Introduction
La bataille de Crécy-en-Ponthieu (aujourd'hui dans la Somme) est un événement fondateur de la Guerre de Cent Ans (1337-1453). Elle oppose la fine fleur de la chevalerie française, confiante dans sa supériorité numérique et sa tradition martiale, à une armée anglaise expéditionnaire, inférieure en nombre mais organisée de manière novatrice autour de ses redoutables archers. Le choc qui s'ensuit est un tournant tactique et symbolique dans l'histoire militaire européenne.
Description
L'armée anglaise, forte d'environ 12 000 à 15 000 hommes, prend position sur une légère pente près de Crécy, son flanc protégé par le bois de Crécy-Grange. Édouard III organise ses troupes en trois batailles (divisions) de fantassins et d'hommes d'armes démontés. Le cœur de sa puissance réside dans les quelque 7 000 archers gallois et anglais, équipés du fameux longbow (arc long), disposés en formations en haricot sur les flancs. Face à eux, l'armée française, peut-être deux fois plus nombreuse (entre 25 000 et 35 000 hommes), est désorganisée par une marche forcée. Elle est composée d'une masse de chevaliers et de sergents montés, de mercenaires génois arbalétriers, et d'une piétaille disparate. La bataille commence par un échange de traits désastreux pour les Génois, dont les arbalètes, moins rapides et rendues inefficaces par la pluie, sont écrasées par une pluie de flèches anglaises. La chevalerie française, impatiente et méprisant les archers, charge alors de manière désordonnée, piétinant ses propres fuyards. Les vagues successives de cavaliers se brisent sur les haies de pieux plantés par les Anglais et sont décimées par un tir nourri. La mêlée qui s'engage ensuite est acharnée, mais les hommes d'armes anglais, solidement positionnés, tiennent bon. La bataille tourne au massacre et dure jusqu'à la nuit.
Histoire
La bataille s'inscrit dans la chevauchée d'Édouard III à travers la Normandie, une campagne de pillage destinée à affaiblir le roi de France et à revendiquer son droit au trône. Après le débarquement à Saint-Vaast-la-Hougue et le sac de Caen, l'armée anglaise remonte vers le nord pour faire la jonction avec ses alliés flamands. Philippe VI rassemble en hâte une grande armée et intercepte les Anglais à Crécy. Édouard III, conscient de son infériorité numérique, choisit avec soin un terrain défensif et impose la bataille. Son fils, le Prince de Galles (le futur Prince Noir), alors âgé de 16 ans, commande l'une des batailles et y gagne ses éperons. La défaite française est totale : des milliers de chevaliers et de nobles périssent, dont le roi aveugle de Bohême, Jean l'Aveugle, le duc de Lorraine et le comte de Flandre. Philippe VI, blessé, doit quitter le champ de bataille. Cette victoire permet à Édouard III d'assiéger et de prendre Calais l'année suivante, lui offrant un port stratégique pour les décennies à venir.
Caracteristiques
Les caractéristiques majeures de Crécy sont : 1) **L'innovation tactique anglaise** : le système combinant des hommes d'armes démontés (formant un mur de piques et d'épées) et des archers à longbow massés sur les flancs. Le longbow avait une portée supérieure à l'arbalète (environ 200-250 mètres), une cadence de tir bien plus élevée (10-12 flèches/minute contre 2-3 carreaux) et une puissance de pénétration capable de transpercer les armures de mailles. 2) **La discipline et la cohésion** de l'armée anglaise, composée en grande partie de professionnels (vétérans des guerres d'Écosse) et obéissant à des ordres stricts. 3) **L'indiscipline et l'anarchie française** : l'armée française, rassemblée à la hâte, manquait de commandement unifié. La chevalerie, avide de gloire et de butin, chargea sans plan, sans attendre tous ses effectifs et sans soutien coordonné de l'infanterie. 4) **Le terrain** : la pente, bien que faible, fatiguait les chevaux et offrait un avantage défensif, tandis que le bois protégeait un flanc.
Importance
L'importance de Crécy est immense. Sur le plan militaire, elle consacre la fin de la suprématie absolue du chevalier cuirassé sur le champ de bataille et démontre la supériorité d'une armée disciplinée, combinant différentes armes, sur la masse féodale. Elle préfigure les victoires anglaises similaires à Poitiers (1356) et Azincourt (1415). Sur le plan politique et social, la bataille est un désastre pour la France, qui perd une grande partie de sa noblesse, affaiblissant le pouvoir royal et plongeant le pays dans une crise. Elle renforce considérablement le prestige d'Édouard III et la revendication Plantagenêt sur la couronne de France, prolongeant et envenimant la Guerre de Cent Ans. Crécy devient un mythe fondateur de l'identité militaire anglaise et un symbole durable de la révolution dans l'art de la guerre à la fin du Moyen Âge.
