Introduction
L'Eiger, dont le nom signifie probablement « l'Ogre » en dialecte alémanique, est bien plus qu'une simple montagne. C'est un symbole de défi alpin, un géant de calcaire et de grès qui incarne à la fois la beauté majestueuse des Alpes et la terreur qu'elles peuvent inspirer. Sa silhouette massive et sa face nord vertigineuse en ont fait une légende dans l'histoire de l'alpinisme et un pôle d'attraction pour les alpinistes du monde entier, souvent au prix de drames retentissants.
Description
L'Eiger s'élève à 3 967 mètres d'altitude dans le canton de Berne, en Suisse. Il est le plus occidental des trois sommets célèbres formant l'ensemble Eiger, Mönch et Jungfrau. Sa caractéristique la plus frappante est sa face nord, une paroi de calcaire et de grès de près de 1 800 mètres de haut, large d'environ 2 kilomètres. Cette muraille, presque verticale sur une grande partie de sa hauteur, est constamment exposée aux chutes de pierres, aux avalanches et aux conditions météorologiques extrêmes. Le sommet principal, le Mittellegi, est une arête étroite. La face sud, plus ensoleillée et moins raide, contraste radicalement avec la nord. La montagne est composée principalement de calcaire et de grès de l'époque jurassique, ce qui la rend particulièrement friable et dangereuse.
Histoire
La première ascension de l'Eiger fut réalisée par voie « normale » (la face ouest) le 11 août 1858 par les guides irlandais Charles Barrington, Christian Almer et Peter Bohren. Cependant, la véritable épopée de l'Eiger commence avec les tentatives de sa face nord dans les années 1930. Cette paroi, considérée comme le « dernier problème des Alpes », fut le théâtre de tentatives tragiques, notamment en 1935 et 1936, où huit alpinistes perdirent la vie, donnant à la face son surnom sinistre de « Mur des Assassins ». La première ascension réussie de la face nord (la voie dite de 1938) fut finalement accomplie les 21-24 juillet 1938 par l'Allemand Anderl Heckmair, l'Autrichien Heinrich Harrer, et les Allemands Ludwig Vörg et Fritz Kasparek. Cette ascension, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, fut un exploit technique et psychologique majeur. Depuis, de nombreuses voies ont été ouvertes, dont la directe de la face nord par John Harlin en 1966, et des ascensions en solitaire ou en hiver.
Caracteristiques
La face nord de l'Eiger présente des sections légendaires et périlleuses : le « Difficult Crack » (la fissure difficile), les « Ice Fields » (champs de glace), la « Ramp » (la rampe), la « Traverse of the Gods » (la traversée des dieux) et l'« Exit Cracks » (les fissures de sortie). La paroi est équipée depuis 1938 de cordes fixes et de pitons sur certaines sections. Le glacier inférieur de l'Eiger s'est considérablement retiré au cours du XXe siècle. Une caractéristique unique est la présence de la gare d'Eigerwand, une station du chemin de fer de la Jungfrau creusée à l'intérieur même de la montagne, avec une fenêtre donnant sur la face nord. Le climat y est très instable, avec des changements brutaux.
Importance
L'Eiger occupe une place centrale dans la mythologie de l'alpinisme. Sa face nord est considérée comme l'une des trois grandes faces nord des Alpes, avec celles du Cervin et des Grandes Jorasses. Elle a été le décor de nombreux livres et films, comme « La Mort d'un guide » ou « Nordwand », perpétuant sa légende. La montagne est aussi un symbole du tourisme alpin suisse, attirant des milliers de visiteurs au Jungfraujoch, la « Top of Europe ». D'un point de vue géologique, elle est un témoin important de la formation des Alpes. Son image, souvent photographiée depuis Grindelwald, est devenue une icône des paysages suisses. L'Eiger représente ainsi le paradoxe alpin par excellence : une beauté à couper le souffle associée à un danger mortel, une attraction touristique majeure et un terrain de jeu ultime pour l'élite de l'alpinisme.
