Siège de Yorktown

Le siège de Yorktown (28 septembre – 19 octobre 1781) est la bataille décisive de la guerre d'indépendance américaine. Les forces combinées américaines et françaises, commandées par George Washington et le comte de Rochambeau, encerclèrent et forcèrent la reddition de l'armée britannique du général Charles Cornwallis. Cette victoire scella le succès de la révolution américaine.

Introduction

Le siège de Yorktown, en Virginie, marque le point culminant militaire de la guerre d'indépendance américaine. Il représente l'aboutissement d'une campagne complexe et d'une alliance cruciale avec la France. La capitulation du général britannique Cornwallis face aux troupes franco-américaines constitue un tournant psychologique et stratégique irréversible, conduisant directement aux négociations de paix.

Description

Yorktown est un siège classique du XVIIIe siècle, mené selon les principes de Vauban. Les forces alliées, fortes d'environ 17 600 hommes (8 800 Américains, 7 800 Français et 3 100 miliciens de Virginie), encerclèrent la position britannique fortifiée à Yorktown et Gloucester Point, de l'autre côté de la rivière York. L'armée de Cornwallis comptait environ 9 000 soldats. L'opération fut rendue possible par la maîtrise temporaire des mers, assurée par la flotte française de l'amiral de Grasse, qui vainquit une flotte britannique de secours à la bataille de la baie de Chesapeake (5 septembre 1781), empêchant tout renfort ou évacuation. Washington et Rochambeau acheminèrent leurs troupes par une marche rapide depuis New York, surprenant les Britanniques. Le siège proprement dit débuta le 28 septembre. Les ingénieurs et artilleurs français, dirigés par le marquis de Saint-Simon et le baron von Steuben, jouèrent un rôle capital. Après l'établissement de lignes de circonvallation et de contre-vallation, les alliés ouvrirent un bombardement d'artillerie massif et méthodique à partir du 9 octobre, réduisant les défenses britanniques au silence. Deux redoutes britanniques clés furent prises d'assaut à la baïonnette dans la nuit du 14 octobre par des troupes françaises (redoute n°9) et américaines (redoute n°10), commandées respectivement par le comte de Deux-Ponts et Alexander Hamilton. Cette manœuvre permit d'étendre les lignes de tranchées alliées. Pris sous un feu infernal et sans espoir de secours, Cornwallis tenta une vaine évasion par la rivière le 16 octobre, contrariée par une tempête. Il n'eut d'autre choix que de demander les termes d'une capitulation.

Histoire

La campagne de Yorktown est le fruit d'une stratégie concertée entre les généraux alliés et la diplomatie française. Initialement, Washington souhaitait attaquer New York, mais Rochambeau et de Grasse convainquirent de porter l'effort en Virginie, où Cornwallis s'était retranché pour établir une base navale. La marche de 450 miles des armées combinées depuis le Rhode Island et New York fut un exploit logistique. La coopération entre les forces françaises, aguerries et bien équipées, et les continentaux américains, souvent mal vêtus et peu expérimentés, fut remarquable. La reddition officielle eut lieu le 19 octobre 1781. Les troupes britanniques et hessoises défilèrent entre les lignes française et américaine, leurs drapeaux « encloués » (une cérémonie humiliante où les hampes sont dépourvues de leurs ornements), tandis que leurs musiques jouaient ironiquement une mélodie intitulée « The World Turned Upside Down ». Cornwallis, prétendant être malade, se fit représérer par son second, le général Charles O'Hara, qui tenta de remettre son épée au comte de Rochambeau ; ce dernier le redirigea vers Washington. Ce dernier, respectant l'étiquette, désigna son propre second, le général Benjamin Lincoln, pour accepter la capitulation.

Caracteristiques

Bataille de type siège et d'encerclement. Supériorité numérique et matérielle décisive des alliés (près de 2 contre 1). Rôle déterminant de l'artillerie de siège française (canons de 24 livres) et du génie. Maîtrise navale temporaire française comme condition sine qua non du succès. Coalition internationale : troupes américaines, françaises, ainsi que des régiments allemands et polonais au service de la France. Faiblesse britannique : position en cul-de-sac, communications coupées, erreur stratégique de Cornwallis de s'installer dans une position dépendante de la mer.

Importance

L'importance de Yorktown est immense et immédiate. La nouvelle de la capitulation provoqua la chute du gouvernement britannique de Lord North et son remplacement par une administration favorable à la paix. Elle brisa la volonté britannique de poursuivre une guerre coûteuse et impopulaire sur un théâtre secondaire, face à une coalition européenne hostile (France, Espagne, Provinces-Unies). Militairement, c'est la dernière grande bataille terrestre de la guerre. Elle conduisit directement à l'ouverture de négociations aboutissant au traité de Paris de 1783, par lequel la Grande-Bretagne reconnaissait l'indépendance des États-Unis d'Amérique. Sur le plan symbolique, Yorktown consacre l'alliance franco-américaine et démontre la viabilité militaire de la jeune nation. Elle établit définitivement le prestige de George Washington et marque l'émergence des États-Unis sur la scène mondiale.

Anecdotes

Le monde à l'envers

La marche jouée par les fifres et tambours britanniques lors de la cérémonie de reddition est traditionnellement identifiée comme « The World Turned Upside Down », une chanson populaire de l'époque. Bien que les sources historiques ne soient pas unanimes sur le titre exact, l'anecdote est devenue légendaire car elle symbolise parfaitement le bouleversement de l'ordre mondial : la plus grande puissance militaire de l'époque vaincue par ses anciennes colonies.

L'épée de Cornwallis

Lors de la reddition, le général Cornwallis refusa de participer personnellement à la cérémonie, arguant d'une maladie. Son second, le général O'Hara, présenta d'abord l'épée de Cornwallis au comte de Rochambeau. Celui-ci, avec un sens aigu du protocole et de la symbolique, indiqua que le commandant en chef américain, le général Washington, était le destinataire approprié. Washington, à son tour, refusa de recevoir l'épée du second de Cornwallis et désigna son propre second, le général Lincoln (qui avait dû se rendre à Charleston en 1780), pour accepter la capitulation, ajoutant une touche d'humiliation calculée.

Le rôle crucial des financiers français

La campagne de Yorktown fut en grande partie financée par un prêt de 450 000 livres en argent sonnant, obtenu à la dernière minute à partir des coffres de la flotte française des Antilles. Cet argent, convoyé par le frégate « La Résolue », permit de payer les troupes américaines (qui n'avaient pas été payées depuis longtemps) et d'acheter des provisions essentielles, assurant la cohésion et la mobilité de l'armée alliée lors de sa marche vers le sud.

L'assaut des redoutes

L'assaut nocturne des redoutes n°9 et n°10 le 14 octobre fut planifié avec précision. Pour éviter les tirs fratricides, les soldats français attaquant la redoute n°9, plus forte, avaient reçu l'ordre de ne pas charger leurs mousquets et de ne compter que sur la baïonnette, une tactique audacieuse qui surprit les défenseurs. Les Américains de la redoute n°10, commandés par Alexander Hamilton, chargèrent quant à eux avec leurs armes chargées. Les deux assauts furent couronnés de succès en moins de trente minutes.

Sources

  • « Victory at Yorktown: The Campaign That Won the Revolution » by Richard M. Ketchum
  • « The Yorktown Campaign and the Surrender of Cornwallis, 1781 » by Henry P. Johnston
  • « The French Navy and American Independence: A Study of Arms and Diplomacy, 1774-1787 » by Jonathan R. Dull
  • « The Battle of Yorktown 1781: A Reassessment » by John D. Grainger
  • Archives nationales de France, fonds de la Guerre et de la Marine
  • The Papers of George Washington, Revolutionary War Series (University of Virginia Press)
EdTech AI Assistant