La déposition de Romulus Augustule

4 septembre 476Ravenne, Italie Antiquité tardive / Haut Moyen Âge

Le 4 septembre 476, le chef des fédérés barbares Odoacre dépose le jeune empereur Romulus Augustule, renvoyant les insignes impériaux à Constantinople. Cet acte, souvent simplifié comme la 'chute de Rome', marque symboliquement la fin de l'Empire romain d'Occident, un État déjà moribond. Il consacre la prise de pouvoir des élites militaires barbares dans la péninsule italienne et ouvre une nouvelle ère politique en Europe.

Titre

Le coup d'État d'Odoacre

Description

En 475, le patrice et général d'origine romano-barbare Oreste, ancien secrétaire d'Attila, chasse l'empereur Julius Nepos et place sur le trône son propre fils, un adolescent nommé Romulus, surnommé dérisoirement 'Augustule' (le petit Auguste). Oreste refuse cependant d'accorder aux fédérés barbares (principalement Hérules, Skires et Turcilingues) installés en Italie les terres qu'ils réclament. Mécontents, ces soldats se rallient à l'un des leurs, Odoacre, fils d'un compagnon d'Attila, et le proclament roi. Odoacre défait et exécute Oreste à Plaisance en août 476, puis marche sur Ravenne. Le 4 septembre 476, il capture Romulus Augustule. Par clémence en raison de son jeune âge, Odoacre ne le fait pas exécuter mais l'envoie en exil dans une villa en Campanie, avec une pension. L'événement-clé est ensuite diplomatique : Odoacre renvoie les insignes impériaux (le diadème et la pourpre) à l'empereur d'Orient Zénon, à Constantinople. Il ne se proclame pas empereur, mais demande à Zénon de le reconnaître comme patrice et de lui confier l'administration de l'Italie. Symboliquement, il affirme qu'un seul empereur, celui de Constantinople, suffit pour l'ensemble du monde romain. Zénon, dans une réponse ambiguë, le renvoie à la légitimité de Julius Nepos (toujours en exil en Dalmatie), mais dans les faits, accepte le statu quo. Odoacre gouverne désormais l'Italie comme roi (rex) de ses troupes, mettant fin à la lignée des empereurs d'Occident.

Anecdotes

Un empereur à la retraite dorée

Contrairement au sort souvent funeste des empereurs déchus, Romulus Augustule fut épargné en raison de sa jeunesse. Odoacre lui accorda une pension et l'envoya vivre dans l'ancienne villa de Lucullus, le célèbre général et gastronome romain, à Castellum Lucullanum (actuel Castel dell'Ovo à Naples). Son destin ultérieur est inconnu, mais il aurait peut-être vécu jusqu'au règne de Théodoric, soit au moins jusqu'aux années 510.

La fin sans tragédie

Les contemporains de l'événement ne le perçurent pas comme une catastrophe historique. La chronique la plus proche des faits, celle du Grec Marcellinus Comes, écrit simplement pour l'année 476 : 'Odoacre, roi des Goths, prit Rome'. L'historien byzantin du VIe siècle Procope de Césarée note que depuis ce moment, 'Rome fut soumise à des monarques'. Le sentiment d'une 'chute' est une construction historiographique postérieure.

Les insignes qui voyagent

Le renvoi des insignes impériaux à Constantinople n'est pas une fin en soi. En 497, l'empereur d'Orient Anastase Ier enverra à son tour à Clovis, roi des Francs, des insignes consulaires, reconnaissant ainsi un autre pouvoir barbare. Les regalia romains restent des symboles de légitimité convoités pendant tout le haut Moyen Âge.

Sources

  • Procope de Césarée, 'Guerres des Goths' (VIe siècle)
  • Marcellinus Comes, 'Chronique' (VIe siècle)
  • Jordanès, 'Histoire des Goths' (Getica, VIe siècle)
  • Peter Heather, 'The Fall of the Roman Empire: A New History' (2005)
  • Bryan Ward-Perkins, 'The Fall of Rome and the End of Civilization' (2005)
  • A.H.M. Jones, 'The Later Roman Empire 284-602' (1964)
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