Introduction
Rorke's Drift est une petite mission et poste de traite situé sur la rivière Buffalo, à la frontière entre la colonie du Natal et le royaume zoulou. Après l'écrasante défaite britannique à la bataille d'Isandlwana le 22 janvier 1879, où plus de 1 300 soldats furent tués, le poste de Rorke's Drift, servant d'hôpital de campagne et de dépôt de ravitaillement, devint la prochaine cible de l'armée zouloue. Commandés par le lieutenant John Chard du génie royal et le lieutenant Gonville Bromhead du 24e Régiment, une petite garnison hétéroclite se prépara à un siège désespéré.
Description
La garnison de Rorke's Drift était composée d'environ 140 hommes valides, principalement des soldats du 2e bataillon du 24e Régiment d'infanterie (Warwickshire), renforcés par des éléments du Royal Engineers, du Département des Commissaires et d'une poignée de soldats coloniaux du Natal Native Contingent (NNC) et du Natal Mounted Police. Ils étaient également chargés de protéger une trentaine de patients hospitalisés. Face à eux, l'impi (régiment) zoulou des uDloko, des uThulwana, des inDluyengwe et des inDlondlo, fort d'environ 3 000 à 4 000 guerriers, commandés par le prince Dabulamanzi kaMpande, frère du roi Cetshwayo. Les défenseurs improvisèrent rapidement une ligne de défense continue en reliant les bâtiments en pierre de la mission et l'entrepôt avec des barricades de sacs de maïs et de caisses de biscuits, créant un périmètre fortifié.
Histoire
Les premiers guerriers zoulous arrivèrent vers 16h30 le 22 janvier. La bataille fut un assaut incessant et féroce qui dura près de douze heures. Les Zoulous attaquèrent par vagues, cherchant à submerger les défenses par le nombre et le courage. Les combats furent extrêmement rapprochés, souvent au corps à corps à la baïonnette et à la sagaie. L'hôpital, un bâtiment en torchis et toit de chaume, devint un point chaud ; les défenseurs durent évacuer les patients pièce par pièce en perçant les murs de séparation intérieurs sous un feu intense. La défense s'organisa autour des deux bâtiments en pierre et des barricades, les soldats britanniques tirant des salves disciplinées avec leurs fusils Martini-Henry. À la faveur de la nuit, les attaques se poursuivirent, éclairées par l'incendie de l'hôpital. Les défenseurs, épuisés, tinrent bon. Au petit matin du 23 janvier, les Zoulous, ayant subi des pertes considérables et voyant approcher une colonne de renfort britannique, se retirèrent. La garnison avait perdu 17 hommes tués et 10 blessés, tandis que les estimations des pertes zouloues varient entre 350 et 500 morts.
Caracteristiques
Cette bataille est un exemple classique de défense statique en infériorité numérique extrême. Ses caractéristiques principales sont : la supériorité technologique des fusils à chargement par la culasse Martini-Henry face aux armes de jet traditionnelles zouloues (iklwa et sagaies) ; la discipline de feu et la formation en carré adaptée à un périmètre fortifié ; l'utilisation improvisée du terrain et des bâtiments existants ; le commandement partagé mais efficace de Chard et Bromhead ; et le moral extrêmement élevé des défenseurs, galvanisés par la nouvelle de la défaite à Isandlwana et combattant pour leur survie. La tactique zouloue, basée sur l'encerclement et l'assaut frontal (les 'cornes du buffle'), se heurta à une position solidement retranchée.
Importance
L'importance de Rorke's Drift est à la fois militaire, politique et symbolique. Militairement, elle sauva l'honneur de l'armée britannique après le choc d'Isandlwana et démontra la vulnérabilité des tactiques zouloues face à des fortifications de campagne bien défendues. Politiquement, elle fournit au gouvernement britannique une narrative héroïque essentielle pour justifier la poursuite coûteuse de la guerre auprès du public. Symboliquement, elle est devenue l'archétype de la 'dernière résistance' britannique, célébrée par la propagande de l'Empire victorien. Un nombre record de onze Croix de Victoria (la plus haute distinction pour bravoure face à l'ennemi dans l'armée britannique) furent décernées aux défenseurs, un fait sans précédent pour une seule action. Cette bataille occupe une place durable dans la mémoire populaire britannique, notamment grâce au film 'Zoulou' (1964) de Cy Endfield.
