Introduction
Les Toltèques sont une civilisation énigmatique et prestigieuse de l'ère postclassique mésoaméricaine. Leur nom, venant du nahuatl 'Toltecah' (maîtres bâtisseurs), reflète la réputation qu'ils ont laissée auprès des civilisations ultérieures, notamment les Aztèques, qui les vénéraient comme les inventeurs de toutes les sciences et arts. Leur histoire, mêlant faits archéologiques et mythes, en fait une culture charnière entre l'effondrement de Teotihuacan et l'essor des empires du Postclassique.
Origines
Les origines des Toltèques sont débattues. Ils semblent émerger de la fusion de groupes nomades chichimèques du nord avec des populations sédentaires du plateau central, héritières de la culture de Teotihuacan. Après l'effondrement de cette dernière (vers 650 apr. J.-C.), une période d'instabilité s'ensuit, jusqu'à ce qu'un chef légendaire, Mixcoatl (Serpent de Nuage), unifie les tribus et fonde une dynastie. Son fils, Ce Acatl Topiltzin, deviendra le souverain le plus célèbre, associé au culte du dieu Quetzalcoatl.
Organisation
La société toltèque était fortement militarisée et hiérarchisée. À sa tête se trouvait un *tlatoani* (orateur), chef politique et religieux suprême. L'élite était composée de guerriers (*cuauhpipiltin*), de prêtres et de nobles. Les artisans, notamment les tailleurs d'obsidienne et les potiers, jouissaient d'un statut élevé. La base de la société était formée de paysans et de commerçants (*pochteca*), ces derniers jouant un rôle crucial dans l'expansion de l'influence toltèque par le réseau d'échanges.
Religion
Le panthéon toltèque était complexe et a influencé toute la région. La figure centrale était Quetzalcoatl (le Serpent à plumes), dieu de la sagesse, du vent et de la vie, dont le grand prêtre et souverain Topiltzin aurait pris le nom. Tezcatlipoca (le Miroir fumant), dieu de la nuit, de la magie et du conflit, était son rival éternel. Leur lutte mythique structure la cosmovision toltèque. Les pratiques religieuses incluaient des sacrifices humains, bien que moins systématiques que chez les Aztèques, et le culte des *Chac Mool*, statues représentant un porteur d'offrandes.
Apogee
L'apogée toltèque se situe autour de l'an 1000 apr. J.-C., avec Tula (Hidalgo) comme capitale. La ville, peuplée de plusieurs dizaines de milliers d'habitants, était un centre cérémoniel et économique majeur. Son architecture monumentale, avec les célèbres *Atlantes* (colosses de guerriers de 4,6 mètres de haut) et le temple de Tlahuizcalpantecuhtli (l'Étoile du Matin), témoigne de sa puissance. L'influence toltèque s'étendait par le commerce et des alliances jusqu'au Yucatán (visible à Chichén Itzá, considérée comme une 'Tula maya') et en Amérique centrale.
Declin
Vers 1150 apr. J.-C., Tula fut violemment détruite. Les causes du déclin sont multiples : conflits internes probablement liés à des dissensions religieuses entre les partisans de Quetzalcoatl et de Tezcatlipoca, pressions de peuples nomades du nord (les Chichimèques), sécheresses prolongées et révoltes des cités vassales. La ville fut incendiée et ses principaux monuments profanés. La population se dispersa, donnant naissance à de nouveaux groupes qui revendiqueront plus tard l'héritage toltèque.
Heritage
L'héritage toltèque est immense, davantage mythique qu'archéologique. Pour les Aztèques, ils représentaient l'âge d'or, le modèle de la civilisation raffinée et guerrière. Les souverains aztèques se disaient descendants des rois toltèques pour légitimer leur pouvoir. Leur art, leur architecture (talud-tablero, *Chac Mool*), leur mythologie (le mythe de Quetzalcoatl) et leur organisation militaro-commerciale furent intégrés et amplifiés par les civilisations ultérieures. Ils ont ainsi forgé l'image classique de la Mésoamérique postclassique.
