Introduction
Azincourt est l'une des batailles les plus célèbres et les plus étudiées de l'histoire médiévale européenne. Elle incarne le triomphe de la discipline, de la technologie et de la stratégie sur la masse et la tradition chevaleresque. Cette confrontation, qui se déroula sur un champ de boue étroit entre les bois d'Azincourt et de Tramecourt, marqua un point d'orgue dans la seconde phase de la guerre de Cent Ans et eut des conséquences politiques et militaires profondes pour les deux royaumes.
Description
L'armée anglaise, forte d'environ 6 000 à 9 000 hommes (dont environ 5/6 d'archers et 1/6 d'hommes d'armes), était épuisée par une longue campagne et une dysenterie. Elle cherchait à regagner la côte et Calais. L'armée française, quant à elle, rassemblait entre 12 000 et 25 000 hommes (les estimations varient), composée principalement de la fine fleur de la noblesse française, de chevaliers lourdement blindés et de milices. Les Français, confiants dans leur supériorité numérique et leur code d'honneur, bloquèrent la route des Anglais. Henri V disposa ses troupes sur un front étroit, avec des coins de palissades pointus plantés devant ses archers pour briser les charges. Les hommes d'armes étaient au centre, les archers sur les flancs en formation en herse.
Histoire
La bataille commença par une volée massive de flèches des archers anglais, armés de grands arcs longs (longbows). Cette provocation déclencha la charge désordonnée de la première ligne de chevaliers français à travers un champ labouré détrempé par les pluies récentes. Alourdies par leurs armures de plates, les troupes françaises s'enlisèrent dans la boue profonde, avançant avec une lenteur extrême sous un déluge de flèches. Arrivés au contact, épuisés et compressés par le terrain étroit, ils furent stoppés par le mur d'hommes d'armes anglais. Les archers, ayant épuisé leurs flèches, se joignirent à la mêlée avec des épées, des maillets et des haches, exploitant la mobilité supérieure que leur donnait leur équipement plus léger. Les Français, empilés les uns sur les autres, incapables de manœuvrer ou d'utiliser leurs armes, furent massacrés ou capturés. Une brève contre-attaque sur le camp anglais arrière poussa Henri V à ordonner l'exécution de la plupart des prisonniers, craignant qu'ils ne reprennent les armes. La bataille se solda par une hécatombe pour la noblesse française : plusieurs milliers de morts (dont les connétables Charles d'Albret et le duc Jean Ier d'Alençon, et des centaines de seigneurs) contre quelques centaines côté anglais.
Caracteristiques
Plusieurs facteurs clés expliquent la victoire anglaise : 1) Le terrain : Le champ étroit et boueux neutralisa la supériorité numérique et la puissance de charge de la cavalerie lourde française. 2) La technologie et la tactique : La puissance de pénétration du longbow anglais, sa cadence de tir élevée et la position défensive choisie furent déterminantes. 3) La discipline : L'armée anglaise, professionnalisée, obéissait aux ordres de son roi. 4) L'impréparation française : L'armée française manquait de commandement unifié et de coordination ; la chevalerie, méprisant les archers et avide de gloire personnelle, chargea de façon désorganisée, ignorant les conseils de prudence.
Importance
L'impact d'Azincourt fut immense. Sur le plan militaire, elle consacra la fin de la suprématie de la cavalerie lourde chevaleresque et démontra l'efficacité des armes de jet et des armées professionnelles. Politiquement, elle décapita la noblesse du nord de la France, affaiblissant considérablement le royaume des Valois. Cette victoire permit à Henri V de retourner en Angleterre en héros, puis de négocier depuis une position de force. Elle conduisit directement au traité de Troyes (1420), par lequel Henri V fut reconnu héritier du trône de France et épousa Catherine de Valois, fille de Charles VI. Azincourt ouvrit ainsi la voie à la double monarchie anglo-française et à l'occupation anglaise d'une grande partie du nord de la France, une situation qui dura jusqu'à l'intervention de Jeanne d'Arc. La bataille est devenue un mythe national en Angleterre, magnifiée par Shakespeare dans sa pièce *Henry V*.
