Bataille de Wagram

La bataille de Wagram, livrée les 5 et 6 juillet 1809, est une victoire majeure de Napoléon Ier sur l'archiduc Charles d'Autriche. Elle marque la fin de la campagne d'Autriche et conduit au traité de Schönbrunn. Considérée comme l'une des plus grandes batailles de l'ère napoléonienne par son ampleur, elle est aussi l'une des plus coûteuses en vies humaines.

Introduction

La bataille de Wagram est l'affrontement décisif de la guerre de la Cinquième Coalition. Après l'échec relatif et sanglant d'Essling en mai 1809, Napoléon a passé six semaines à préparer méticuleusement sa revanche. Face à lui, l'archiduc Charles, frère de l'empereur d'Autriche François Ier, commande la principale armée autrichienne, bien retranchée sur les hauteurs du plateau de Wagram, au nord-est de Vienne. L'enjeu est capital : la domination de Napoléon sur l'Europe centrale est en jeu.

Description

La bataille s'engage dans la nuit du 4 au 5 juillet par un franchissement massif et coordonné du Danube par la Grande Armée sur plusieurs ponts de bateaux. Napoléon déploie environ 180 000 hommes et 500 canons contre 155 000 Autrichiens. Le premier jour est marqué par de violents combats sur les ailes. Sur la gauche française, le maréchal Masséna contient une puissante attaque autrichienne. Au centre et à droite, les assauts français, notamment celui du corps d'armée du maréchal Oudinot, échouent à percer les solides positions autrichiennes sur le plateau. La journée se termine sans décision, mais Napoléon a réussi à concentrer toute son armée sur la rive gauche du fleuve. Le 6 juillet au matin, Napoléon lance une offensive générale décisive. L'élément clé est une concentration d'artillerie sans précédent : plus de 100 canons, sous les ordres du général Lauriston, pilonnent le centre autrichien pour préparer l'assaut. Simultanément, une manœuvre d'enveloppement massive est exécutée sur la gauche autrichienne. Le maréchal Davout progresse inexorablement, tandis qu'au centre, le « corps de bataille » formé des troupes de Oudinot, de Macdonald et de la Garde perce finalement les lignes ennemies après un combat féroce. La célèbre charge en masse (un carré de 8 000 hommes sur 20 rangs de profondeur) du maréchal Macdonald est souvent citée comme l'action qui brise définitivement la résistance autrichienne. L'archiduc Charles, voyant son armée sur le point d'être coupée en deux et encerclée, ordonne une retraite générale en bon ordre.

Histoire

Cette bataille s'inscrit dans le contexte des guerres napoléoniennes et de la résistance persistante de l'Autriche. Après les défaites d'Ulm et d'Austerlitz (1805), l'Autriche, encouragée par le soulèvement espagnol et les rumeurs de troubles en France, forme la Cinquième Coalition avec la Grande-Bretagne. La campagne de 1809 commence mal pour Napoléon, surpris par la rapidité de la mobilisation autrichienne. La bataille d'Aspern-Essling (21-22 mai) est un choc : pour la première fois, Napoléon est battu sur le terrain et doit reculer. Wagram est donc sa réponse, une opération complexe de franchissement de fleuve et une bataille d'usure et de manœuvre à grande échelle pour rétablir sa suprématie.

Caracteristiques

Wagram présente plusieurs caractéristiques marquantes de l'art militaire napoléonien tardif : 1. **Logistique et préparation** : La construction de ponts solides et la concentration de munitions et de renforts furent cruciales après l'échec d'Essling. 2. **Emploi massif de l'artillerie** : La « Grande Batterie » de 100 canons le 6 juillet est un prélude aux concentrations d'artillerie du XIXe siècle. Napoléon utilise le feu pour affaiblir le point de décision avant l'assaut. 3. **Une bataille de corps d'armée** : Elle illustre la maîtrise de la coordination de grandes unités semi-autonomes sur un vaste champ de bataille. 4. **Une victoire coûteuse et non décisive** : Si l'armée autrichienne est battue et se retire, elle n'est pas anéantie. Les pertes sont énormes des deux côtés (environ 37 000 tués ou blessés côté français, 41 000 côté autrichien).

Importance

L'importance de Wagram est considérable. Sur le plan immédiat, elle contraint l'Autriche à signer le traité de Schönbrunn (14 octobre 1809), qui est un désastre pour elle : perte de territoires (dont les provinces illyriennes), lourde indemnité, réduction de son armée. Cela consolide l'Empire français et son système d'alliances. Militairement, elle consacre la transition vers des batailles de plus en plus frontales et coûteuses, éloignées du modèle de manœuvre écrasante d'Austerlitz. Politiquement, elle marque l'apogée territorial de l'Empire napoléonien. Pour Napoléon, c'est une victoire essentielle qui restaure son prestige après Essling, mais elle révèle aussi les difficultés croissantes à obtenir des succès foudroyants face à des armées ennemies qui ont appris de leurs défaites.

Anecdotes

La charge de Macdonald et la promotion de maréchal

Pour récompenser le rôle décisif du maréchal Macdonald dans la percée du centre autrichien le 6 juillet, Napoléon le fit maréchal d'Empire sur le champ de bataille même. C'était la première promotion de ce type depuis 1807. La légende veut que Napoléon lui ait dit, en lui remettant son bâton : « Vous vous êtes bien battu, je suis content de vous. »

Le pont des Tartares

Pour assurer le franchissement du Danube, le génie français construisit plusieurs ponts. L'un d'eux, crucial, fut surnommé le « pont des Tartares » car il était gardé par un régiment de cavalerie légère, les chasseurs à cheval de la Garde, dont l'un des escadrons était composé de Tartares de la Vistule. Leur présence exotique marqua les esprits des soldats.

Une victoire sans poursuite

Contrairement à ses habitudes après une victoire, Napoléon ne lança pas de poursuite vigoureuse contre l'armée autrichienne en retraite. L'extrême fatigue des troupes, les lourdes pertes et le manque de cavalerie fraîche (très éprouvée) en furent les principales raisons. Cette absence de poursuite permit à l'archiduc Charles de sauver le noyau de son armée, ce qui contribua à négocier une paix moins brutale qu'elle aurait pu l'être.

Le baptême du feu de l'Armée d'Italie

Une partie des troupes françaises à Wagram était constituée de l'Armée d'Italie, commandée par le prince Eugène de Beauharnais, fils adoptif de Napoléon. Pour beaucoup de ces soldats, c'était leur première grande bataille dans une campagne majeure en Europe centrale. Leur performance, notamment lors des combats difficiles du premier jour, fut jugée honorable et marqua leur intégration complète dans la Grande Armée.

Sources

  • Chandler, David G. - The Campaigns of Napoleon (1966)
  • Pigeard, Alain - Dictionnaire des batailles de Napoléon (2004)
  • Mikaberidze, Alexander - The Napoleonic Wars: A Global History (2020)
  • Service Historique de la Défense (France) - Archives sur la campagne d'Autriche
  • Ouvrage collectif - Napoléon, de l'histoire à la légende (2019)
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