Empire du Mali

L'Empire du Mali fut un vaste empire ouest-africain qui domina la région du XIIIe au XVIe siècle. Fondé par Soundiata Keïta après la bataille de Kirina (vers 1235), il est célèbre pour ses richesses légendaires, notamment en or, et pour des souverains emblématiques comme Mansa Moussa. Il fut un centre majeur de commerce, de culture islamique et d'apprentissage.

Introduction

L'Empire du Mali, également connu sous le nom de Manden Kurufaba, représente l'apogée de la puissance et de la civilisation en Afrique de l'Ouest médiévale. S'étendant à son zénith sur près de 1,3 million de kilomètres carrés, il contrôlait un territoire englobant des parties des actuels Mali, Sénégal, Gambie, Guinée, Burkina Faso, Mauritanie, Niger et Côte d'Ivoire. Son histoire, transmise par la tradition orale des griots et consignée par des voyageurs arabes comme Ibn Battûta, incarne la grandeur des empires précoloniaux du Sahel.

Description

L'Empire du Mali était une entité politique complexe structurée autour du Mansa (empereur). Sa prospérité reposait sur trois piliers : le contrôle des mines d'or du Bambouk et du Bouré, le commerce transsaharien, et une agriculture productive dans les zones fluviales du Niger. Les villes caravanières comme Tombouctou, Djenné et Gao (conquise plus tard) étaient des nœuds commerciaux vitaux où l'or, le sel, les noix de kola et les esclaves étaient échangés. L'empire était divisé en provinces gouvernées par des gouverneurs (farbas) et des chefs tribaux, avec une armée puissante de cavalerie et d'infanterie pour maintenir l'ordre et étendre les frontières. La société était hiérarchisée, avec une noblesse, des hommes libres, des artisans (forgerons, griots) et des esclaves.

Histoire

L'empire émergea des cendres de l'empire du Ghana affaibli. Sa fondation est attribuée à Soundiata Keïta, héros fondateur de l'épopée mandingue. Après sa victoire sur le roi sosso Soumaoro Kanté à Kirina (vers 1235), il unifia les clans mandingues et établit la Charte du Manden, considérée comme une déclaration précoce des droits humains. L'empire atteignit son apogée au XIVe siècle sous Mansa Moussa (règne vers 1312-1337), dont le pèlerinage à La Mecque en 1324-1325 est légendaire pour sa démonstration de richesse, inondant l'Égypte d'or et attirant l'attention du monde méditerranéen. Il revint avec des savants et l'architecte andalou Es-Saheli, qui construisit la célèbre mosquée Djingareyber de Tombouctou. Après Moussa, l'empire déclina progressivement en raison de querelles successorales, de révoltes internes et de la montée en puissance de l'Empire songhaï, qui s'empara de Tombouctou en 1468. Des vestiges de l'empire persistèrent jusqu'au XVIIe siècle.

Caracteristiques

Plusieurs caractéristiques distinguent l'Empire du Mali. Économiquement, il maîtrisait la chaîne de l'or, de l'extraction à la frappe (bien que l'or circulât principalement en poudre). Culturellement, il fut un foyer d'islamisation et d'érudition, avec l'université de Sankoré à Tombouctou attirant des milliers d'étudiants. L'administration était centralisée mais flexible, intégrant divers peuples et coutumes. La tradition orale, portée par les griots (djélis), jouait un rôle crucial dans la préservation de l'histoire, des lois et de l'identité mandingue. L'architecture en banco (terre crue) atteignit aussi un haut niveau de sophistication.

Importance

L'Empire du Mali a eu un impact profond et durable. Il a solidifié la place de l'Afrique de l'Ouest dans les réseaux économiques mondiaux du Moyen Âge. Son patronage a fait de Tombouctou un centre intellectuel de renommée mondiale, avec des bibliothèques contenant des milliers de manuscrits. Il a diffusé la culture mandingue, sa langue (le mandinka), et ses structures sociales à travers une vaste région. La figure de Mansa Moussa est restée dans l'imaginaire mondial comme le symbole ultime de la richesse. Enfin, l'empire a démontré la capacité de formation d'États puissants, complexes et sophistiqués en Afrique subsaharienne bien avant le contact avec les Européens.

Anecdotes

Le pèlerinage qui fit chuter le prix de l'or

Lors de son célèbre pèlerinage à La Mecque, Mansa Moussa voyagea avec une immense caravane comprenant, selon les chroniqueurs arabes, 60 000 hommes, 12 000 serviteurs et des centaines de chameaux chargés d'or en poudre. Sa générosité fut si extravagante au Caire qu'il distribua tant d'or qu'il provoqua une dépréciation massive de la monnaie locale, dont le marché mit plus d'une décennie à se remettre.

La Charte du Manden, une constitution orale

Attribuée à Soundiata Keïta, la Charte du Manden (ou Kurukan Fuga) est une proclamation orale de lois et de principes sociaux. Énoncée vers 1236, elle prône la paix sociale, l'abolition de l'esclavage par razzia, la sécurité des femmes, et l'inviolabilité de la vie humaine. Inscrite au patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO, elle est considérée comme l'une des premières déclarations des droits humains.

L'énigme de l'exploration atlantique

Les récits arabes, notamment d'Al-Umari, rapportent qu'un prédécesseur de Mansa Moussa, Mansa Aboubakari II (ou Mohammed ibn Gao), aurait abdiqué pour explorer les limites de l'océan Atlantique. Il aurait équipé une expédition de 200 bateaux qui ne revint jamais, puis une seconde de 2000 bateaux dont il prit lui-même le commandement, disparaissant également. Cette histoire suggère des tentatives maliennes d'exploration maritime bien avant les Européens.

Sources

  • Djibril Tamsir Niane, 'Soundjata ou l'épopée mandingue'
  • Ibn Battûta, 'Voyages' (Rihla)
  • Al-Umari, 'Masalik al-absar fi mamalik al-amsar'
  • Nehemia Levtzion, 'Ancient Ghana and Mali'
  • UNESCO, 'La Charte du Manden, proclamée à Kurukan Fuga'
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