, les artisans, les griots et les esclaves.
Histoire
Les origines du peuple songhaï remontent au royaume de Gao, établi vers le VIIe siècle. Après une période de vassalité sous l'Empire du Mali, le Songhaï regagna son indépendance sous Sonni Ali Ber (1464-1492), un chef militaire charismatique et conquérant. Il unifia la région par la force, s'emparant de Tombouctou (1468) et de Djenné (1473). Son successeur, Askia Mohammed (1493-1528), fonda la dynastie des Askia et réforma profondément l'empire. Il centralisa l'administration, standardisa les poids et mesures, créa une bureaucratie spécialisée et fit du pèlerinage à La Mecque un événement diplomatique majeur. Le XVIe siècle marqua l'apogée territorial et culturel sous des souverains comme Askia Daoud. Cependant, des conflits successoraux affaiblirent l'empire. En 1591, une armée marocaine équipée d'armes à feu, envoyée par le sultan Ahmed al-Mansur, traversa le Sahara et infligea une défaite décisive à l'armée songhaï, pourtant supérieure en nombre, à la bataille de Tondibi. Cette défaite marqua l'effondrement rapide de l'empire et le début de la fragmentation politique de la région.
Caracteristiques
1. **Administration centralisée** : Empire divisé en provinces dirigées par des gouverneurs (fari), avec des ministres spécialisés (Tara-farma pour les finances, Hi-koy pour la flotte). 2. **Économie contrôlée** : Monopole étatique sur le commerce du sel et de l'or, perception des taxes douanières. 3. **Puissance militaire** : Armée permanente comprenant une cavalerie et une infanterie, ainsi qu'une flotte de pirogues de guerre sur le Niger. 4. **Rayonnement culturel et intellectuel** : Tombouctou, avec l'université de Sankoré et ses nombreuses médersas, était un centre majeur d'études islamiques (droit, théologie, astronomie, médecine). Des savants comme Ahmed Baba y produisaient des manuscrits renommés. 5. **Système de succession** : La dynastie des Sonni pratiquait une succession par la force, tandis que les Askia instaurèrent un système plus bureaucratique, bien que source de conflits.
Importance
L'Empire songhaï représente l'apogée de la civilisation urbaine et étatique en Afrique de l'Ouest avant la colonisation européenne. Il démontra la capacité de construction d'un État complexe, économiquement intégré et culturellement brillant en dehors des influences eurasiatiques directes. Son héritage le plus durable est le mythe et le prestige de Tombouctou comme cité du savoir, qui a captivé l'imaginaire mondial. Son effondrement, dû à une invasion externe exploitant un avantage technologique (les armes à feu), modifia durablement l'équilibre géopolitique de la région, ouvrant une période d'instabilité et facilitant, à long terme, la pénétration européenne. Il reste un symbole puissant de la grandeur précoloniale africaine.
