Introduction
L'Empire sassanide, fondé par Ardachîr Ier après sa victoire sur les Parthes arsacides, représente l'apogée de la civilisation perse pré-islamique. Il rétablit les traditions impériales achéménides tout en forgeant une identité culturelle et religieuse distincte, centrée sur le zoroastrisme orthodoxe. Pendant plus de quatre siècles, il domina l'Asie occidentale, constituant l'un des pôles majeurs du monde antique avec Rome et Constantinople, et laissant un héritage profond qui influencera durablement le monde islamique naissant.
Origines
La dynastie tire son nom de Sasan, ancêtre supposé et grand-prêtre du temple d'Anahita à Istakhr, dans la province du Fars. Ardachîr Ier, petit-fils de Sasan et gouverneur local, se révolta contre le suzerain parthe, Artaban IV, qu'il vainquit définitivement à la bataille d'Hormizdagan en 224. Cette victoire marqua la fin de l'Empire parthe et le début d'un nouveau régime centralisé et théocratique, qui se présentait comme le restaurateur de la gloire perse et le défenseur de la foi zoroastrienne purifiée.
Organisation
L'empire était une monarchie absolue de droit divin. Le souverain, le Shahanshah (« Roi des Rois »), était considéré comme le représentant d'Ahura Mazda sur terre. L'administration était hiérarchisée et centralisée, avec une bureaucratie efficace dirigée par le Vizir (Vuzurg Framadar). La société était théoriquement divisée en quatre classes (clergé zoroastrien, guerriers, scribes/administrateurs, et le peuple - paysans et artisans), un système attribué à la tradition légendaire. L'empire était divisé en provinces (shahrs) gouvernées par des marzbans (gouverneurs-frontières) ou des shahrabs.
Religion
Le zoroastrisme fut érigé en religion d'État officielle et organisé en une Église puissante dirigée par le Mobadan Mobad (Grand Prêtre). Cette orthodoxie, souvent intolérante, persécuta les minorités religieuses (chrétiens, manichéens, juifs) lors de phases de tensions, bien que des périodes de relative tolérance aient aussi existé. Le culte du feu et les temples (atashkadeh) étaient omniprésents. Le prophète Mani tenta de fonder une religion syncrétique universelle au IIIe siècle, mais fut exécuté sur ordre de Bahram Ier, et le manichéisme fut violemment réprimé. Le mazdakisme, mouvement social et religieux égalitariste au Ve siècle, fut également écrasé.
Apogee
L'apogée sassanide se situe sous le long règne de Khosro Ier (531-579), dit Anushirvan (« à l'âme immortelle »). Il mena d'importantes réformes fiscales et militaires, stabilisa l'empire, et fut un grand mécène des arts et des sciences. Son règne vit la compilation des savoirs dans l'Académie de Gondichapour, un centre intellectuel de premier plan. L'empire s'étendit alors du Yemen à l'ouest, jusqu'aux confins de l'Inde à l'est. Son petit-fils, Khosro II (590-628), parvint à son tour à des conquêtes spectaculaires, s'emparant brièvement de Jérusalem et de l'Égypte byzantine, marquant l'extension territoriale maximale de l'empire.
Declin
Le règne de Khosro II épuisa les ressources de l'empire. L'empereur byzantin Héraclius mena une contre-offensive dévastatrice (627-628) qui affaiblit considérablement le pouvoir central. Une période d'anarchie et de guerres civiles s'ensuivit, avec une succession rapide de souverains. L'empire, divisé et affaibli, ne put résister à l'assaut des armées arabes musulmanes unifiées sous la bannière de l'islam. Les défaites décisives d'al-Qadisiyya (636) et de Nahavand (642) scellèrent son sort. Le dernier Shahanshah, Yazdgard III, fut trahi et assassiné en 651, mettant fin à l'empire.
Heritage
L'héritage sassanide est immense. Il transmit au monde islamique ses modèles d'administration impériale, son art de cour (cérémonial, musique, jeu d'échecs), son architecture (iwans, dômes sur trompes) et ses motifs artistiques (simorgh, scènes de chasse). La culture persane, la langue moyen-persane (pahlavi) et la littérature épique (dont les bases du futur Shahnameh de Ferdowsi) se cristallisèrent sous les Sassanides. Leur système postal et routier fut repris par les califes. En somme, l'empire sassanide servit de creuset et de pont entre l'Antiquité et la civilisation islamique médiévale en Iran.
