Introduction
Le lac Van, perle de l'Anatolie orientale, est une étendue d'eau aux caractéristiques extraordinaires qui défie les normes des lacs d'eau douce. Plus qu'une simple masse d'eau, c'est un vestige géologique, un écosystème unique et un témoin silencieux de millénaires d'histoire humaine. Sa présence imposante, entourée de montagnes enneigées et de paysages volcaniques, en fait un élément central de l'identité de la région.
Description
Le lac Van s'étend sur environ 120 km de longueur, 80 km de largeur et couvre une superficie de 3 755 km², ce qui en fait le plus grand lac de Turquie. Sa profondeur maximale est de 451 mètres, avec une profondeur moyenne de 171 mètres. Il se situe à une altitude de 1 640 mètres au-dessus du niveau de la mer. La caractéristique la plus frappante du lac est sa salinité élevée (environ 22‰, soit environ les deux tiers de celle de l'eau de mer) et son alcalinité prononcée (pH ~9.8), due principalement aux apports en carbonates de sodium des rivières et sources environnantes. Cette chimie particulière empêche le développement de la vie piscicole typique, à l'exception d'une seule espèce de poisson, le *Chalcalburnus tarichi* ou 'pearl mullet', qui migre vers les eaux douces des affluents pour se reproduire. Le lac est alimenté par plusieurs rivières, dont les principales sont le Bendimahi, le Zilan et le Karasu, mais n'a aucun émissaire, ce qui en fait un lac endoréique.
Histoire
L'histoire du lac Van est intimement liée à l'activité volcanique. Il s'est formé il y a moins de 600 000 ans lorsqu'une éruption massive du volcan Nemrut a bloqué l'écoulement occidental des eaux de la vallée. Le bassin a ensuite été rempli par les eaux de pluie et de fonte, créant cette immense mer intérieure. La région a été le cœur du royaume d'Urartu (ou royaume de Van) du IXe au VIe siècle avant J.-C., dont la capitale, Tushpa, était située sur les rives du lac. Plus tard, elle fut intégrée à l'Empire arménien, puis aux empires byzantin, seldjoukide et ottoman. Le lac a été le théâtre d'événements tragiques au début du XXe siècle. Il est également célèbre pour l'île d'Akdamar et son église arménienne de la Sainte-Croix, un chef-d'œuvre de l'architecture médiévale arménienne datant du Xe siècle, restaurée et rouverte comme musée en 2007.
Caracteristiques
Outre sa salinité, le lac Van présente plusieurs particularités remarquables. Il est sujet à des variations de niveau d'eau importantes, avec des fluctuations historiques de plusieurs dizaines de mètres. En hiver, sa partie nord peut geler, bien que la forte salinité empêche un gel complet. Ses eaux présentent une stratification thermique unique. Le lac abrite également des structures mystérieuses découvertes en 2017 : des microbialites (structures construites par des micro-organismes) sous-marines pouvant atteindre 23 mètres de haut, formant des 'cheminées' et des 'cônes' sous la surface. Quatre îles principales émergent : Akdamar (la plus célèbre), Çarpanak, Adır et Kuş. La région est également connue pour le légendaire 'monstre du lac Van', une créature cryptide dont les observations occasionnelles alimentent le folklore local depuis des décennies.
Importance
Le lac Van est d'une importance capitale à plusieurs niveaux. Écologiquement, c'est un écosystème fermé et unique, classé site Ramsar depuis 2016 pour ses zones humides d'importance internationale. Il sert de lieu de reproduction crucial pour des milliers d'oiseaux migrateurs. Économiquement, il est vital pour la pêche limitée (au pearl mullet), l'agriculture (irrigation) et le tourisme croissant, centré sur l'île d'Akdamar, les bains antiques et les paysages spectaculaires. Culturellement et historiquement, il est un symbole pour les peuples de la région, notamment les Arméniens, et un conservatoire archéologique subaquatique prometteur. Scientifiquement, ses sédiments lacustres, qui peuvent atteindre 400 mètres d'épaisseur, constituent une archive climatique exceptionnelle pour l'étude des changements environnementaux sur plusieurs centaines de milliers d'années.
