Introduction
Le Japon féodal, s'étendant de la fin du XIIe siècle au début du XVIIe siècle, représente une ère de profonde transformation où le pouvoir politique passe de la cour impériale de Kyoto à une succession de gouvernements militaires (shogunats). Cette période, souvent perçue comme un âge de guerres et de chaos, fut aussi un creuset culturel extraordinaire qui forgea l'identité japonaise, avec l'émergence du bushido (code des samouraïs), du théâtre Nô, de la cérémonie du thé (chanoyu) et des arts zen.
Origines
Le Japon féodal naît de l'effondrement du système impérial centralisé de l'époque de Heian. L'établissement du premier shogunat, le Bakufu de Kamakura, par Minamoto no Yoritomo en 1185, consacre la victoire de la classe des bushi (guerriers) sur l'aristocratie de cour. Ce bouleversement est le résultat de décennies de conflits entre les grands clans provinciaux, comme les Taira et les Minamoto, qui contrôlaient de vastes domaines (shoen) et des armées privées.
Organisation
La société était structurée selon une hiérarchie rigide, le système shi-nō-kō-shō (samouraï, paysan, artisan, marchand). Au sommet, le shogun, commandant militaire suprême, détenait le pouvoir réel, l'empereur n'ayant qu'un rôle symbolique. Les daimyos, seigneurs féodaux, gouvernaient leurs domaines (han) en quasi-autonomie, entretenant des armées de samouraïs qui leur juraient fidélité. Les paysans, majoritaires, étaient attachés à la terre et supportaient le poids de l'économie agraire. Cette organisation décentralisée engendra une compétition constante pour les terres et le pouvoir.
Religion
Le bouddhisme, sous ses formes Zen (Soto et Rinzai) et de la Terre Pure (Jodo-shu), dominait la spiritualité, influençant profondément la culture des samouraïs (acceptation de la mort, discipline mentale). Le shintoïsme, religion animiste native, coexistait, vénérant les kami (esprits) de la nature et des ancêtres. Le syncrétisme entre les deux religions était courant. Le confucianisme fournissait le cadre éthique et hiérarchique pour l'organisation sociale et les relations de loyauté.
Apogee
L'apogée culturel et politique se situe durant l'époque de Muromachi (ou Ashikaga), notamment sous le shogun Yoshimitsu Ashikaga (r. 1368-1394). C'est une période de relative stabilité où les arts, financés par l'élite militaire, s'épanouissent : architecture (pavillon d'Or de Kyoto), peinture à l'encre (sumi-e), théâtre Nô de Zeami, et la cérémonie du thé. Cependant, cette période culmine aussi avec la guerre d'Ōnin (1467-1477) qui plongea le pays dans l'ère Sengoku, le « pays en guerre ».
Declin
L'ère Sengoku (1467-1603) fut un siècle de guerres civiles généralisées entre daimyos ambitieux, les « seigneurs de la guerre ». Le déclin de l'autorité shogunale conduisit à une fragmentation extrême. L'unification fut progressivement réalisée par trois grands unificateurs : Oda Nobunaga, qui brisa le pouvoir des monastères guerriers et commença la conquête ; Toyotomi Hideyoshi, qui acheva l'unification et instaura des réformes sociales (chasse aux épées) ; et enfin Tokugawa Ieyasu, dont la victoire à la bataille de Sekigahara (1600) mit fin à la période féodale. L'établissement du shogunat Tokugawa en 1603 inaugura une ère de paix centralisée mais fermée (époque d'Edo).
Heritage
L'héritage du Japon féodal est immense. Il forgea l'idéal du samouraï et du bushido, qui influença la mentalité japonaise moderne (loyauté, discipline, honneur). Les arts développés à cette époque (ikebana, jardin zen, calligraphie, théâtre) restent des piliers de la culture traditionnelle. La structure sociale et les valeurs de loyauté féodale ont laissé des traces dans les relations professionnelles contemporaines. Enfin, cette période fournit un réservoir inépuisable de récits, de légendes et de figures historiques qui nourrissent toujours la littérature, le cinéma (les jidai-geki) et les mangas.
