Empire safavide

L'Empire safavide (1501-1736) fut l'un des empires les plus importants de l'histoire de l'Iran, fondant l'État-nation iranien moderne. Il établit le chiisme duodécimain comme religion d'État, forgeant une identité distincte face aux empires sunnites voisins. Son apogée culturel et politique en fit un acteur majeur entre les mondes ottoman et moghol.

Introduction

L'Empire safavide émergea au début du XVIe siècle sous l'impulsion d'Ismaïl Ier, un chef charismatique issu d'un ordre soufi militant. Il unifia la Perse après des siècles de fragmentation et établit une nouvelle dynastie impériale qui allait durer plus de deux siècles. Son héritage le plus durable fut la conversion de l'Iran au chiisme duodécimain, un événement qui définit encore aujourd'hui l'identité religieuse et culturelle du pays. L'empire fut un centre florissant d'art, d'architecture et de commerce, situé au carrefour des grandes routes commerciales eurasiennes.

Description

L'Empire safavide gouverna un territoire correspondant approximativement à l'Iran moderne, ainsi que des parties de l'Irak, de l'Azerbaïdjan, de l'Arménie, de la Géorgie et de l'Afghanistan. Sa capitale fut d'abord Tabriz, puis Qazvin, et enfin Ispahan, magnifiée par Chah Abbas Ier. L'État était une monarchie théocratique où le souverain (le Chah) détenait un pouvoir absolu, mais était aussi considéré comme le représentant de l'Imam caché du chiisme. L'économie reposait sur l'agriculture, l'artisanat (notamment la soie et les tapis) et le commerce lucratif des épices et de la soie entre l'Est et l'Europe. La société était structurée autour de la cour royale, de l'élite religieuse (les ulémas), des tribus turkmènes qizilbash (l'épine dorsale militaire initiale) et d'une bureaucratie persane.

Histoire

L'histoire safavide commence avec Ismaïl Ier, qui, à l'âge de 14 ans, vainquit les forces du Chirvanchah et des Aq Qoyunlu, se proclama Chah en 1501 à Tabriz et imposa le chiisme par la force. Sa défaite cuisante face aux Ottomans sunnites à la bataille de Tchaldiran (1514) limita l'expansion vers l'ouest mais consolida l'État. Après une période de déclin et de guerres civiles, l'empire connut son âge d'or sous Chah Abbas Ier (r. 1587-1629). Il réforma l'armée en créant un corps d'esclaves ghulams (géorgiens et circassiens) pour contrebalancer les qizilbash, reprit des territoires aux Ottomans et aux Ouzbeks, et fit d'Ispahan une capitale somptueuse ouverte aux commerçants et diplomates européens. Le XVIIe siècle fut une période de stabilité relative et de mécénat artistique intense. Le déclin s'amorça au XVIIIe siècle avec des souverains faibles, la pression économique des compagnies commerciales européennes, et des révoltes internes. L'empire s'effondra finalement en 1736 après l'invasion des Afghans hotakîs et la prise de pouvoir par Nader Chah, qui fonda la dynastie afcharide.

Caracteristiques

Plusieurs caractéristiques majeures définissent l'Empire safavide. Sur le plan religieux, l'imposition du chiisme duodécimain comme religion d'État fut un acte fondateur, créant une frontière idéologique avec les Ottomans sunnites et unifiant le territoire autour d'une foi commune. Cette conversion fut orchestrée par des missionnaires et des théologiens, souvent importés des centres chiites du Liban et de Bahreïn. Sur le plan artistique, l'empire est célèbre pour son architecture (la place Naqsh-e Jahan d'Ispahan, les mosquées aux dômes turquoise), la miniature persane (écoles de Tabriz et d'Ispahan), la calligraphie et le tissage de tapis, qui atteignirent une perfection technique et esthétique inégalée. Militairement, l'innovation de Chah Abbas Ier consista à créer une armée permanente et salariée, moins dépendante des tribus, et à équiper ses troupes d'artillerie et de mousquets modernes. La structure du pouvoir reposait sur un équilibre précaire entre les éléments turcophones (qizilbash) et les éléments persans (bureaucratie et ulémas).

Importance

L'importance de l'Empire safavide est profonde et durable. Il est considéré comme le fondateur de l'Iran moderne, traçant ses frontières essentielles et établissant son identité religieuse chiite distincte, un facteur géopolitique toujours central aujourd'hui. Il joua un rôle crucial dans l'équilibre des pouvoirs en Asie occidentale, contenant l'expansion ottomane vers l'est et interagissant avec les Moghols et les puissances européennes. Son héritage culturel est immense : Ispahan reste un joyau architectural, l'art safavide est admiré dans les musées du monde entier, et les tapis persans sont synonymes de luxe et de raffinement. Enfin, l'empire fut un carrefour économique vital, facilitant les échanges entre l'Inde, l'empire ottoman, la Russie et l'Europe, attirant des compagnies comme la British East India Company et la Dutch VOC, et intégrant ainsi la Perse dans les premiers réseaux de la mondialisation.

Anecdotes

L'armée des 'Têtes Rouges'

Les premiers soutiens militaires d'Ismaïl Ier étaient les tribus turkmènes qizilbash ('têtes rouges' en turc), nommées ainsi d'après leur coiffe distinctive à douze plis de couleur rouge, symbolisant les douze imams du chiisme. Ces guerriers, dévoués corps et âme au Chah qu'ils considéraient comme une figure quasi-divine, furent l'instrument de ses premières conquêtes.

Ispahan, la moitié du monde

Sous Chah Abbas Ier, la capitale Ispahan fut entièrement remodelée. Un proverbe persan de l'époque disait 'Ispahan nesf-e jahan' ('Ispahan est la moitié du monde'), reflétant sa splendeur et son cosmopolitisme. La place Naqsh-e Jahan, entourée de monuments majestueux, servait à la fois de terrain de polo, de marché et de lieu de cérémonies publiques.

Une alliance improbable avec l'Angleterre

Pour contrer la puissance ottomane et portugaise dans le Golfe Persique, Chah Abbas Ier rechercha une alliance avec les Anglais. En 1622, une flotte conjointe de la Royal Navy et de forces safavides attaqua et reprit l'île stratégique d'Ormuz aux Portugais, permettant aux Safavides de contrôler le lucratif commerce de la soie par le sud.

Sources

  • David Morgan, 'Medieval Persia 1040-1797'
  • Roger Savory, 'Iran under the Safavids'
  • Andrew J. Newman, 'Safavid Iran: Rebirth of a Persian Empire'
  • Encyclopædia Iranica (articles sur les Safavides, le chiisme, l'art safavide)
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