Introduction
L'Empire du Mali, fondé par le légendaire Soundiata Keïta, domina l'Afrique de l'Ouest du XIIIe au XVIIe siècle. Il est entré dans l'histoire et la légende comme un État extrêmement riche et puissant, structurant profondément la région du Sahel. Sa renommée dépassa largement les frontières africaines, atteignant l'Europe et le Moyen-Orient, notamment grâce aux récits de voyageurs comme Ibn Battûta et aux cartes médiévales européennes qui représentaient son souverain, le Mansa, tenant une pépite d'or.
Origines
L'empire émergea des cendres de l'Empire du Ghana, affaibli par les Almoravides et la désertification. Le noyau originel était le royaume mandingue du Kangaba, sur le haut Niger. La fondation est attribuée à Soundiata Keïta, qui unifia les clans mandingues et vainquit le roi sosso Soumaoro Kanté à la bataille de Kirina vers 1235. Cette victoire marqua le début de l'hégémonie mandingue et l'établissement de la *Kouroukan Fouga*, une charte constitutionnelle orale établissant les lois et l'organisation sociale de l'empire.
Organisation
L'empire était une monarchie centralisée autour du *Mansa* (empereur), considéré comme sacré. Le pouvoir s'appuyait sur une administration provinciale dirigée par des gouverneurs (souvent des parents du souverain) et sur une armée permanente, notamment une cavalerie d'élite. La société était hiérarchisée en castes : la noblesse (*horon*), les hommes libres, les artisans (*nyamakala* : forgerons, griots, cordonniers) et les esclaves (*jon*). Les griots (*djeli*) jouaient un rôle crucial comme historiens, généalogistes et conseillers.
Religion
L'islam fut adopté par la cour et les élites urbaines et commerciales à partir du XIe siècle, devenant la religion officielle de l'État sous Mansa Moussa. Il cohabitait avec les religions traditionnelles animistes, pratiquées par la majorité de la population rurale. Cette synthèse fut une caractéristique majeure. L'islam malien, de rite malékite, favorisa les échanges avec le monde musulman, l'alphabétisation en arabe et le développement de centres d'enseignement. Les souverains accomplissaient le pèlerinage à La Mecque (*Hajj*), acte politique et religieux qui renforçait leur prestige.
Apogee
L'apogée fut atteint sous le règne de Mansa Moussa (1312-1337). Son pèlerinage à La Mecque en 1324-1325 est resté célèbre pour sa démonstration de richesse phénoménale, au point de faire baisser le cours de l'or au Caire. Il utilisa cette notoriété pour attirer des savants et des architectes, notamment l'Andalou Abou Ishaq es-Sahéli, à qui l'on attribue l'introduction de l'architecture en terre cuite (*banco*) et la construction de la grande mosquée de Djenné et de Sankoré à Tombouctou. Cette dernière devint une université de renommée mondiale, avec des milliers d'étudiants et une immense bibliothèque.
Declin
Le déclin commença après la mort de Mansa Moussa. L'empire, trop vaste, souffrit de querelles successorales, de révoltes des provinces périphériques (notamment les Touaregs et les Songhaï) et de l'émergence de nouveaux pôles commerciaux sur la côte atlantique. Les attaques répétées des Songhaï sur Tombouctou et Gao, puis la conquête marocaine de Tombouctou en 1591, portèrent un coup fatal. L'empire se morcela en petits royaumes, les restes du pouvoir mandingue se repliant sur le cœur du Mali actuel.
Heritage
L'héritage du Mali est immense. Il a diffusé la culture mandingue (langue, traditions, structure sociale des castes) dans une grande partie de l'Afrique de l'Ouest. L'épopée de Soundiata, transmise oralement par les griots, reste un pilier de l'identité mandingue. L'architecture en terre des mosquées de Djenné et Tombouctou est classée au patrimoine mondial de l'UNESCO. Enfin, l'Empire du Mali a durablement inscrit l'Afrique de l'Ouest dans les réseaux d'échanges globaux et a démontré la puissance et le raffinement des civilisations précoloniales du continent.
