Bataille de Borodino

La bataille de Borodino, livrée le 7 septembre 1812, est l'affrontement principal et le plus sanglant de la campagne de Russie de Napoléon Ier. Elle opposa la Grande Armée française à l'armée impériale russe commandée par le prince Mikhaïl Koutouzov. Bien qu'elle se solda par une victoire tactique française, elle ne fut pas décisive et ouvrit la voie à la retraite catastrophique de la Grande Armée.

Introduction

La bataille de Borodino, souvent appelée par les Français « la bataille de la Moskova », représente le point culminant de l'invasion de la Russie par Napoléon en 1812. Après des mois de retraite russe et à seulement 125 km de Moscou, le commandant en chef Koutouzov décide de livrer bataille pour tenter d'arrêter l'avance française. Le choc, d'une violence inouïe, impliqua près de 250 000 hommes et causa des pertes effroyables, faisant de cette journée l'une des plus meurtrières des guerres napoléoniennes.

Description

Le champ de bataille, choisi par les Russes, était un plateau traversé par la rivière Kolotcha, bordé au nord par des bois et au sud par des ravins. Les Russes y avaient érigé des fortifications de campagne, dont les redoutes de Chevardino (prise dès le 5 septembre) et la Grande Redoute (ou redoute Raïevski) au centre, ainsi les flèches de Bagration (des ouvrages en forme de V) sur l'aile gauche. L'armée russe, forte d'environ 120 000 hommes et 640 canons, était déployée sur une ligne profonde. Napoléon, à la tête d'environ 130 000 hommes et 587 canons, opta pour une attaque frontale massive, renonçant à sa manœuvre habituelle d'enveloppement, pour percer le centre et l'aile gauche russe.

Histoire

Le 7 septembre 1812, à 6 heures du matin, l'artillerie française ouvrit un feu nourri. Les combats s'engagèrent simultanément sur les flèches de Bagration, au sud, et sur le village de Borodino, au nord. Les flèches changèrent de mains à plusieurs reprises au prix de charges héroïques et de pertes terribles, notamment dans les rangs du maréchal Ney et du prince Eugène de Beauharnais. Le maréchal Pierre Bagration, commandant l'aile gauche russe, y fut mortellement blessé. Au centre, après de féroces combats de cavalerie, la Grande Redoute fut finalement prise par la cavalerie de Murat et l'infanterie d'Eugène en début d'après-midi. Malgré les demandes pressantes de ses maréchaux, Napoléon refusa d'engager sa Garde Impériale, la réserve stratégique, pour achever l'armée russe en retraite. Koutouzov parvint à replier ses troupes en bon ordre. La bataille cessa vers 18 heures.

Caracteristiques

Borodino fut une bataille d'usure d'une rare intensité, caractérisée par des assauts frontaux répétés contre des positions fortifiées. L'artillerie joua un rôle primordial, pilonnant les masses d'infanterie. La tactique fut relativement simple, voire brutale, de la part de Napoléon, contrastant avec son génie manœuvrier habituel. Les pertes furent colossales et à peu près équivalentes des deux côtés : environ 30 000 à 35 000 hommes hors de combat côté français (dont 47 généraux) et 40 000 à 45 000 côté russe (dont 23 généraux, dont Bagration). La Garde Impériale française, intacte, constitua une erreur stratégique majeure de Napoléon ce jour-là.

Importance

Borodino est une bataille décisive par ses conséquences, bien qu'indécise sur le plan tactique immédiat. Elle permit à Napoléon d'entrer dans Moscou une semaine plus tard, mais la ville, évacuée et incendiée, ne lui offrit ni la paix ni des quartiers d'hiver. L'armée russe, bien que battue, n'était pas anéantie et conservait sa capacité de combat. La campagne se transforma alors en désastre pour la Grande Armée, contrainte à une retraite catastrophique durant l'hiver russe. Borodino sonna le glas de la puissance militaire napoléonienne et marqua le début du déclin de l'Empire français. En Russie, elle est érigée en symbole du courage national et de la résistance à l'envahisseur, immortalisée par le poème « Borodino » de Mikhaïl Lermontov et la monumentale fresque musicale de Piotr Ilitch Tchaïkovski, l'« Ouverture 1812 ».

Anecdotes

La Garde Impériale inemployée

Lorsque le maréchal Ney et le général de Caulaincourt supplièrent Napoléon d'engager la Garde Impériale pour écraser définitivement les Russes, l'Empereur répondit : « Et si j'ai une seconde bataille à livrer demain, avec quoi la livrerai-je ? » Cette prudence, inhabituelle chez lui, est souvent considérée comme l'une des raisons de l'échec à obtenir une victoire décisive.

Le « champ de la Mort »

L'écrivain français Stendhal, présent à Borodino comme intendant militaire, décrivit l'horreur du champ de bataille après l'affrontement : « C'était un spectacle affreux ; partout des morts et des mourants, des chevaux éventrés, des débris d'armes, de shakos, de fusils. L'air était empesté. »

Le destin de Bagration

Le prince Piotr Bagration, commandant l'aile gauche russe et héros national, fut mortellement blessé par un éclat d'obus à la jambe lors de la défense des flèches. Il refusa l'amputation et succomba à la gangrène près de trois semaines plus tard. Sa mort fut un choc immense pour l'armée russe.

La Grande Redoute, cœur de la bataille

La prise de la Grande Redoute, point fortifié central, fut l'objectif clé de Napoléon. Sa capture, après plusieurs assauts sanglants, est souvent représentée comme le moment pivot de la bataille. Les combats y furent si intenses que la position fut surnommée « la tombe de la cavalerie française ».

Sources

  • « 1812 : Napoléon en Russie » de Adam Zamoyski
  • « La Campagne de Russie 1812 » du général de Caulaincourt
  • « Borodino : Napoléon contre Koutouzov » de Mikhaïl Bogdanovitch
  • « The Battle of Borodino: Napoleon Against Kutuzov » de Alexander Mikaberidze
  • Mémorial de Sainte-Hélène, Las Cases (témoignage de Napoléon)
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