Introduction
La bataille de la Somme, menée dans le département français du même nom, est un événement emblématique de la Grande Guerre. Planifiée comme une offensive conjointe franco-britannique massive destinée à percer les lignes allemandes et à mettre fin à l'impasse du front occidental, elle se transforma rapidement en un cauchemar d'usure et de boucherie industrielle. Son premier jour, le 1er juillet 1916, reste le plus meurtrier de l'histoire militaire britannique.
Description
L'offensive fut préparée par un bombardement d'artillerie massif de huit jours, censé détruire les défenses allemandes et couper les barbelés. Cependant, les fortifications profondes et bien construites de l'ennemi résistèrent en grande partie. À 7h30 le 1er juillet, des vagues d'infanteries britanniques, chargées de lourds équipements, avancèrent au pas vers les lignes allemandes, convaincues que la résistance avait été anéantie. Elles furent fauchées par des mitrailleuses intactes, causant environ 57 000 victimes britanniques (dont près de 20 000 morts) en une seule journée. Les Français, au sud, mieux préparés et bénéficiant de l'effet de surprise, réalisèrent des gains plus significatifs avec des pertes moindres. La bataille dégénéra ensuite en une série d'attaques frontales coûteuses pour des objectifs limités, comme les bois de High Wood, Delville Wood et la crête de Thiepval. L'introduction des chars d'assaut par les Britanniques le 15 septembre à Flers-Courcelette, bien que techniquement prometteuse, fut trop limitée pour changer le cours de la bataille.
Histoire
Conçue lors de la conférence de Chantilly en décembre 1915, l'offensive de la Somme avait pour objectif principal de soulager l'armée française, saignée à blanc à Verdun. Le commandant en chef britannique, le général Douglas Haig, et le commandant français, le général Ferdinand Foch, dirigèrent les opérations. Face à eux se trouvait la 2e armée allemande du général Fritz von Below. Après l'échec catastrophique du premier jour, la bataille s'enlisa. Les combats se poursuivirent pendant des mois dans des conditions épouvantables, sous la pluie et dans la boue des champs ravagés. Les dernières phases de la bataille en novembre, autour de Beaumont-Hamel et de la rivière Ancre, permirent quelques avancées finales avant que l'hiver et l'épuisement des deux camps ne mettent un terme aux opérations.
Caracteristiques
La bataille de la Somme est caractérisée par plusieurs éléments clés : 1) La guerre d'usure ("attrition") : l'objectif devint explicitement de "saigner à blanc" l'armée allemande, quel qu'en soit le coût. 2) L'échec de la préparation d'artillerie : elle révéla les limites des bombardements de saturation contre des défenses en profondeur. 3) La nature multinationale : elle impliqua des troupes des dominions britanniques (Australie, Nouvelle-Zélande, Canada, Terre-Neuve, Afrique du Sud) et des colonies, forgeant leur identité nationale. 4) L'innovation technologique : première utilisation opérationnelle du char de combat, développement de l'aviation de reconnaissance et de combat, et emploi intensif de mortiers et de grenades. 5) L'enfer des conditions : les combattants subirent la boue, les rats, les poux, les odeurs et le stress constant des bombardements.
Importance
L'importance de la Somme est immense et ambivalente. Militairement, elle obligea les Allemands à retirer des troupes de Verdun, atteignant partiellement son objectif stratégique initial. Elle contribua à user l'armée allemande, mais au prix d'épuiser également les Alliés. Psychologiquement et culturellement, elle marqua une rupture profonde. En Grande-Bretagne et dans les dominions, les pertes colossales brisèrent l'optimisme et instillèrent une profonde méfiance envers le haut commandement. La bataille devint le symbole de la futilité et de l'horreur de la guerre industrielle. Elle forgea la mémoire collective de nations entières et influença durablement la littérature, la poésie (comme les œuvres de Siegfried Sassoon) et l'historiographie. Tactiquement, elle mena à des révisions profondes des méthodes de combat alliées, préparant les offensives plus efficaces de 1918.
