Introduction
La Phénicie n'était pas un empire unifié mais une constellation de cités-États indépendantes et souvent rivales, partageant une langue, une culture et une identité commune. Installées sur une étroite bande côtière entre la mer et les montagnes du Liban, les cités phéniciennes (les plus célèbres étant Byblos, Sidon et Tyr) ont compensé le manque de vastes terres agricoles par une maîtrise exceptionnelle de la navigation et du commerce. Leur histoire est celle d'un peuple d'intermédiaires, reliant les grandes civilisations de Mésopotamie et d'Égypte au monde méditerranéen, diffusant biens, techniques et idées.
Origines
Les Phéniciens, appelés Cananéens dans la Bible, sont les descendants des populations sémites établies dans la région du Levant depuis le IIIe millénaire av. J.-C. Leur nom, « Phoinikes » (les Pourpres) leur fut donné par les Grecs, en référence à la teinture de pourpre extraite du murex, une de leurs spécialités les plus précieuses. Leur civilisation urbaine émerge véritablement après les bouleversements de l'âge du bronze récent (vers 1200 av. J.-C.), profitant du déclin des empires hittite et égyptien pour affirmer leur autonomie et développer leur commerce maritime.
Organisation
Chaque cité (Tyr, Sidon, Byblos, Arwad, Bérytos) était un État souverain dirigé par un roi, mais le pouvoir était souvent partagé avec un conseil d'anciens ou de marchands influents. L'économie reposait presque entièrement sur le commerce et l'artisanat. Les Phéniciens étaient des experts en construction navale (ils utilisaient le cèdre du Liban), en métallurgie, en verrerie et, bien sûr, dans la production de la pourpre et de textiles. Leur société était fortement urbanisée et marchande, avec une classe de commerçants et d'artisans très puissante.
Religion
La religion phénicienne était polythéiste et partageait de nombreux traits avec les autres religions cananéennes. Le panthéon était dominé par un couple divin : El, le dieu suprême et créateur, et Asherah, la déesse mère. Chaque cité avait sa divinité tutélaire : Melqart à Tyr, Eshmoun à Sidon, et Baal à diverses localités. Les pratiques cultuelles incluaient des offrandes, des processions et, selon des sources extérieures parfois hostiles (comme la Bible ou des auteurs grecs), des sacrifices d'enfants, bien que l'ampleur et la nature de cette pratique fassent débat parmi les historiens.
Apogee
L'apogée phénicien se situe entre le XIIe et le VIIIe siècle av. J.-C. Durant cette période, les cités, notamment Tyr sous le roi Hiram Ier, étendent leur influence commerciale dans toute la Méditerranée. Ils fondent de nombreux comptoirs qui deviendront des colonies prospères, le plus célèbre étant Carthage (fondée vers 814 av. J.-C. par Tyr). Leur flotte domine les routes maritimes, transportant des marchandises de luxe (ivoire, ébène, métaux, verre, vin, huile d'olive) et diffusant leur savoir-faire. C'est aussi l'époque où l'alphabet phénicien, simplifié et entièrement phonétique, se répand et influence profondément les systèmes d'écriture grec, étrusque et, par extension, tous les alphabets occidentaux.
Declin
À partir du VIIIe siècle av. J.-C., la Phénicie entre dans l'orbite des grands empires expansionnistes. Les cités subissent successivement la domination assyrienne, néo-babylonienne (Nabuchodonosor II assiège Tyr pendant 13 ans), puis perse achéménide, tout en conservant une certaine autonomie commerciale. La conquête d'Alexandre le Grand en 332 av. J.-C., marquée par le siège et la prise spectaculaire de Tyr, porte un coup décisif. La région passe ensuite sous le contrôle des Séleucides, puis des Romains. En 64 av. J.-C., Pompée intègre définitivement le territoire à la province romaine de Syrie, mettant fin à l'indépendance politique phénicienne, bien que l'identité culturelle et la langue perdurent.
Heritage
L'héritage phénicien est immense et fondamentalement lié à la connectivité. Leur plus grande contribution est sans conteste l'alphabet consonantique de 22 signes, adopté et adapté par les Grecs (qui y ajoutèrent les voyelles), donnant naissance à l'alphabet latin, cyrillique et arabe. Leurs techniques de navigation et leurs routes commerciales ont structuré la Méditerranée antique. Leur colonie, Carthage, deviendra une puissance majeure rivalisant avec Rome. Leur art, synthèse d'influences égyptiennes, mésopotamiennes et égéennes, a influencé l'art grec archaïque. Enfin, leur modèle de cité-État commerçante préfigure les républiques maritimes médiévales.
