Introduction
Le Yémen, situé à l'extrémité sud-ouest de la péninsule arabique, possède une histoire riche et complexe qui contraste avec sa situation actuelle de pays le plus pauvre de la région arabe. Connu dans l'Antiquité sous le nom d'Arabie Heureuse (Arabia Felix) pour sa fertilité et sa richesse dérivée du commerce de l'encens et de la myrrhe, il est aujourd'hui ravagé par un conflit aux multiples facettes impliquant des acteurs locaux et régionaux. Sa position stratégique sur le détroit de Bab el-Mandeb, l'une des voies maritimes les plus importantes au monde pour le pétrole, en fait un enjeu géopolitique crucial.
Geographie
Le Yémen présente une géographie variée avec une étroite plaine côtière désertique (la Tihama) le long de la mer Rouge et du golfe d'Aden, surmontée par un vaste plateau montagneux central. Ce plateau, culminant à 3 666 m au Jabal an-Nabi Shu'ayb, est la région la plus peuplée et la plus fertile, bénéficiant de précipitations plus importantes permettant une agriculture en terrasses. À l'est s'étend le désert du Rub al-Khali (le Quartier Vide), l'un des plus grands déserts de sable du monde. Le pays possède plusieurs îles, dont Socotra, archipel isolé dans l'océan Indien, remarquable pour sa biodiversité unique avec une flore endémique à plus de 37%.
Histoire
L'histoire du Yémen est marquée par d'anciens royaumes comme Saba (le pays de la reine de Saba), Ma'in, Qataban et Hadramaout, qui contrôlaient le lucratif commerce des aromates. Islamisé au 7ème siècle, il fut ensuite gouverné par une succession de dynasties locales. Au 16ème siècle, les Ottomans prirent le contrôle partiel du nord, tandis que les Britanniques établirent un protectorat sur le port d'Aden au sud en 1839. Le 20ème siècle vit l'émergence de deux États : la République arabe du Yémen (Nord, 1962) et la République démocratique populaire du Yémen (Sud, communiste, 1967). Leur unification en 1990 donna naissance à la République du Yémen. Cependant, des tensions persistantes, une rébellion houthiste au nord à partir de 2004, et le Printemps arabe de 2011 ont conduit à une guerre civile généralisée en 2014-2015, avec l'intervention d'une coalition menée par l'Arabie saoudite, plongeant le pays dans une catastrophe humanitaire.
Politique
Le Yémen est théoriquement une république avec un système politique présidentiel et un parlement bicaméral. La constitution de 1991 prévoyait un État unitaire. Dans la pratique, le pays est fragmenté et en guerre depuis 2014. Le gouvernement internationalement reconnu, dirigé par le Conseil présidentiel de direction, est basé à Aden et soutenu par la coalition menée par l'Arabie saoudite. Les Houthis (Ansar Allah), un mouvement zaïdite chiite, contrôlent la capitale Sanaa et les régions du nord-ouest. Le Conseil de transition du Sud, qui aspire à la sécession du sud, exerce une autorité significative à Aden et dans les gouvernorats du sud. D'autres acteurs, comme Al-Qaïda dans la péninsule arabique (AQPA), sont également présents. Le processus politique est au point mort.
Economie
L'économie yéménite, déjà fragile avant la guerre, est aujourd'hui en ruine. Elle reposait principalement sur des réserves de pétrole et de gaz naturel en déclin, qui constituaient la majeure partie des exportations et des recettes publiques. L'agriculture emploie une large part de la population (café, qat, fruits). Le qat, un stimulant doux largement consommé, occupe une part disproportionnée des terres agricoles et des ressources en eau. La guerre a détruit les infrastructures, provoqué l'effondrement des institutions, bloqué les ports et les routes, et entraîné une hyperinflation. Le pays dépend presque entièrement de l'aide humanitaire internationale. La monnaie s'est effondrée et plus de 80% de la population vit sous le seuil de pauvreté.
Culture
La société yéménite est tribale, conservatrice et profondément ancrée dans ses traditions. La poésie et la musique occupent une place centrale. L'architecture distinctive, notamment les maisons-tours en pisé de Sanaa (classée au patrimoine mondial de l'UNESCO) et les gratte-ciel de boue de Shibam (surnommée le 'Manhattan du désert'), est célèbre. La tenue masculine traditionnelle comprend le jambiya, un poignard courbe porté à la ceinture, symbole de statut social. La société est majoritairement musulmane, avec une importante minorité zaïdite (une branche du chiisme) dans le nord et une majorité chaféite (école sunnite) ailleurs. La consommation de qat lors de séances sociales quotidiennes est un pilier de la vie culturelle, bien que controversée pour ses impacts économiques et sanitaires.
Tourisme
Avant la guerre, le Yémen attirait des voyageurs aventureux pour ses sites historiques exceptionnels et ses paysages spectaculaires : la vieille ville de Sanaa, les villes anciennes de Zabid et Shibam, les terrasses agricoles des montagnes, et l'archipel de Socotra, un joyau de biodiversité. Aujourd'hui, le tourisme est inexistant en raison de l'extrême dangerosité du pays. Les conflits armés, les enlèvements, le terrorisme et l'effondrement des services de l'État rendent tout déplacement extrêmement périlleux. La plupart des gouvernements déconseillent formellement tout voyage au Yémen.
