Introduction
La bataille de Borodino, souvent appelée par les Français « la bataille de la Moskova », représente le point culminant de l'invasion de la Russie par Napoléon en 1812. Après des mois de retraite russe et à seulement 125 km de Moscou, le commandant en chef Koutouzov décide de livrer bataille pour tenter d'arrêter l'avance française. Le choc, d'une violence inouïe, impliqua près de 250 000 hommes et causa des pertes effroyables, faisant de cette journée l'une des plus meurtrières des guerres napoléoniennes.
Description
Le champ de bataille, choisi par les Russes, était un plateau traversé par la rivière Kolotcha, bordé au nord par des bois et au sud par des ravins. Les Russes y avaient érigé des fortifications de campagne, dont les redoutes de Chevardino (prise dès le 5 septembre) et la Grande Redoute (ou redoute Raïevski) au centre, ainsi les flèches de Bagration (des ouvrages en forme de V) sur l'aile gauche. L'armée russe, forte d'environ 120 000 hommes et 640 canons, était déployée sur une ligne profonde. Napoléon, à la tête d'environ 130 000 hommes et 587 canons, opta pour une attaque frontale massive, renonçant à sa manœuvre habituelle d'enveloppement, pour percer le centre et l'aile gauche russe.
Histoire
Le 7 septembre 1812, à 6 heures du matin, l'artillerie française ouvrit un feu nourri. Les combats s'engagèrent simultanément sur les flèches de Bagration, au sud, et sur le village de Borodino, au nord. Les flèches changèrent de mains à plusieurs reprises au prix de charges héroïques et de pertes terribles, notamment dans les rangs du maréchal Ney et du prince Eugène de Beauharnais. Le maréchal Pierre Bagration, commandant l'aile gauche russe, y fut mortellement blessé. Au centre, après de féroces combats de cavalerie, la Grande Redoute fut finalement prise par la cavalerie de Murat et l'infanterie d'Eugène en début d'après-midi. Malgré les demandes pressantes de ses maréchaux, Napoléon refusa d'engager sa Garde Impériale, la réserve stratégique, pour achever l'armée russe en retraite. Koutouzov parvint à replier ses troupes en bon ordre. La bataille cessa vers 18 heures.
Caracteristiques
Borodino fut une bataille d'usure d'une rare intensité, caractérisée par des assauts frontaux répétés contre des positions fortifiées. L'artillerie joua un rôle primordial, pilonnant les masses d'infanterie. La tactique fut relativement simple, voire brutale, de la part de Napoléon, contrastant avec son génie manœuvrier habituel. Les pertes furent colossales et à peu près équivalentes des deux côtés : environ 30 000 à 35 000 hommes hors de combat côté français (dont 47 généraux) et 40 000 à 45 000 côté russe (dont 23 généraux, dont Bagration). La Garde Impériale française, intacte, constitua une erreur stratégique majeure de Napoléon ce jour-là.
Importance
Borodino est une bataille décisive par ses conséquences, bien qu'indécise sur le plan tactique immédiat. Elle permit à Napoléon d'entrer dans Moscou une semaine plus tard, mais la ville, évacuée et incendiée, ne lui offrit ni la paix ni des quartiers d'hiver. L'armée russe, bien que battue, n'était pas anéantie et conservait sa capacité de combat. La campagne se transforma alors en désastre pour la Grande Armée, contrainte à une retraite catastrophique durant l'hiver russe. Borodino sonna le glas de la puissance militaire napoléonienne et marqua le début du déclin de l'Empire français. En Russie, elle est érigée en symbole du courage national et de la résistance à l'envahisseur, immortalisée par le poème « Borodino » de Mikhaïl Lermontov et la monumentale fresque musicale de Piotr Ilitch Tchaïkovski, l'« Ouverture 1812 ».
