Bataille de Mohács

La bataille de Mohács, livrée le 29 août 1526, fut une confrontation décisive entre le royaume de Hongrie, dirigé par Louis II, et l'Empire ottoman de Soliman le Magnifique. Elle se solda par une écrasante victoire ottomane qui entraîna la mort du roi de Hongrie et la fin de l'indépendance du royaume médiéval hongrois. Cette bataille marqua le début de près de 150 ans de domination ottomane sur une grande partie de la Hongrie et redéfinit profondément l'équilibre des pouvoirs en Europe centrale.

Introduction

La bataille de Mohács est un événement charnière de l'histoire européenne, souvent décrit comme une catastrophe nationale pour la Hongrie. Elle représente l'apogée de l'expansionnisme ottoman en Europe sous le règne de Soliman le Magnifique et le point de rupture pour le royaume de Hongrie des Jagellon, déjà affaibli par des dissensions internes et une organisation féodale archaïque. En l'espace de deux heures, le destin d'un royaume chrétien millénaire fut scellé, ouvrant la voie à la partition de son territoire et à des siècles de conflits.

Description

L'armée ottomane, forte d'environ 50 000 à 60 000 hommes (dont 15 000 janissaires d'élite et une artillerie supérieure), était commandée personnellement par le sultan Soliman. Elle avait marché vers le nord depuis Belgrade. Face à elle, l'armée hongroise, rassemblée à la hâte et mal coordonnée, comptait entre 25 000 et 30 000 hommes. Elle était dirigée par le jeune roi Louis II, mais les commandements effectifs étaient partagés entre des barons rivaux comme le palatin Paul Tomori et György Zápolya. La cavalerie lourde hongroise (les hussards) et l'infanterie étaient inférieures en nombre et en cohésion. La bataille se déroula sur une plaine près de la ville de Mohács, au sud de la Hongrie. Les Hongrois, adoptant une position défensive initiale, lancèrent finalement une charge de cavalerie désespérée contre le centre ottoman. Cette charge fut d'abord efficace mais fut ensuite enveloppée par le feu nourri des janissaires et de l'artillerie ottomane, ainsi que par des contre-attaques de cavalerie. L'encerclement et la désorganisation menèrent à un massacre ; la majeure partie de la noblesse et du haut clergé hongrois périt sur le champ de bataille ou en fuyant.

Histoire

Le contexte immédiat de la bataille est la campagne de Soliman le Magnifique pour punir la Hongrie et étendre son influence après la chute de Belgrade en 1521. Les avertissements sur l'avancée ottomane furent ignorés ou traités trop tardivement par la diète hongroise, paralysée par les luttes de factions. Après la défaite, le roi Louis II, âgé de 20 ans, mourut noyé en fuyant à travers un ruisseau. La voie vers Buda, la capitale, était ouverte. Soliman y entra sans opposition majeure, mais ne s'installa pas durablement, se retirant avant l'hiver. La mort de Louis II sans héritier direct déclencha une crise successorale. Deux prétendants s'opposèrent : l'archiduc Ferdinand Ier de Habsbourg, frère de l'empereur Charles Quint et époux de la sœur de Louis, et le voïvode de Transylvanie, Jean Ier Zápolya, soutenu par une partie de la noblesse et, plus tard, par les Ottomans eux-mêmes. Cette rivalité aboutit à la partition *de facto* de la Hongrie en trois parties : la Hongrie royale (ouest et nord) aux Habsbourg, la Hongrie ottomane (centre et sud) directement administrée par l'Empire, et la principauté de Transylvanie (est), vassale des Ottomans.

Caracteristiques

La bataille illustre plusieurs caractéristiques militaires déterminantes. **Supériorité tactique ottomane** : L'armée ottomane était une machine de guerre professionnelle, disciplinée et combinant efficacement infanterie (janissaires), cavalerie (sipahis) et artillerie de campagne. **Désorganisation hongroise** : L'armée hongroise souffrait d'un commandement divisé, d'un recrutement féodal lent et d'un manque criant d'infanterie moderne et d'artillerie lourde. La stratégie consistant à engager une bataille frontale décisive, contre l'avis de certains conseillers, fut une erreur fatale. **Impact de l'artillerie** : Le rôle de l'artillerie ottomane, capable de briser les charges de cavalerie lourde, fut décisif. **Rapidité de l'effondrement** : La bataille fut brève mais extrêmement meurtrière pour l'élite dirigeante hongroise, causant un vide politique immédiat.

Importance

L'importance de Mohács est immense et durable. Elle marque la **fin du royaume médiéval de Hongrie** en tant qu'entité indépendante et puissante. Elle initie la **présence ottomane durable au cœur de l'Europe**, qui durera jusqu'à la fin du XVIIe siècle, avec toutes les implications culturelles, démographiques et religieuses que cela comporte. La bataille ouvre la voie à l'**ascension des Habsbourg** en Europe centrale, qui devinrent les défenseurs de la Chrétienté contre l'Empire ottoman et consolidèrent leur pouvoir en Hongrie royale. Elle crée également la **Transylvanie** en tant qu'entité politique distincte. Dans la mémoire collective hongroise, 'la catastrophe de Mohács' est un traumatisme fondateur, symbole de division nationale et de déclin, souvent évoqué dans la littérature et l'historiographie. La date du 29 août 1526 est considérée comme l'une des plus sombres de l'histoire hongroise.

Anecdotes

La couronne perdue

Selon la légende, la Sainte Couronne de Hongrie, insigne du pouvoir royal, fut perdue pendant la déroute qui suivit la bataille. Elle aurait été enterrée ou cachée, mais fut finalement retrouvée et passa aux mains des Habsbourg, qui l'utilisèrent pour légitimer leur revendication sur le trône. Cette couronne, connue sous le nom de Couronne de saint Étienne, est aujourd'hui un symbole national hongrois.

La prédiction du cardinal

Le cardinal et primat de Hongrie, László Szalkai, qui périt à Mohács, aurait eu un pressentiment funeste. La légende raconte qu'avant de partir pour la bataille, il aurait déclaré lors d'un banquet : 'Nous partirons nombreux, mais peu reviendront.' Cette prophétie s'avéra tragiquement exacte.

Le chêne de Mohács

Sur le champ de bataille, un vieux chêne solitaire est traditionnellement désigné comme le lieu où le corps du roi Louis II aurait été retrouvé. Bien que l'arbre actuel ne date probablement pas de l'époque, il sert de mémorial et de point de ralliement pour les commémorations, symbolisant la mémoire persistante de la défaite.

La retraite stratégique de Soliman

Contrairement à ce que l'on pourrait imaginer, la victoire écrasante de Soliman ne se traduisit pas par une annexion immédiate et complète. Après avoir pris Buda et pillé le trésor royal, il se retira avec son armée avant l'hiver 1526. Cette décision, dictée par la logistique et la saison, laissa un vide politique que les Habsbourg et Zápolya s'empressèrent de remplir, prolongeant le conflit pour la Hongrie.

Sources

  • Pál Fodor - 'The Battle of Mohács' (in The Ottoman Empire and its Heritage)
  • Géza Perjés - 'The Fall of the Medieval Kingdom of Hungary: Mohács 1526 - Buda 1541'
  • Stephen Turnbull - 'The Ottoman Empire 1326–1699' (Osprey Publishing)
  • László Kontler - 'A History of Hungary: Millennium in Central Europe'
  • Encyclopædia Britannica - 'Battle of Mohács'
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