Introduction
L'opération Barbarossa, déclenchée à l'aube du 22 juin 1941, représente la plus grande invasion militaire de l'histoire en termes de nombre de soldats engagés et de longueur du front. Conçue par Adolf Hitler comme une guerre d'anéantissement idéologique et raciale, elle visait à écraser l'Union soviétique communiste, d'acquérir son 'espace vital' (Lebensraum) à l'Est, et d'éliminer ce qu'il considérait comme la menace judéo-bolchevique. Cette campagne devait être rapide, sur le modèle du Blitzkrieg, avant l'arrivée de l'hiver.
Description
L'invasion mobilisa environ 3,8 millions de soldats de l'Axe (dont 3 millions d'Allemands) répartis en trois groupes d'armées (Nord, Centre, Sud) sur un front de près de 2 900 kilomètres, de la mer Baltique à la mer Noire. Ils étaient appuyés par plus de 3 500 chars, 2 700 avions et 600 000 véhicules. Face à eux, l'Armée rouge, surprise malgré des avertissements, alignait environ 2,9 millions d'hommes dans les districts frontaliers, avec des forces considérables en réserve. Les premières semaines furent catastrophiques pour les Soviétiques : les forces de l'Axe avancèrent profondément, encerclant et capturant des centaines de milliers de soldats dans de vastes poches (Białystok-Minsk, Smolensk, Kiev). Moscou, Leningrad et les champs pétrolifères du Caucase étaient les objectifs finaux.
Histoire
La planification débuta à l'été 1940, après la chute de la France. La directive n°21, signée par Hitler le 18 décembre 1940, ordonnait de préparer 'la défaite de la Russie soviétique en une campagne rapide'. Le nom de code 'Barbarossa' faisait référence à l'empereur germanique Frédéric Iᵉʳ Barberousse, figure légendaire du nationalisme allemand. L'attaque, initialement prévue pour mai 1941, fut retardée par la campagne des Balkans. Le 22 juin, sans déclaration de guerre formelle, les forces allemandes franchirent la frontière. La surprise fut presque totale. Staline, incrédule, mit plusieurs heures à réagir. Les premiers mois virent des avancées allemandes spectaculaires, mais la résistance soviétique se durcit, notamment lors des batailles de Smolensk et de Léningrad, soumise à un siège terrible. L'opération Typhon, lancée en octobre pour prendre Moscou, échoua finalement aux portes de la capitale en décembre 1941, stoppée par la résistance acharnée des Soviétiques, l'arrivée de renforts sibériens et le terrible hiver russe pour lequel la Wehrmacht était mal préparée.
Caracteristiques
Barbarossa se distingue par plusieurs caractéristiques fondamentales. C'était une guerre d'extermination (Vernichtungskrieg) : l'ordre des commissaires ordonnait l'exécution sommaire des commissaires politiques soviétiques, et les directives prévoyaient la famine délibérée des populations civiles. Les Einsatzgruppen (unités mobiles de tuerie) suivaient l'armée pour assassiner systématiquement les Juifs, les communistes et les cadres soviétiques. Sur le plan militaire, l'immensité du territoire, les difficultés logistiques (voies ferrées à écartement différent, routes impraticables) et la capacité de l'URSS à mobiliser des réserves humaines et industrielles colossales furent sous-estimées. La stratégie allemande fut aussi affaiblie par des désaccords : priorité à Moscou (selon l'état-major) ou aux objectifs économiques du sud (selon Hitler).
Importance
L'échec de Barbarossa est considéré comme le tournant majeur de la Seconde Guerre mondiale en Europe. Il engagea l'Allemagne dans une guerre d'usure sur deux fronts qu'elle ne pouvait gagner. Les pertes furent astronomiques : on estime à près de 800 000 morts du côté de l'Axe et plusieurs millions pour l'Armée rouge (morts, blessés, prisonniers) pour la seule année 1941. Cette campagne scella le sort du Troisième Reich en épuisant ses meilleures troupes et son matériel. Elle forgea aussi le mythe de la 'Grande Guerre patriotique' en URSS, cimentant le pouvoir de Staline. Sur le plan humain, elle ouvrit la phase la plus brutale de l'Holocauste par balles à l'Est et causa des souffrances indicibles aux populations civiles. Enfin, elle créa l'alliance de circonstance entre les démocraties occidentales et l'Union soviétique, dessinant les contours du monde d'après-guerre.
