Introduction
L'Empire moghol, dont le nom dérive de « Mongol » (bien que ses fondateurs se revendiquaient davantage de l'héritage timouride), a dominé le sous-continent indien pendant plus de trois siècles. Il a créé un État centralisé et bureaucratique remarquable, fusionnant des influences persanes, islamiques et indiennes pour produire une civilisation raffinée et sophistiquée. Son histoire est celle d'une dynastie qui passa de conquérants nomades à des empereurs bâtisseurs, législateurs et mécènes, laissant un héritage indélébile dans l'architecture, la langue, l'art et la société de l'Asie du Sud.
Origines
L'empire fut fondé en 1526 par Bâbur, un prince turco-mongol descendant de Tamerlan (par son père) et de Gengis Khan (par sa mère). Chassé de son fief en Asie centrale, Bâbur envahit l'Inde du Nord et vainquit le sultan de Delhi, Ibrahim Lodi, à la première bataille de Pânipat grâce à sa supériorité tactique et à l'usage de l'artillerie. Son règne fut bref, mais il établit les bases de l'empire. Son fils, Humâyûn, perdit le territoire avant de le reconquérir, préparant le terrain pour l'âge d'or sous son fils, Akbar.
Organisation
L'empire était une monarchie centralisée et bureaucratique. L'empereur (Padishah) détenait un pouvoir absolu mais s'appuyait sur une administration complexe. Le système du mansabdari, perfectionné par Akbar, était la pierre angulaire : les nobles (mansabdars) recevaient un rang (mansab) déterminant leur solde et le nombre de cavaliers qu'ils devaient entretenir. L'empire était divisé en provinces (subahs) dirigées par un gouverneur (subahdar). La fiscalité, basée principalement sur un impôt foncier (zabt) soigneusement calculé, assurait la richesse de l'État. La cour (darbar) était un centre de pouvoir et de rituels élaborés.
Religion
Les Moghols étaient musulmans sunnites, mais leur politique religieuse évolua considérablement. Akbar, dans une démarche unique, instaura une politique de tolérance (sulh-i kull, « paix universelle »). Il abolit la jizya (taxe sur les non-musulmans), épousa des princesses hindoues et organisa des débats interreligieux. Il créa même une synthèse religieuse, le Din-i Ilahi (« Foi divine »), qui n'eut qu'une influence limitée. Ses successeurs, Jahângîr et Shâh Jahân, maintinrent une relative tolérance, tandis qu'Aurangzeb, pieux et orthodoxe, rétablit la jizya et imposa des restrictions aux pratiques non-islamiques, alimentant des tensions.
Apogee
L'apogée de l'empire s'étend du règne d'Akbar (1556-1605) à celui d'Aurangzeb (1658-1707). Akbar consolida et étendit l'empire par la conquête et la diplomatie, créant une administration efficace et intégrant l'élite hindoue (notamment les Rajputs) dans le système. L'empire atteignit son zénith culturel et économique sous Shâh Jahân (1628-1658), mécène du Taj Mahal, du Fort Rouge de Delhi et de la Peacock Throne. À son extension territoriale maximale sous Aurangzeb, l'empire couvrait presque tout le sous-continent, mais les guerres incessantes et les politiques de ce dernier épuisèrent le trésor et provoquèrent des révoltes.
Declin
Le déclin commença après la mort d'Aurangzeb en 1707. L'empire fut miné par des guerres de succession fratricides, l'affaiblissement du système du mansabdari, la montée en puissance des gouverneurs provinciaux (comme les Nizams de Hyderabad) et l'émergence de nouvelles forces comme les Marathes, les Sikhs et les Rajputs. Les invasions répétées du perse Nâdir Shâh (1739) et de l'afghan Ahmad Shâh Abdâli pillèrent Delhi et accélérèrent la désintégration. L'empire, réduit à la région de Delhi, devint un protectorat des Marathes puis des Britanniques. Le dernier empereur, Bahâdur Shâh II, fut déposé par les Britanniques après la révolte des Cipayes de 1857, marquant la fin officielle de l'empire.
Heritage
L'héritage moghol est immense. Sur le plan architectural, des monuments comme le Taj Mahal, le Fort d'Agra, le Fort Rouge et la mosquée de la Perle sont des icônes mondiales. En peinture, l'école moghole fusionna les miniatures persanes avec des éléments indiens et européens. L'ourdou, langue de la cour, naquit du mélange de persan, d'arabe et de langues indiennes. Le système administratif et fiscal influença les régimes successeurs, y compris la Compagnie britannique des Indes orientales. La cuisine moghole, riche et épicée, et les arts décoratifs (tapis, joaillerie, travail de la pierre dure) témoignent également de leur raffinement. L'empire reste un symbole puissant de la grandeur et de la complexité de l'histoire indienne.
