Introduction
L'Empire austro-hongrois, proclamé en 1867 par le Compromis (Ausgleich), représente l'ultime transformation de l'ancien Empire des Habsbourg. Il s'agissait d'une monarchie constitutionnelle dualiste, unique en son genre, où deux États souverains, l'Empire d'Autriche et le Royaume de Hongrie, partageaient un monarque commun, un ministère des Affaires étrangères, un ministère de la Guerre et une politique financière commune. Cette construction politique tentait de contenir les tensions nationalistes tout en préservant le statut de grande puissance de la dynastie.
Description
La Double Monarchie était une mosaïque de peuples sans majorité ethnique claire. Elle regroupait des Allemands, des Hongrois (Magyars), des Tchèques, des Slovaques, des Polonais, des Ruthènes (Ukrainiens), des Roumains, des Croates, des Serbes, des Slovènes, des Italiens et d'autres groupes. L'empire était divisé en deux entités : la Cisleithanie (Autriche) et la Transleithanie (Hongrie), chacune avec son propre parlement, gouvernement et système administratif. Seules la Bosnie-Herzégovine, annexée en 1908, était administrée conjointement. L'empereur François-Joseph Ier (1848-1916) en fut la figure centrale, incarnant la continuité et la tradition dans une époque de changements rapides.
Histoire
L'Empire austro-hongrois naît des défaites autrichiennes face à la Prusse (1866) et de la nécessité d'apaiser les revendications hongroises. L'Ausgleich de 1867 accorde à la Hongrie une large autonomie interne. Les décennies suivantes sont marquées par une modernisation économique et industrielle inégale, des tensions sociales et surtout la 'question des nationalités', les peuples slaves réclamant plus de droits. L'empire s'allie à l'Allemagne au sein de la Triple Alliance (1882). L'annexion de la Bosnie-Herzégovine en 1908 exacerbe les tensions avec la Serbie et la Russie. L'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand à Sarajevo le 28 juin 1914 par un nationaliste serbe bosniaque déclenche la Première Guerre mondiale. Épuisé par le conflit, miné par les nationalismes et les défaites, l'empire se disloque à l'automne 1918. Le dernier empereur, Charles Ier, renonce à participer aux affaires de l'État le 11 novembre 1918, et l'empire est partagé en plusieurs États-nations successeurs.
Caracteristiques
La structure dualiste était la caractéristique principale. L'Autriche et la Hongrie avaient leurs propres capitales (Vienne et Budapest), langues officielles (allemand et hongrois), systèmes législatifs et économies. L'armée commune (kaiserlich und königlich, k.u.k.) et la marine étaient des institutions impériales. L'empire était un géant économique avec une industrie développée en Bohême et en Basse-Autriche, et une agriculture importante en Hongrie. Culturellement, il fut un foyer extraordinaire : Vienne était le centre de la musique (Mahler, Strauss), de la psychanalyse (Freud), de la philosophie (Wittgenstein) et des arts (Sécession viennoise, Klimt, Schiele). Budapest était également une métropole vibrante. Cette effervescence contrastait avec les rigidités politiques et les conflits nationaux.
Importance
L'héritage de l'Empire austro-hongrois est immense. Son effondrement a donné naissance à l'Autriche, la Hongrie, la Tchécoslovaquie (aujourd'hui Tchéquie et Slovaquie), et a largement contribué à la formation de la Yougoslavie et à l'agrandissement de la Pologne, de la Roumanie et de l'Italie. La fragmentation de cet espace économique intégré créa des difficultés durables dans la région. L'instabilité post-impériale en Europe centrale est souvent considérée comme l'une des causes profondes de la Seconde Guerre mondiale. Son expérience du multiculturalisme et de la gestion des nationalités reste un sujet d'étude pertinent. Enfin, son rôle de déclencheur de la Grande Guerre en fait un acteur central de l'histoire du XXe siècle.
