Introduction
La bataille d'El-Alamein, qui se déroula en deux actes principaux (juillet et octobre-novembre 1942) dans le désert égyptien, est considérée comme l'un des engagements les plus critiques du théâtre méditerranéen. Elle marque l'apogée puis le reflux de la puissance de l'Axe en Afrique. Sa localisation, à seulement 100 km d'Alexandrie, en faisait un verrou stratégique absolu pour la défense de l'Égypte et du Moyen-Orient.
Description
Le site d'El-Alamein présentait une particularité géographique décisive : un front étroit d'une cinquantaine de kilomètres, coincé entre la mer Méditerranée au nord et les profondeurs impraticables de la dépression de Qattara au sud. Cet espace contraint empêchait les manœuvres d'encerclement chères à Rommel et favorisait une bataille d'usure frontale. Le terrain était parsemé de crêtes (comme la crête de Ruweisat) et de champs de mines défensifs, les fameux "jardins du diable". La première bataille (1er-27 juillet 1942) fut une offensive de l'Axe (opération « Aida ») stoppée net par la 8e armée britannique renforcée à la hâte. Bien qu'indécise, elle sauva Alexandrie et le canal. La seconde bataille, décisive, débuta le 23 octobre 1942 avec l'offensive britannique « Lightfoot » planifiée par Montgomery. Elle se caractérisa par un immense barrage d'artillerie, des combats acharnés pour percer les champs de mines, et l'engagement massif des blindés dans la phase finale (bataille de « Supercharge »).
Histoire
Après sa victoire à Gazala en juin 1942, Rommel poursuit les Britanniques en retraite jusqu'en Égypte. La première bataille d'El-Alamein (juillet) l'arrête. Les deux camps se renforcent considérablement pendant l'été. Rommel tente une ultime percée lors de la bataille d'Alam el Halfa (août-septembre), mais échoue. Montgomery, nommé commandant de la 8e armée en août, prépare méticuleusement son offensive. Le 23 octobre 1942, à 21h40, un barrage de plus de 800 canons marque le début de la seconde bataille. Les combats sont extrêmement violents et coûteux, notamment autour de l'objectif stratégique appelé « la Boîte à œufs ». Après douze jours de lutte acharnée et une supériorité matérielle écrasante (notamment en chars et en carburant), les Britannicos percent finalement le front. Le 4 novembre, Rommel, à court de ressources et menacé d'encerclement, ordonne la retraite, désobéissant ainsi à l'ordre de Hitler de « vaincre ou mourir ». La poursuite alliée sera longue mais inexorable.
Caracteristiques
Cette bataille est l'archétype de la bataille de matériel ("Materialschlacht") en milieu désertique. Les Britannicos bénéficiaient d'une nette supériorité numérique : environ 195 000 hommes contre 116 000 pour l'Axe, 1 000 chars (dont les nouveaux Sherman américains) contre environ 500, et une écrasante domination aérienne. La logistique fut l'élément clé : les lignes d'approvisionnement britanniques étaient courtes, tandis que celles de Rommel, dépendant du port lointain de Tobrouk, étaient constamment harcelées par la Royal Air Force et la Royal Navy depuis Malte. La bataille fut aussi une victoire du renseignement, les Britanniques décryptant les communications de l'Axe via Ultra. Tactiquement, elle mit fin au mythe de l'invincibilité de Rommel et démontra l'efficacité d'une approche méthodique et concentrée face à son génie tactique audacieux.
Importance
El-Alamein est un tournant psychologique et stratégique de la guerre. Winston Churchill déclara : « Avant El-Alamein, nous n'avons jamais eu de victoire. Après El-Alamein, nous n'avons jamais eu de défaite. » Elle sécurisa définitivement le Moyen-Orient et ses ressources pétrolières pour les Alliés. Couplée au débarquement anglo-américain en Afrique du Nord (Opération Torch) le 8 novembre 1942, elle piégea les forces de l'Axe en Tunisie, conduisant à leur reddition totale en mai 1943. La victoire redonna un immense moral à la Grande-Bretagne et à ses dominions (Australiens, Néo-Zélandais, Sud-Africains, Indiens y jouèrent un rôle crucial) et ouvrit la voie à la reconquête de l'Europe par le sud. Elle consacra également la réputation de Montgomery.
