Introduction
Au cœur de la Deuxième Guerre punique, la bataille de Cannes (ou Cannae) représente l'apogée du génie militaire d'Hannibal. Après avoir traversé les Alpes et remporté les batailles du Tessin, de la Trébie et du lac Trasimène, le général carthaginois cherche à porter un coup décisif à la République romaine en Italie même. La confrontation a lieu dans les plaines d'Apulie, près de la rivière Aufidus, et va devenir un modèle de stratégie pour les siècles à venir.
Description
Hannibal aligne environ 50 000 hommes, un mélange d'infanterie lourde et légère, de cavalerie et de frondeurs, issus de divers peuples (Ibères, Gaulois, Numides, Africains). Face à lui, Rome a levé une armée exceptionnelle de 16 légions, soit près de 86 000 hommes, déterminée à en finir par la masse. Hannibal adopte une formation en croissant, avec son infanterie ibérique et gauloise au centre, en avant, et ses vétérans africains en colonnes serrées sur les ailes. Sa cavalerie lourde est à gauche, face à la cavalerie romaine, et sa cavalerie légère numide à droite. Le plan est de laisser le centre, volontairement faible, reculer sous la poussée des légions romaines massées au centre, tandis que les ailes africaines tiendront bon. Pendant ce temps, sa cavalerie, supérieure, doit vaincre la cavalerie romaine et revenir prendre l'infanterie romaine à revers.
Histoire
La bataille s'engage par un choc de cavalerie sur les ailes. La cavalerie carthaginoise, commandée par Hasdrubal (frère d'Hannibal), disperse rapidement la cavalerie romaine. Au centre, comme prévu, l'infanterie carthaginoise cède progressivement terrain sous le poids des légions, transformant la formation en un croissant concave puis en un « U ». Les Romains, croyant à la percée, s'engouffrent en masse, se compactant toujours plus. C'est à ce moment que les vétérans africains, frais et disciplinés, pivotent et attaquent les flancs de la masse romaine. Presque simultanément, la cavalerie carthaginoise victorieuse revient et charge l'arrière de l'armée romaine. L'encerclement est total. Pris dans une nasse, les Romains ne peuvent plus manœuvrer ni utiliser leurs armes. La bataille se transforme en massacre. Les pertes romaines sont catastrophiques : sur 86 000 hommes, environ 70 000 sont tués, dont le consul Paullus, 80 sénateurs et des milliers de chevaliers. Hannibal ne perd qu'environ 6 000 à 8 000 hommes, principalement dans l'infanterie centrale qui a servi d'appât.
Caracteristiques
La bataille de Cannes est le chef-d'œuvre de la tactique d'encerclement (double enveloppement). Ses caractéristiques principales sont : 1) L'utilisation magistrale du terrain et de la psychologie de l'adversaire. 2) La parfaite coordination des différentes armes (infanterie, cavalerie). 3) La discipline et la mobilité des troupes carthaginoises, malgré leur diversité ethnique. 4) Le sacrifice calculé d'une partie des troupes (le centre) pour attirer l'ennemi dans le piège. 5) L'exploitation de la supériorité numérique adverse, transformée en faiblesse par l'encerclement qui neutralise la masse.
Importance
L'importance de Cannes est immense. Sur le plan militaire, elle est considérée comme la bataille « parfaite » et a inspiré des stratèges comme Frédéric le Grand, Napoléon, ou le plan Schlieffen au XXe siècle. Politiquement, c'est le plus grand désastre de l'histoire romaine. Elle provoque la défection de plusieurs alliés de Rome en Italie du Sud (Capoue, Tarente) et place la République au bord de l'effondrement. Pourtant, paradoxalement, elle marque aussi un tournant. Rome refuse toute négociation et adopta la stratégie de Fabius Maximus « le Temporisateur », évitant les batailles rangées et usant Hannibal par une guerre d'usure. La résilience romaine, la fidélité de ses principaux alliés latins et l'incapacité d'Hannibal à prendre Rome elle-même (faute de machines de siège) vont finalement inverser le cours de la guerre. Cannes reste ainsi l'exemple d'une victoire tactique éclatante qui ne se traduit pas en victoire stratégique décisive.
