Introduction
Falloujah, ville de la province d'Al-Anbar, est entrée dans l'histoire militaire contemporaine comme le théâtre de combats urbains d'une férocité exceptionnelle pendant la guerre d'Irak. En 2004, après l'invasion menée par les États-Unis en 2003, la ville se transforme en un symbole de la résistance sunnite et en un sanctuaire pour les combattants djihadistes. La première bataille d'avril 2004, déclenchée suite au lynchage de quatre contractants américains, s'achève par un retrait américain controversé. Cela conduit à une seconde confrontation, décisive et bien plus destructrice, en novembre-décembre de la même année.
Description
La Seconde Bataille de Falloujah, ou Opération Phantom Fury, fut lancée le 7 novembre 2004. Elle engagea environ 15 000 soldats américains (principalement des Marines et des unités de l'Armée, dont la 1re Division de Cavalerie) et 2 000 soldats irakiens. En face, entre 3 000 et 4 000 insurgés, un mélange d'anciens membres du parti Baas, de nationalistes sunnites et de combattants d'Al-Qaïda en Irak dirigés par Abou Moussab al-Zarqaoui, s'étaient retranchés dans la ville. Ils avaient préparé un réseau complexe de défenses : maisons piégées, engins explosifs improvisés (IEDs) omniprésents, tunnels, et positions de tireurs d'élite. La tactique américaine reposa sur un encerclement complet de la ville, suivi d'une avancée méthodique, quartier par quartier, maison par maison, en utilisant l'infanterie soutenue par des chars, des véhicules blindés et un appui aérien rapproché. Les combats furent extrêmement rapprochés et destructeurs.
Histoire
Le contexte immédiat remonte au printemps 2004. Après la première bataille et le retrait américain, Falloujah tomba sous le contrôle de conseils islamiques et de chefs insurgés, devenant une « zone libérée » hostile. La pression pour reprendre la ville s'accrut avant les élections irakiennes de janvier 2005. L'assaut final fut précédé de frappes aériennes ciblées et d'une évacuation d'une grande partie de la population civile. Les combats durèrent six semaines, avec des points de résistance féroce comme la mosquée al-Khulafah al-Rashidun et l'hôpital général de Falloujah. La ville fut finalement sécurisée mi-décembre, mais au prix d'une destruction massive estimée à 70-80% des bâtiments.
Caracteristiques
Cette bataille est un archétype du combat urbain de haute intensité au 21e siècle. Ses caractéristiques majeures incluent : 1) L'utilisation massive et systématique d'engins explosifs improvisés (IEDs) par les insurgés, transformant la ville en un gigantesque piège. 2) Une coordination étroite entre l'infanterie, le génie de combat, les blindés et l'appui aérien pour réduire les points d'appui. 3) L'importance cruciale des petites unités (escouades, sections) dans les actions de nettoyage. 4) Une médiatisation intense et controversée, avec des reportages embarqués et des débats sur les pertes civiles et les méthodes employées. 5) L'emploi de techniques de contre-insurrection couplées à des assauts conventionnels.
Importance
L'importance de Falloujah est multidimensionnelle. Sur le plan militaire, elle fut une victoire tactique américaine incontestable qui brisa le bastion insurgé, mais elle devint aussi une puissante machine de propagande pour la rébellion et le jihadisme mondial, alimentant le recrutement. La bataille eut un coût humain lourd : 95 soldats américains tués et plus de 560 blessés ; des centaines d'insurgés tués ; et des milliers de civils irakiens tués ou déplacés, avec des accusations de violations du droit international humanitaire (comme l'usage controversé du phosphore blanc). Stratégiquement, elle démontra les limites d'une approche purement militaire dans un conflit insurrectionnel, déplaçant souvent les insurgés vers d'autres zones. À long terme, Falloujah devint un symbole de la résistance à l'occupation et un creuset pour l'émergence future de l'État Islamique (Daech), dont de nombreux cadres firent leurs armes dans ses ruines. La bataille marqua profondément le corps des Marines américains et reste un cas d'étude dans les académies militaires.
