Siège d'Orléans

Le siège d'Orléans (1428-1429) est un événement majeur de la guerre de Cent Ans. Le sort de la France se joue autour de cette ville clé sur la Loire. L'arrivée de Jeanne d'Arc et sa participation active renversent la situation, menant à une victoire française décisive qui marque un tournant psychologique et militaire dans le conflit.

Introduction

Le siège d'Orléans, qui se déroule du 12 octobre 1428 au 8 mai 1429, constitue l'un des épisodes les plus célèbres et déterminants de la dernière phase de la guerre de Cent Ans. Après la défaite française d'Azincourt (1415) et le traité de Troyes (1420), le royaume de France est divisé et affaibli. Les Anglais et leurs alliés bourguignons contrôlent le nord, y compris Paris, et menacent le cœur du territoire du dauphin Charles, futur Charles VII. Orléans, dernier grand bastion fidèle au dauphin au nord de la Loire, est la clé de voûte de la défense du sud de la France. Sa chaleur signifierait probablement l'effondrement de la cause de Charles VII.

Description

Le siège est mis par les troupes anglaises commandées par le comte de Salisbury, puis, après sa mort, par William de la Pole, comte de Suffolk. Les Anglais établissent une série de fortins, les "bastilles", autour de la ville, principalement sur la rive sud de la Loire, pour bloquer tout ravitaillement. Ils ne parviennent cependant pas à encercler complètement la ville, laissant la porte de Bourgogne (côté est) relativement accessible. La défense d'Orléans est organisée par Jean d'Orléans, le Bâtard d'Orléans (futur comte de Dunois), et par le maréchal de Sainte-Sévère. La résistance est acharnée, mais la situation devient critique au printemps 1429, les vivres et le moral étant au plus bas.

Histoire

L'histoire du siège bascule avec l'arrivée de Jeanne d'Arc à Chinon en mars 1429. Convaincue d'une mission divine pour sauver la France, elle obtient de Charles VII le commandement d'une armée de secours. Elle entre dans Orléans par la porte de Bourgogne le 29 avril 1429, apportant vivres, renforts et surtout un immense élan d'espoir. Son leadership charismatique et sa conviction galvanisent les troupes et la population. Les assauts décisifs ont lieu du 4 au 7 mai 1429. Jeanne mène personnellement les attaques contre les bastilles anglaises clés : Saint-Loup le 4 mai, les Augustins le 5 mai, et enfin la puissante bastille des Tourelles, qui garde le pont sur la Loire, le 7 mai. C'est lors de cet assaut qu'elle est blessée d'une flèche à l'épaule mais retourne au combat. La prise des Tourelles brise le dispositif anglais. Le 8 mai, les Anglais lèvent le siège et se retirent en bon ordre, laissant derrière eux leur artillerie et leurs approvisionnements.

Caracteristiques

Ce siège présente plusieurs caractéristiques notables. Militairement, il s'agit d'un siège en tenaille incomplet, où les assiégeants sont moins nombreux que les assiégés mais contrôlent des points forts. L'innovation tactique réside dans l'utilisation intensive de l'artillerie de siège (canons et couleuvrines) par les deux camps, annonçant la fin de la suprématie de la chevalerie lourde. Psychologiquement, le rôle de Jeanne d'Arc est central : elle transforme un conflit dynastique en une guerre sainte et nationale, redonnant confiance à l'armée française. Le siège est aussi une guerre de propagande, où les lettres de Jeanne aux Anglais pour les sommer de partir sont un élément de guerre psychologique.

Importance

L'importance du siège d'Orléans est immense. Sur le plan militaire, c'est la première grande victoire française depuis des décennies, qui brise l'invincibilité présumée des Anglais. Elle permet à Charles VII de reprendre l'initiative stratégique, menant directement à la campagne de la Loire (victoires de Jargeau, Meung-sur-Loire, Beaugency et Patay) et au sacre à Reims en juillet 1429. Symboliquement et politiquement, la victoire légitime Charles VII, renforce son autorité et unifie les Français derrière sa cause. Elle marque le véritable début de la reconquête du territoire. Pour Jeanne d'Arc, c'est l'événement qui forge sa légende et lui vaut le surnom de "Pucelle d'Orléans". La levée du siège est célébrée chaque année à Orléans lors des Fêtes Johanniques, la plus ancienne commémoration historique de France.

Anecdotes

L'entrée par la Beauce

Contrairement à une croyance populaire, Jeanne d'Arc n'est pas entrée dans Orléans en force par la porte de Bourgogne. L'armée de secours, avec les vivres, est arrivée par la rive nord (côté Beauce). Jeanne et une partie des troupes ont fait une diversion sur la rive sud pour attirer les Anglais, puis ont traversé la Loire en bateau en amont de la ville pour finalement entrer par la porte de Bourgogne, côté est, moins gardé, le 29 avril au soir.

Le "Godon" et le hareng

Une anecdote célèbre raconte que pendant le siège, les Orléanais insultèrent les Anglais en les traitant de "Godons", une déformation de "God damns". Pour narguer les assiégeants qui tentaient d'affamer la ville, ils auraient fait parvenir aux commandants anglais un gros hareng, symbole de maigreur, lors du Carême. Cet épisode, peut-être légendaire, illustre le moral et la résistance farouche de la population.

La blessure de Jeanne et son retour au combat

Lors de l'assaut décisif sur les Tourelles le 7 mai, Jeanne est touchée par une flèche d'arbalète au-dessus de la clavicule. On la descend du talus pour la soigner. Craignant que sa blessure ne démoralise les troupes, elle se retire pour prier, puis revient au combat. Son retour, visible de tous, galvanise les assaillants qui finissent par emporter la position. Elle refusa toujours de laisser retirer complètement la flèche, affirmant que c'était sa part de souffrance.

Le départ des Anglais

Le 8 mai, les Anglais se rassemblent en ordre de bataille face aux murs d'Orléans. Les Français, menés par Jeanne, sortent à leur rencontre. Au lieu de livrer combat, les deux armées restent face à face pendant près d'une heure, dans un silence impressionnant. Finalement, les Anglais tournent les talons et se retirent sans combattre. Cet épisode, interprété comme un aveu de défaite morale, est commémoré chaque année à Orléans par la cérémonie du "Départ des Anglais".

Sources

  • Philippe Contamine, "La Guerre de Cent Ans", Que sais-je ?, PUF.
  • Colette Beaune, "Jeanne d'Arc", Perrin.
  • Jean Favier, "La Guerre de Cent Ans", Fayard.
  • Régine Pernoud et Marie-Véronique Clin, "Jeanne d'Arc", Fayard.
  • Journal du siège d'Orléans et du voyage de Reims (source contemporaine du XVe siècle).
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