Mer de Beaufort

La mer de Beaufort est une mer marginale de l'océan Arctique, située au nord de l'Alaska (États-Unis) et du Yukon et des Territoires du Nord-Ouest (Canada). Elle est caractérisée par une couverture de glace quasi-permanente, des eaux peu profondes sur son plateau continental et une importance écologique cruciale pour de nombreuses espèces. Elle est également une zone d'intérêt géopolitique et économique croissant en raison de ses ressources en hydrocarbures.

Introduction

La mer de Beaufort, baptisée en l'honneur de l'hydrographe britannique Sir Francis Beaufort (créateur de l'échelle de vent Beaufort), est une composante majeure de l'écosystème arctique. Elle constitue la frontière maritime septentrionale de l'Amérique du Nord et s'étend sur environ 476 000 km². Sa géographie est dominée par le vaste plateau continental de Beaufort, une zone peu profonde qui s'étend jusqu'à 200 km des côtes avant de plonger vers les abysses de l'océan Arctique. Son climat polaire et sa glace de mer, qui peut atteindre plusieurs mètres d'épaisseur, en font un environnement extrême mais vital.

Description

La mer de Beaufort est délimitée à l'ouest par le cap Barrow en Alaska, à l'est par l'archipel arctique canadien (commençant par l'île Banks), et au nord par une ligne imaginaire reliant le point Barrow à l'île Lands End sur l'île du Prince-Patrick. Elle est reliée à la mer des Tchouktches à l'ouest via le détroit peu profond de Bering, et à l'océan Arctique central au nord. Sa bathymétrie est marquée par le plateau continental de Beaufort, large et peu profond (généralement moins de 100 m de profondeur), qui abrite d'importants dépôts sédimentaires. Au-delà du plateau, la pente continentale descend rapidement vers le bassin canadien, atteignant des profondeurs de plus de 3 000 mètres. La circulation océanique est dominée par le gyre de Beaufort, un courant anticyclonique lent qui accumule la glace de mer et les eaux douces du fleuve Mackenzie, le plus grand fleuve se jetant dans l'Arctique canadien.

Histoire

Les peuples autochtones, notamment les Inupiat et les Inuvialuit, habitent et chassent sur les côtes de la mer de Beaufort depuis des millénaires. Les premiers explorateurs européens à la documenter furent les navigateurs britanniques du XIXe siècle lors de la recherche du passage du Nord-Ouest. Sir John Franklin et Sir Francis Leopold McClintock ont effectué des relevés dans la région. La mer fut officiellement nommée en l'honneur de Sir Francis Beaufort par l'explorateur Sir John Barrow. Au XXe siècle, la région a gagné en importance stratégique pendant la Guerre Froide. La découverte de vastes gisements de pétrole et de gaz dans les années 1960 et 1970, comme le champ pétrolifère de Prudhoe Bay en Alaska, a transformé la mer de Beaufort en une zone d'exploitation énergétique majeure, suscitant à la fois des développements économiques et des préoccupations environnementales profondes.

Caracteristiques

La mer de Beaufort présente plusieurs caractéristiques distinctes. Sa glace de mer est pluriannuelle, épaisse et dynamique, se déformant sous l'action des vents et des courants pour créer des crêtes de pression impressionnantes. Elle connaît une amplitude saisonnière extrême, avec une couverture de glace maximale en mars et un retrait minimal en septembre, bien que cette fonte estivale s'accentue avec le changement climatique. Le débit du fleuve Mackenzie, qui se jette dans la partie est de la mer, apporte d'énormes quantités d'eau douce, de sédiments et de nutriments, créant un panache estuarien visible et influençant la productivité biologique et la stratification des eaux. La région est également le siège de phénomènes météorologiques violents, avec des tempêtes automnales et hivernales générant de fortes houles et des ondes de tempête qui érodent le littoral.

Importance

L'importance de la mer de Beaufort est multiple. Écologiquement, elle est un habitat critique pour une faune emblématique de l'Arctique : la baleine boréale, le béluga, l'ours polaire (qui utilise la glace comme plateforme de chasse au phoque), le phoque annelé et le phoque barbu. Ses eaux sont une aire d'alimentation et de migration vitale. Économiquement, elle recèle d'importantes réserves de pétrole et de gaz naturel, faisant l'objet d'explorations et de forages (comme les projets en mer de Beaufort canadienne et les concessions au large de l'Alaska). Géopolitiquement, elle est au cœur d'un différend frontalier maritime de longue date entre le Canada et les États-Unis, concernant un secteur en forme de coin dans la mer de Beaufort, bien que les deux pays collaborent étroitement sur les questions de recherche et de sauvetage. Enfin, scientifiquement, c'est un laboratoire naturel pour étudier les impacts du changement climatique, la dynamique de la glace de mer et les écosystèmes polaires.

Anecdotes

Le Gyre de Beaufort, un réservoir d'eau douce

Le gyre de Beaufort, un courant circulaire lent, agit comme un immense réservoir flottant qui accumule non seulement la glace de mer pluriannuelle, mais aussi une couche d'eau douce provenant de la fonte des glaces et du fleuve Mackenzie. Les scientifiques surveillent de près ce 'réservoir', car un changement des vents pourrait libérer cette eau douce dans l'Atlantique Nord, perturbant potentiellement la circulation océanique mondiale, dont le Gulf Stream.

La baleine boréale, géante centenaire

Les eaux de la mer de Beaufort abritent une population de baleines boréales, parmi les plus grands mammifères de la planète. Ces animaux peuvent vivre plus de 200 ans, ce qui en fait les mammifères ayant la plus longue durée de vie connue. Leurs bouches sont équipées des plus longues fanons (jusqu'à 4 mètres) et ils possèdent la couche de graisse (lard) la plus épaisse de tous les animaux.

La frontière maritime en 'coin de tarte'

Le Canada et les États-Unis ne s'accordent pas sur le tracé de leur frontière maritime dans la mer de Beaufort. Le Canada revendique une frontière le long du 141e méridien ouest, prolongeant la frontière terrestre. Les États-Unis, quant à eux, revendiquent une ligne équidistante des côtes, créant une zone contestée en forme de 'coin de tarte' d'environ 21 000 km², riche en ressources halieutiques et potentielles en hydrocarbures.

Sources

  • National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) - Arctic Program: Beaufort Sea
  • Encyclopædia Britannica: Beaufort Sea
  • Environnement et Changement climatique Canada - Mer de Beaufort
  • The Canadian Encyclopedia - Beaufort Sea
  • National Snow and Ice Data Center (NSIDC) - State of the Cryosphere
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