Introduction
À l'été 1918, après le succès éphémère de leur offensive du printemps (l'Offensive Michael), les forces allemandes, renforcées par le transfert de divisions du front de l'Est après la paix de Brest-Litovsk, lancent une ultime tentative pour percer le front allié avant que l'arrivée massive des troupes américaines ne rende la victoire impossible. Le général Erich Ludendorff choisit de frapper en Champagne, autour de Reims, espérant attirer les réserves françaises avant de porter un coup décisif plus au nord. Cette offensive, baptisée Friedensturm ("Assaut pour la paix"), se heurte à une préparation défensive alliée exceptionnelle et se transforme en un désastre stratégique qui ouvre la voie aux victoires alliées de l'été et de l'automne 1918.
Description
La bataille se déroule sur un front d'environ 120 km, de Château-Thierry à l'ouest jusqu'à Massiges à l'est, centré sur la ville de Reims. L'offensive allemande est lancée le 15 juillet à minuit. À l'est de Reims, la IVe Armée allemande attaque mais est contenue avec de lourdes pertes grâce à une défense en profondeur brillamment orchestrée par le général Gouraud ("Défense élastique"). À l'ouest de Reims, la VIIe Armée et la Ière Armée allemandes, commandées par le général von Boehn, réussissent à franchir la Marne sur un front de 15 km, créant une poche profonde de 15 km entre Château-Thierry et Dormans. Cependant, la progression est lente et coûteuse. Le 18 juillet, le commandant en chef allié, le général Ferdinand Foch, et le commandant des forces françaises, le général Philippe Pétain, lancent une contre-offensive massive et surprise. Menée principalement par les 10e et 6e Armées françaises, dont les divisions sont renforcées par des chars (plus de 350, dont des Renault FT modernes) et soutenues par une puissance aérienne écrasante, l'attaque frappe le flanc ouest du saillant allemand depuis la forêt de Villers-Cotterêts. Cette manœuvre de tenaille, à laquelle participent également plusieurs divisions américaines (1st et 2nd US Divisions) et des contingents italiens et britanniques, oblige les Allemands à une retraite précipitée. Le 20 juillet, Ludendorff ordonne l'évacuation de la poche de la Marne. Les combats se poursuivent jusqu'au 6 août, date à laquelle les Allemands sont ramenés sur leurs positions de départ, ayant perdu tout le terrain conquis depuis mai.
Histoire
Le contexte est celui d'une course contre la montre pour l'Allemagne. Les échecs des offensives de printemps ont épuisé ses meilleures troupes (les Sturmtruppen) et son moral fléchit, tandis que les Alliés voient leurs rangs gonfler de près de 300 000 soldats américains par mois. Le plan de Ludendorff pour la Marne est complexe et vise à fixer les Français à Reims avant de frapper plus au nord en direction des ports de la Manche. Mais les Alliés, grâce aux renseignements (interceptions radio et interrogatoires de prisonniers), connaissent la date et le secteur de l'attaque. Les Français adoptent une défense innovante : une première ligne légèrement tenue, destinée à être submergée, et une ligne de résistance principale plus en arrière, intacte après le pilonnage. Le 18 juillet, la contre-offensive alliée, préparée dans le plus grand secret, est un modèle de planification interarmes. L'utilisation massive des chars en appui de l'infanterie, sans longue préparation d'artillerie pour garder la surprise, brise les lignes allemandes. La bataille se solde par des pertes colossales : environ 130 000 victimes (morts, blessés, prisonniers) du côté allemand, et 95 000 du côté français, auxquelles s'ajoutent environ 12 000 pertes américaines et britanniques. C'est une défaite militaire et psychologique majeure pour l'Allemagne.
Caracteristiques
La Seconde Bataille de la Marne présente plusieurs caractéristiques marquantes. C'est une bataille de mouvement, contrastant avec la guerre de position des années précédentes. Elle illustre la maturation de la coordination interarmes alliée : infanterie, artillerie (avec le tir roulant), chars d'assaut (utilisés en masse et de manière plus tactique) et aviation (qui domine le ciel et harcèle les troupes au sol). C'est également la première grande bataille où l'Armée américaine (AEF) joue un rôle significatif dans une opération offensive de grande envergure, prouvant sa valeur au combat. Du côté allemand, la bataille révèle l'épuisement des troupes, la faiblesse des réserves et la vulnérabilité face à une manœuvre de flanc bien exécutée. La défense élastique de Gouraud à l'est de Reims est considérée comme un chef-d'œuvre tactique défensif.
Importance
L'importance de la Seconde Bataille de la Marne est capitale. Militairement, elle sonne le glas des espoirs offensifs allemands. Après le 18 juillet, l'initiative stratégique passe définitivement aux mains des Alliés, qui ne la lâcheront plus. Elle ouvre la série des offensives alliées victorieuses dites "des Cent-Jours" (Amiens, Saint-Mihiel, Meuse-Argonne) qui conduiront à l'armistice du 11 novembre. Psychologiquement, c'est un choc pour le Haut Commandement allemand ; Ludendorff qualifiera le 18 juillet de "jour de deuil de l'armée allemande". Le moral allemand, tant au front qu'à l'arrière, s'effondre, accélérant la demande d'armistice. Politiquement, elle consolide la position de Foch comme commandant suprême et démontre la capacité de coalition des Alliés. Elle est souvent considérée comme le début de la fin de la Première Guerre mondiale.
