Introduction
La bataille de Las Navas de Tolosa, également connue sous le nom arabe d'al-'Iqāb, est l'apogée d'une croisade prêchée par le pape Innocent III. Elle oppose une coalition chrétienne, menée par les rois de Castille, d'Aragon et de Navarre, à l'armée du calife almohade Muhammad an-Nasir. Le choc a lieu dans les contreforts de la Sierra Morena, en Andalousie, et son issue sonne le glas de la puissance almohade en Al-Andalus.
Description
La campagne débute par la prise de la forteresse de Calatrava la Vieja par les chrétiens. L'armée coalisée, forte d'environ 12 000 à 14 000 hommes (bien que les chroniques médiévales exagèrent souvent les chiffres), est principalement composée de troupes castillanes, aragonaises et navarraises, renforcées par des chevaliers français et des ordres militaires (Temple, Calatrava, Santiago). Elle avance difficilement dans la chaleur estivale. L'armée almohade, peut-être numériquement supérieure (estimations entre 20 000 et 30 000 hommes), est positionnée sur un terrain favorable, le défilé de La Losa, protégé par son camp fortifié au sommet d'une colline. La bataille s'engage au matin du 16 juillet. La tactique chrétienne repose sur une attaque frontale en trois corps. Après des combats acharnés, la percée décisive est réalisée par le roi Sanche VII de Navarre et ses chevaliers, qui chargent directement le camp retranché du calife, brisant la palissade défendue par la garde noire d'esclaves (les « imesebelen ») et forçant la fuite de Muhammad an-Nasir.
Histoire
Le contexte est celui d'une offensive almohade qui avait repris l'initiative après leur victoire à Alarcos en 1195. Le calife Muhammad an-Nasir avait lancé un appel au jihad et menaçait les royaumes du nord. En réponse, le roi Alphonse VIII de Castille, humilié à Alarcos, obtient du pape la proclamation d'une croisade. Malgré le départ prématuré de nombreux croisés français inadaptés au climat, les rois chrétiens maintiennent leur alliance. Pierre II d'Aragon et Sanche VII de Navarre rejoignent Alphonse VIII, mettant de côté leurs rivalités. La bataille est le résultat d'une manœuvre audacieuse : un berger local (la légende le nomme « Martin Alhaja ») aurait indiqué aux chrétiens un passage secret (le « Desfiladero de Despeñaperros ») pour contourner les positions almohades et les surprendre sur le plateau. La victoire est totale : le camp almohade est pillé, et les pertes musulmanes sont considérables, tandis que les pertes chrétiennes, bien que réelles, sont bien moindres.
Caracteristiques
La bataille présente plusieurs caractéristiques marquantes. C'est une bataille de rencontre en terrain montagneux, où la mobilité de la cavalerie lourde chrétienne fut un atout décisif après l'engagement initial des archers et des fantassins. L'unité des royaumes chrétiens, rare à cette époque, fut un facteur clé. La stratégie almohade, défensive et reposant sur une position forte, fut finalement inefficace face à l'assaut déterminé et coordonné des trois corps d'armée. Le butin, incluant l'étendard (pendón) du calife, devint une relique symbolique pour la Castille. La toponymie du lieu (Las Navas, « les plaines ») et la présence d'un ruisseau (le « Arroyo de la Losa ») jouèrent un rôle dans le déploiement des troupes.
Importance
L'importance de Las Navas de Tolosa est immense. Militairement, elle brise définitivement la puissance offensive des Almohades. L'empire, affaibli, entre en déclin et s'effondre quelques décennies plus tard au Maghreb. Stratégiquement, elle ouvre les portes de l'Andalousie. Dans les décennies qui suivent, Ferdinand III de Castille conquiert les grandes villes du Guadalquivir : Cordoue (1236), Séville (1248) et Cadix (1262). Psychologiquement, elle renverse le rapport de force au profit des chrétiens et devient un mythe fondateur de la Reconquista, un symbole de la croisade ibérique et de l'idéal de l'unité chrétienne contre l'Islam. Sa mémoire est encore célébrée en Espagne comme un événement fondateur de l'identité nationale.
