Introduction
L'Empire japonais (Dai Nippon Teikoku) incarne une phase cruciale et tumultueuse de l'histoire du Japon, où la nation, sortie de son isolement féodal, se forge en un État-nation moderne et une puissance impérialiste de premier plan. Cette période, qui s'étend de 1868 à 1945, est caractérisée par une transformation sans précédent, une quête de statut égal aux puissances occidentales, et une trajectoire qui culminera dans le conflit du Pacifique.
Description
L'Empire japonais est une entité politique et idéologique fondée sur la Constitution de l'Empire du Japon (la Constitution Meiji de 1889). Elle établit un système politique hybride, combinant des institutions modernes (parlement, cabinet) avec la souveraineté sacrée et inviolable de l'empereur (Tennō), considéré comme un descendant de la déesse Amaterasu. L'idéologie officielle, synthétisée dans le concept de Kokutai (« essence nationale »), mêle shintoïsme d'État, loyauté absolue à l'empereur, et militarisme. L'empire poursuit une politique expansionniste, construisant un vaste domaine colonial comprenant Taïwan, la Corée, la Mandchourie (état fantoche du Mandchoukouo), et de vastes territoires en Chine et en Asie du Sud-Est.
Histoire
La période impériale débute avec la Restauration Meiji (1868), qui renverse le shogunat Tokugawa et restaure le pouvoir impérial sous l'empereur Mutsuhito (Meiji). Le pays entreprend une modernisation frénétique (Fukoku Kyōhei : « Pays riche, armée forte »). Des victoires militaires contre la Chine (1894-95) et la Russie (1904-05) établissent le Japon comme puissance régionale. L'annexion de la Corée a lieu en 1910. Les années 1930 voient la montée du militarisme, l'invasion de la Mandchourie (1931) et le début de la seconde guerre sino-japonaise (1937). L'empire rejoint les forces de l'Axe et attaque Pearl Harbor en décembre 1941, déclenchant la guerre du Pacifique. Une campagne d'expansion rapide est suivie d'une reconquête alliée acharnée. L'empire s'effondre après les bombardements atomiques d'Hiroshima et Nagasaki et la reddition sans condition le 15 août 1945 (Gyokuon-hōsō). L'occupation américaine (1945-1952) dissout l'empire et impose des réformes démocratiques.
Caracteristiques
Principales caractéristiques : 1) **Modernisation sélective** : Adoption rapide des technologies, sciences, et structures militaires et industrielles occidentales, tout en préservant et en exaltant des valeurs traditionnelles et une structure sociale hiérarchique. 2) **Impérialisme et colonialisme** : Politique expansionniste justifiée par des doctrines comme la « Sphère de coprospérité de la Grande Asie orientale », masquant souvent une exploitation brutale des populations colonisées. 3) **Militarisme** : Prééminence politique de l'armée et de la marine, culte du bushido (code des samouraïs), et influence directe des militaires sur le gouvernement. 4) **Culte de l'empereur** : L'empereur, divinisé, est le centre du Kokutai et le commandant suprême des forces, unissant la nation. 5) **Nationalisme intense** : Éducation et propagande visant à inculquer l'obéissance, le sacrifice et la supériorité nationale. 6) **Économie dirigée** : Développement d'un capitalisme de type zaibatsu (conglomérats) étroitement lié à l'État et aux objectifs militaires.
Importance
L'importance de l'Empire japonais est profonde et contradictoire. Il démontra qu'une nation non-occidentale pouvait se moderniser et défier les puissances coloniales établies, inspirant divers mouvements anti-coloniaux en Asie. Son expansionnisme brutal et ses crimes de guerre (comme le massacre de Nankin, les expériences de l'Unité 731, les travaux forcés) laissèrent des traumatismes durables en Asie. Sa défaite totale en 1945 marqua une rupture radicale : le Japon renonça à la guerre dans sa constitution, devint une démocratie pacifique et une puissance économique, tandis que l'empereur perdit son statut divin. La période impériale reste un sujet de débat historique intense au Japon et en Asie concernant la mémoire, la responsabilité et l'identité nationale.
