Introduction
L'Offensive du Têt de 1968 est l'un des événements les plus complexes et déterminants de la guerre du Vietnam. Nommée d'après la fête du Têt Nguyên Đán, le Nouvel An lunaire vietnamien, période traditionnelle de trêve, elle fut une surprise totale. Elle marqua l'apogée de la stratégie de la « guerre populaire » du Nord-Vietnam et du Viet Cong, visant non pas une victoire militaire conventionnelle, mais un soulèvement général de la population sud-vietnamienne et un effondrement du régime de Saïgon. Son échec à atteindre ces objectifs immédiats fut contrebalancé par son impact dévastateur sur l'opinion publique américaine, transformant une guerre déjà impopulaire en une entreprise perçue comme sans issue.
Description
L'offensive fut une opération d'une ampleur sans précédent, coordonnée sur plus de 100 villes et bases militaires du Sud-Vietnam, de la DMZ (Zone Démilitarisée) au delta du Mékong. Les cibles principales incluaient Saïgon (notamment l'ambassade américaine, le palais présidentiel et la radio nationale), Hué (l'ancienne capitale impériale), et la base américaine de Khe Sanh. Les forces communistes, composées à la fois de réguliers de l'Armée populaire du Vietnam (PAVN) et de guérilleros du Viet Cong (VC), utilisèrent des infiltrations clandestines et des attaques simultanées pour semer la confusion. Les combats furent particulièrement intenses et destructeurs dans les zones urbaines, où les Américains et l'Armée de la République du Vietnam (ARVN) n'étaient pas préparés. La bataille de Hué, qui dura 26 jours, fut la plus longue et la plus sanglante, se transformant en combat de rue acharné et aboutissant à des massacres de civils par les forces communistes.
Histoire
La planification de l'offensive débuta à l'été 1967. Le dirigeant nord-vietnamien Lê Duẩn et le commandant militaire Võ Nguyên Giáp y voyaient une opportunité de briser l'impasse militaire et de provoquer un tournant politique. L'offensive fut précédée par des attaques de diversion autour de la base de Khe Sanh en janvier 1968, destinées à attirer les réserves américaines. Le 30 janvier 1968, à la veille du Têt, les premières attaques eurent lieu dans certaines villes. Le gros de l'offensive fut déclenché dans la nuit du 30 au 31 janvier. L'effet de surprise fut total. À Saïgon, une équipe de sapeurs du VC parvint même à pénétrer dans l'enceinte de l'ambassade américaine avant d'être neutralisée. Les images de ces combats au cœur de la capitale sud-vietnamienne, diffusées dans le monde entier, furent un choc. Bien que les alliés reprirent le contrôle de la plupart des objectifs en quelques jours, les combats à Hué et autour de certaines bases se prolongèrent pendant des semaines. L'offensive se poursuivit par des vagues d'attaques moins intenses jusqu'en septembre 1968.
Caracteristiques
L'Offensive du Têt se distingue par plusieurs caractéristiques clés : 1) **La violation de la trêve du Têt** : L'utilisation d'une période de cessez-le-feu traditionnel pour lancer l'attaque fut un coup de maître psychologique. 2) **Une campagne nationale et simultanée** : Pour la première fois, la guerre s'étendit à l'ensemble du territoire sud-vietnamien, brisant l'image de sécurité dans les zones urbaines. 3) **Objectifs politiques et psychologiques** : L'objectif principal n'était pas de tenir du terrain, mais de démontrer la force et la détermination communistes et de provoquer un soulèvement. 4) **Rôle central des médias** : La couverture télévisée en direct, montrant la violence des combats dans les villes et l'écart entre les déclarations optimistes des généraux américains et la réalité, fut un élément décisif. 5) **Lourdes pertes pour le Viet Cong** : L'offensive décima les rangs expérimentés du Viet Cong, obligeant par la suite le Nord à engager davantage ses troupes régulières.
Importance
L'importance de l'Offensive du Têt est avant tout politique et psychologique. Militairement, ce fut une défaite cuisante pour les forces communistes, qui subirent des pertes énormes (estimées entre 45 000 et 58 000 morts) sans parvenir à susciter le soulèvement populaire escompté ni à tenir aucune de leurs positions. Cependant, c'est une victoire stratégique et propagandiste majeure. Aux États-Unis, elle anéantit la crédibilité des déclarations du gouvernement Johnson et du commandement militaire (notamment du général Westmoreland) qui affirmaient que la fin de la guerre était proche. L'opinion publique, déjà sceptique, bascula massivement contre la guerre. Cet événement précipita la décision du président Lyndon B. Johnson de ne pas se représenter, d'annoncer un arrêt partiel des bombardements sur le Nord-Vietnam et d'ouvrir des pourparlers de paix à Paris. Elle marqua le début du « Vietnamisation » du conflit sous Nixon. Au Sud-Vietnam, elle ébranla la confiance dans le gouvernement et contribua à la désolation des campagnes. En résumé, le Têt transforma une guerre d'usure militaire en une guerre d'usure politique que les États-Unis ne pouvaient plus gagner.
