Introduction
La mer d'Okhotsk est une mer semi-fermée, l'une des plus septentrionales de l'océan Pacifique. Elle s'étend sur une superficie d'environ 1,583 millions de km², avec une profondeur moyenne de 859 mètres et une profondeur maximale de 3,916 mètres dans la fosse des Kouriles. Son nom provient de la ville d'Okhotsk, l'un des premiers établissements russes dans l'Extrême-Orient, elle-même nommée d'après la rivière Okhota. Cette mer constitue un espace maritime d'une importance cruciale tant sur le plan écologique qu'économique et stratégique pour la Russie et, dans une moindre mesure, pour le Japon.
Description
La mer d'Okhotsk est délimitée par plusieurs territoires : à l'ouest et au nord par la longue côte orientale de la Russie (Kraï du Kamtchatka, Oblast de Magadan, Kraï de Khabarovsk), à l'est par la péninsule du Kamtchatka et l'archipel des Kouriles, et au sud par l'île japonaise de Hokkaidō et l'île russe de Sakhaline. Elle communique avec la mer du Japon via les détroits de La Pérouse (entre Hokkaidō et Sakhaline) et de Tatarie (entre Sakhaline et le continent), et avec l'océan Pacifique via les nombreux passages entre les îles Kouriles. Ses eaux sont froides, avec une salinité relativement basse due aux apports importants d'eau douce de grands fleuves comme l'Amour. La mer est célèbre pour être l'une des mers les plus glaciales de l'hémisphère nord, se couvrant largement de glace de mer de novembre à juin, une glace qui peut atteindre plus d'un mètre d'épaisseur.
Histoire
Les peuples autochtones, comme les Nivkhes, les Aïnous et les Itelmènes, ont habité ses côtes pendant des millénaires. Les premiers explorateurs russes, menés par Ivan Moskvitine, atteignent la mer en 1639 et fondent le poste d'Okhotsk en 1647, qui devient un point de départ pour l'exploration de la Sibérie orientale, du Kamtchatka et de l'Alaska. Au 18ème et 19ème siècles, la mer est le théâtre d'expéditions scientifiques majeures, notamment celles de Vitus Bering et de Jean-François de La Pérouse. Les rivalités territoriales entre la Russie et le Japon concernant les Kouriles et le sud de Sakhaline ont marqué son histoire, aboutissant à des conflits (guerre russo-japonaise de 1904-05) et à un différend territorial sur les Kouriles du Sud qui persiste aujourd'hui. Pendant la Guerre froide, elle fut une zone militaire fortement surveillée par l'URSS.
Caracteristiques
La mer d'Okhotsk présente plusieurs caractéristiques physiques uniques. Son plateau continental au nord et à l'ouest est exceptionnellement large et riche en ressources, tandis que sa partie sud-est est marquée par la fosse des Kouriles, une zone de subduction tectonique active à l'origine d'un intense volcanisme et de fréquents séismes. La circulation des eaux est complexe, influencée par un courant cyclonique (anti-horaire) qui redistribue les eaux froides et les nutriments. Ce phénomène, combiné à la remontée d'eaux profondes (upwelling) le long des Kouriles, crée des conditions extrêmement productives pour le plancton, base d'un écosystème marin foisonnant. La banquise saisonnière, qui peut couvrir jusqu'à 90% de sa surface en hiver, joue un rôle climatique majeur en isolant l'océan de l'atmosphère et en influençant les régimes des vents.
Importance
L'importance de la mer d'Okhotsk est multidimensionnelle. Écologiquement, c'est l'une des zones de pêche les plus productives au monde, fournissant d'énormes quantités de saumon, de hareng, de maquereau, de flétan et surtout de cabillaud (morue) du Pacifique. C'est également un habitat vital pour de nombreuses espèces menacées, comme le phoque tacheté de l'Okhotsk, la baleine grise occidentale et l'aigle de Steller. Économiquement, outre la pêche, son sous-sol recèle d'immenses réserves de pétrole et de gaz naturel, notamment au large de Sakhaline, faisant l'objet de projets d'exploitation majeurs. Stratégiquement, elle est d'une importance capitale pour la Russie, abritant des bases navales (comme à Petropavlovsk-Kamtchatski) et sous-marines. Sa zone économique exclusive est un enjeu de souveraineté. Enfin, elle joue un rôle dans la régulation du climat régional et constitue un laboratoire naturel pour l'étude des processus océanographiques en milieu polaire.
