Introduction
La mer d'Aral, qualifiée de 'mer' en raison de son immense taille historique, était en réalité un lac endoréique salé, sans débouché sur l'océan. Elle était alimentée principalement par deux grands fleuves, l'Amou-Daria au sud et le Syr-Daria au nord. Son assèchement spectaculaire, initié dans les années 1960 sous l'ère soviétique, est considéré comme l'une des pires catastrophes environnementales causées par l'homme. Son histoire récente est un récit poignant de l'impact des décisions politiques et économiques sur un écosystème fragile.
Description
Historiquement, la mer d'Aral couvrait une superficie d'environ 68 000 km², ce qui en faisait le quatrième plus grand lac du monde. Elle présentait une salinité relativement faible, environ 10 g/L, permettant une activité de pêche prospère. Le paysage était caractérisé par ses vastes étendues d'eau, ses ports actifs comme Aralsk et Mo‘ynoq, et un climat local modéré par la présence de la masse d'eau. Aujourd'hui, elle est réduite à moins de 10% de son volume originel et s'est fragmentée en plusieurs bassins résiduels, dont la 'Petite Aral' au nord (partiellement restaurée) et la 'Grande Aral' au sud, quasi disparue. Les fonds asséchés sont recouverts d'une croûte de sel toxique mélangée à des résidus de pesticides.
Histoire
La catastrophe a commencé avec les grands projets d'aménagement du bassin de l'Amou-Daria et du Syr-Daria lancés par l'Union soviétique dans les années 1930 et intensifiés après la Seconde Guerre mondiale. L'objectif était de transformer les déserts d'Asie centrale en champs de coton ('l'or blanc') et de riz, nécessitant une irrigation massive. Un vaste réseau de canaux, souvent mal étanchéifiés, a été construit pour détourner l'eau des fleuves. Dès les années 1960, le niveau du lac a commencé à baisser de façon alarmante. Dans les années 1980, la mer s'est scindée en deux bassins distincts. Malgré les alertes scientifiques, la production de coton, vitale pour l'économie soviétique, a été priorisée. Après l'indépendance du Kazakhstan et de l'Ouzbékistan en 1991, la situation est devenue un enjeu géopolitique complexe.
Caracteristiques
Avant son assèchement, la mer d'Aral avait une profondeur moyenne de 16 mètres et une profondeur maximale d'environ 69 mètres. Sa salinité est passée de 10 g/L à plus de 100 g/L dans certaines parties, tuant pratiquement toute vie aquatique. Le retrait des eaux a modifié radicalement le climat local, rendant les hivers plus froids et les étés plus chauds et secs. La superficie actuelle est volatile, mais elle est estimée à environ 10% de sa taille originale, soit environ 7 000 à 8 000 km², principalement grâce aux efforts de restauration dans la Petite Aral. L'ancien littoral se trouve désormais à plus de 150 kilomètres de ses ports historiques.
Importance
L'importance de la mer d'Aral est aujourd'hui principalement symbolique et pédagogique. Elle sert de cas d'école mondial sur les conséquences d'une gestion non durable des ressources en eau et de l'impact de l'activité humaine à grande échelle sur l'environnement. Son assèchement a eu un impact catastrophique : effondrement de l'industrie de la pêche et des économies portuaires, disparition de la faune et de la flore, tempêtes de sel et de poussières toxiques provoquant des problèmes respiratoires et des cancers dans la population locale, et dégradation générale des conditions de vie. Un projet de sauvetage partiel, avec la construction de la digue de Kokaral en 2005 financée par la Banque mondiale, a permis de relever significativement le niveau et de réduire la salinité de la Petite Aral au Kazakhstan, démontrant que des actions ciblées peuvent inverser partiellement la tendance. Cependant, la Grande Aral en Ouzbékistan semble condamnée.
