Offensive du Têt

L'Offensive du Têt est une campagne militaire majeure lancée le 30 janvier 1968 par les forces nord-vietnamiennes et le Viet Cong contre le Sud-Vietnam et ses alliés, principalement les États-Unis, pendant la guerre du Vietnam. Bien qu'une défaite militaire tactique pour les communistes, elle constitue un tournant psychologique et politique majeur, érodant profondément le soutien américain à la guerre.

Introduction

L'Offensive du Têt de 1968 est l'un des événements les plus complexes et déterminants de la guerre du Vietnam. Nommée d'après la fête du Têt Nguyên Đán, le Nouvel An lunaire vietnamien, période traditionnelle de trêve, elle fut une surprise totale. Elle marqua l'apogée de la stratégie de la « guerre populaire » du Nord-Vietnam et du Viet Cong, visant non pas une victoire militaire conventionnelle, mais un soulèvement général de la population sud-vietnamienne et un effondrement du régime de Saïgon. Son échec à atteindre ces objectifs immédiats fut contrebalancé par son impact dévastateur sur l'opinion publique américaine, transformant une guerre déjà impopulaire en une entreprise perçue comme sans issue.

Description

L'offensive fut une opération d'une ampleur sans précédent, coordonnée sur plus de 100 villes et bases militaires du Sud-Vietnam, de la DMZ (Zone Démilitarisée) au delta du Mékong. Les cibles principales incluaient Saïgon (notamment l'ambassade américaine, le palais présidentiel et la radio nationale), Hué (l'ancienne capitale impériale), et la base américaine de Khe Sanh. Les forces communistes, composées à la fois de réguliers de l'Armée populaire du Vietnam (PAVN) et de guérilleros du Viet Cong (VC), utilisèrent des infiltrations clandestines et des attaques simultanées pour semer la confusion. Les combats furent particulièrement intenses et destructeurs dans les zones urbaines, où les Américains et l'Armée de la République du Vietnam (ARVN) n'étaient pas préparés. La bataille de Hué, qui dura 26 jours, fut la plus longue et la plus sanglante, se transformant en combat de rue acharné et aboutissant à des massacres de civils par les forces communistes.

Histoire

La planification de l'offensive débuta à l'été 1967. Le dirigeant nord-vietnamien Lê Duẩn et le commandant militaire Võ Nguyên Giáp y voyaient une opportunité de briser l'impasse militaire et de provoquer un tournant politique. L'offensive fut précédée par des attaques de diversion autour de la base de Khe Sanh en janvier 1968, destinées à attirer les réserves américaines. Le 30 janvier 1968, à la veille du Têt, les premières attaques eurent lieu dans certaines villes. Le gros de l'offensive fut déclenché dans la nuit du 30 au 31 janvier. L'effet de surprise fut total. À Saïgon, une équipe de sapeurs du VC parvint même à pénétrer dans l'enceinte de l'ambassade américaine avant d'être neutralisée. Les images de ces combats au cœur de la capitale sud-vietnamienne, diffusées dans le monde entier, furent un choc. Bien que les alliés reprirent le contrôle de la plupart des objectifs en quelques jours, les combats à Hué et autour de certaines bases se prolongèrent pendant des semaines. L'offensive se poursuivit par des vagues d'attaques moins intenses jusqu'en septembre 1968.

Caracteristiques

L'Offensive du Têt se distingue par plusieurs caractéristiques clés : 1) **La violation de la trêve du Têt** : L'utilisation d'une période de cessez-le-feu traditionnel pour lancer l'attaque fut un coup de maître psychologique. 2) **Une campagne nationale et simultanée** : Pour la première fois, la guerre s'étendit à l'ensemble du territoire sud-vietnamien, brisant l'image de sécurité dans les zones urbaines. 3) **Objectifs politiques et psychologiques** : L'objectif principal n'était pas de tenir du terrain, mais de démontrer la force et la détermination communistes et de provoquer un soulèvement. 4) **Rôle central des médias** : La couverture télévisée en direct, montrant la violence des combats dans les villes et l'écart entre les déclarations optimistes des généraux américains et la réalité, fut un élément décisif. 5) **Lourdes pertes pour le Viet Cong** : L'offensive décima les rangs expérimentés du Viet Cong, obligeant par la suite le Nord à engager davantage ses troupes régulières.

Importance

L'importance de l'Offensive du Têt est avant tout politique et psychologique. Militairement, ce fut une défaite cuisante pour les forces communistes, qui subirent des pertes énormes (estimées entre 45 000 et 58 000 morts) sans parvenir à susciter le soulèvement populaire escompté ni à tenir aucune de leurs positions. Cependant, c'est une victoire stratégique et propagandiste majeure. Aux États-Unis, elle anéantit la crédibilité des déclarations du gouvernement Johnson et du commandement militaire (notamment du général Westmoreland) qui affirmaient que la fin de la guerre était proche. L'opinion publique, déjà sceptique, bascula massivement contre la guerre. Cet événement précipita la décision du président Lyndon B. Johnson de ne pas se représenter, d'annoncer un arrêt partiel des bombardements sur le Nord-Vietnam et d'ouvrir des pourparlers de paix à Paris. Elle marqua le début du « Vietnamisation » du conflit sous Nixon. Au Sud-Vietnam, elle ébranla la confiance dans le gouvernement et contribua à la désolation des campagnes. En résumé, le Têt transforma une guerre d'usure militaire en une guerre d'usure politique que les États-Unis ne pouvaient plus gagner.

Anecdotes

L'ambassade américaine de Saïgon

L'attaque contre le complexe de l'ambassade américaine à Saïgon, dans les premières heures de l'offensive, devint un symbole immédiat et puissant. Une équipe de 19 sapeurs du Viet Cong parvint à faire exploser un mur de l'enceinte et à pénétrer dans le jardin. Bien qu'ils ne réussirent jamais à entrer dans le bâtiment principal de l'ambassade et furent tous tués ou capturés en six heures, les images de soldats américains se battant dans leur propre ambassade, diffusées aux heures de grande écoute aux États-Unis, créèrent l'impression d'une faille totale dans la sécurité et d'une vulnérabilité choquante.

La déclaration de Walter Cronkite

Le 27 février 1968, Walter Cronkite, le présentateur du journal télévisé le plus respecté des États-Unis (« the most trusted man in America »), conclut un reportage spécial sur le Têt par un éditorial sans précédent. Après avoir constaté sur le terrain que la guerre était dans une impasse, il déclara à l'antenne : « Il semble maintenant plus certain que jamais que l'expérience sanglante du Vietnam s'achèvera dans une impasse... La seule issue rationnelle sera de négocier, non pas en victorieux, mais en honnêtes gens qui ont fait de leur mieux. » Le président Johnson aurait alors dit à un collaborateur : « Si j'ai perdu Cronkite, j'ai perdu l'Amérique moyenne. »

La bataille de Hué et les massacres

Pendant l'occupation communiste de Hué, qui dura près d'un mois, les forces nord-vietnamiennes et du Viet Cong procédèrent à des exécutions systématiques de civils considérés comme hostiles au régime : fonctionnaires, militaires sud-vietnamiennes, intellectuels, religieux et leurs familles. Les victimes, souvent arrêtées sur listes préétablies, furent exécutées sommairement ou enterrées vivantes. Après la reprise de la ville, les alliés découvrirent des fosses communes contenant entre 2 800 et 6 000 corps. Ce massacre, longtemps minimisé, est un épisode sombre de l'offensive.

Sources

  • Don Oberdorfer, 'Tet!: The Turning Point in the Vietnam War'
  • Stanley Karnow, 'Vietnam: A History'
  • The Vietnam War: An Intimate History (Geoffrey C. Ward, Ken Burns)
  • Archives du U.S. Department of State, Office of the Historian
  • The Tet Offensive: A Concise History (James H. Willbanks)
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