Introduction
Les monts Taurus, connus en turc sous le nom de Toros Dağları, constituent l'une des principales chaînes de montagnes d'Anatolie. Ils forment une barrière géographique et climatique majeure entre les régions côtières de la Méditerranée et les hauts plateaux intérieurs de la Turquie. Cette chaîne, d'origine alpine et résultant de la collision des plaques africaine et eurasiatique, est un élément fondamental du paysage et de l'histoire de l'Asie Mineure.
Description
La chaîne du Taurus s'étend en un grand arc depuis la région d'Eğirdir à l'ouest, près des lacs, jusqu'aux confins de l'Iran et de l'Arménie à l'est. Elle se subdivise en plusieurs massifs distincts : le Taurus occidental (Beydağları, Akdağ), le Taurus central (Bolkar Dağları, Aladağlar) et le Taurus oriental (Munzur Dağları, Cilo-Sat). Le point culminant est le Demirkazık (3 756 m) dans les Aladağlar, suis de près par le Medetsiz (3 524 m). Les paysages sont extrêmement variés, allant de crêtes calcaires acérées et de cirques glaciaires profonds (comme dans les Aladağlar) à de vastes plateaux d'altitude (yaylas) utilisés pour l'estive. La chaîne est parcourue par de profondes gorges, comme celle du Göksu ou du Zamantı, et abrite de nombreuses rivières importantes, dont le Seyhan et le Ceyhan.
Histoire
Le Taurus a été habité depuis la Préhistoire, comme en témoignent des sites comme la grotte de Karain, occupée depuis le Paléolithique. Dans l'Antiquité, il était connu sous le nom de « Monts Ciliciennes » et formait une frontière naturelle entre la Cilicie, la Pisidie, la Lycaonie et la Cappadoce. Il était réputé pour ses mines d'argent, de plomb et de fer, exploitées dès l'époque hittite. La chaîne a souvent servi de refuge et de bastion pour des populations cherchant à échapper aux pouvoirs centraux, des Ciliciens aux Isauriens, réputés pour leur résistance à Rome. Au Moyen Âge, elle fut traversée par les routes des Croisés et parsemée de forteresses arméniennes, comme celle de Lampron. Les nomades turkmènes (Yörüks) y ont établi leurs routes de transhumance, une pratique qui perdure partiellement aujourd'hui.
Caracteristiques
Géologiquement, le Taurus est principalement constitué de roches sédimentaires (calcaires, conglomérats) fortement plissées et faillées, avec des intrusions de roches ultrabasiques (ophiolites) témoignant de l'ancien océan Téthys. Le climat varie considérablement : le versant sud, exposé à la Méditerranée, reçoit d'abondantes précipitations, favorisant des forêts de pins, de cèdres (Cèdre de Toros, Cedrus libani) et de genévriers. Le versant nord, en revanche, est plus sec et continental. La biodiversité est exceptionnelle, avec des espèces endémiques comme le bouquetin anatolien, le lynx, l'ours brun et de nombreuses plantes alpines. Les formations karstiques, avec grottes, rivières souterraines et dolines, sont omniprésentes.
Importance
L'importance des monts Taurus est multiple. Écologiquement, c'est un hotspot de biodiversité et une source d'eau cruciale pour toute la région méridionale de la Turquie, alimentant de grands barrages et projets d'irrigation (GAP). Économiquement, outre l'élevage et la sylviculture, le tourisme se développe (randonnée, alpinisme, stations de ski comme à Saklıkent) et l'hydroélectricité est primordiale. Culturellement, il a façonné l'identité des populations locales, des Yörüks nomades aux sédentaires des vallées. Historiquement, il a été une frontière, une forteresse et un carrefour, influençant les mouvements de populations et le commerce. Aujourd'hui, il reste un symbole fort de la nature sauvage turque, tout en étant le théâtre d'enjeux entre conservation, développement et traditions pastorales.
