Lac Nasser

Le lac Nasser est un immense réservoir artificiel créé sur le Nil par la construction du haut barrage d'Assouan dans les années 1960. Il s'étend principalement en Égypte et partiellement au Soudan, où il est appelé lac de Nubie. Sa création a permis de réguler les crues du Nil et de produire de l'électricité, mais a également entraîné le déplacement de populations et la submersion de sites archéologiques majeurs.

Introduction

Le lac Nasser est l'un des plus grands lacs artificiels du monde, symbole de la modernisation de l'Égypte au XXe siècle et de la lutte pour la maîtrise des eaux du Nil. Son existence est indissociable du haut barrage d'Assouan, une œuvre pharaonique qui a radicalement transformé la géographie, l'économie et le patrimoine de la région. Plus qu'un simple réservoir, il représente un enjeu géopolitique majeur pour les pays riverains du Nil et constitue un environnement unique façonné par l'homme.

Description

Le lac Nasser s'étend sur environ 500 km de longueur, dont 350 km en Égypte et 150 km au Soudan (sous le nom de lac de Nubie). Sa largeur maximale atteint 35 km. Sa superficie varie considérablement selon les saisons et les années, pouvant aller de 5 250 km² à plus de 6 000 km² lors des crues exceptionnelles. Sa capacité de stockage est d'environ 132 km³ d'eau. Le lac présente un littoral très découpé, avec de nombreuses criques (appelées 'khors') et îles, créant un paysage lacustre complexe au milieu du désert. Ses eaux, d'un bleu profond contrastant avec l'ocre des sables, sont principalement alimentées par le Nil Bleu et le Nil Blanc en amont.

Histoire

Le lac est le produit direct de la construction du haut barrage d'Assouan (Sad al-Aali), décidée par le président Gamal Abdel Nasser dans les années 1950 pour assurer l'indépendance énergétique et hydrique de l'Égypte. Les travaux, largement soutenus par l'Union soviétique, ont débuté en 1960 et se sont achevés en 1970. La mise en eau du réservoir, qui a commencé en 1964, a noyé toute la basse Nubie, nécessitant l'un des plus grands sauvetages archéologiques de l'histoire et le déplacement de plus de 100 000 personnes, principalement des Nubiens. Le lac a été nommé en l'honneur du président Nasser. Son remplissage complet a pris près d'une décennie, modifiant durablement l'hydrologie du Nil.

Caracteristiques

Le lac Nasser est caractérisé par sa fonction de régulateur des crues du Nil, mettant fin aux cycles millénaires d'inondations annuelles qui fertilisaient les terres mais causaient aussi des dégâts. Il alimente la plus grande centrale hydroélectrique d'Égypte, d'une capacité de 2 100 MW. Sur le plan écologique, il a créé un nouvel écosystème lacustre où se sont développées d'importantes populations de poissons (tilapias, perches du Nil), faisant de la pêche une activité économique locale. Le climat aride entraîne une forte évaporation, estimée à 10-15 km³ par an, ce qui constitue une perte d'eau significative. Le lac permet également l'irrigation de vastes terres agricoles en aval, garantissant plusieurs récoltes par an.

Importance

L'importance du lac Nasser est multidimensionnelle. Économiquement, il est vital pour l'Égypte, fournissant une part substantielle de son électricité et de l'eau pour l'agriculture et l'industrie. Stratégiquement, il constitue une réserve d'eau cruciale pour un pays dont la survie dépend presque exclusivement du Nil, surtout face aux tensions avec les pays en amont (notamment l'Éthiopie avec son barrage de la Renaissance). Culturellement, il a conduit à la campagne internationale de l'UNESCO qui a sauvé les temples d'Abou Simbel et de Philae, déplacés pierre par pierre. Environnementalement, il a stoppé le dépôt du limon fertile en aval, appauvrissant les sols et augmentant l'érosion côtière du delta, tout en créant un nouvel habitat pour la faune et la flore aquatiques.

Anecdotes

Le sauvetage des temples d'Abou Simbel

Entre 1964 et 1968, dans une opération d'ingénierie titanesque pilotée par l'UNESCO, les deux temples d'Abou Simbel, taillés dans la falaise au XIIIe siècle av. J.-C., ont été sciés en plus de 1 000 blocs pesant jusqu'à 30 tonnes chacun. Ils ont été remontés 65 m plus haut et 200 m plus à l'intérieur des terres pour échapper aux eaux montantes du lac. Le coût de cette opération représentait près de la moitié du budget total de la campagne de sauvetage de la Nubie.

Le lac de Nubie, une frontière mouvante

La partie sud du réservoir, au Soudan, est appelée lac de Nubie. Sa création a également inondé des territoires soudanais et conduit au déplacement de populations. La frontière entre les deux lacs (et donc entre l'Égypte et le Soudan) n'est pas matérialisée par une ligne fixe sur l'eau, mais elle suit le traité de 1959 qui répartit les droits sur les eaux du Nil.

Un cimetière d'épaves antiques

Les eaux du lac Nasser recèlent de nombreux sites archéologiques encore inexplorés et engloutis. Plus surprenant, le fond du lac est aussi devenu le reposoir de dizaines d'épaves de navires de la flotte qui a participé à la construction du barrage, créant un paysage sous-lacustre insolite pour les rares plongeurs qui s'y aventurent.

Le poisson-chat géant du Nil

Le lac est devenu un sanctuaire pour le poisson-chat géant du Nil (Bagrus bajad) et d'autres grandes espèces prédatrices. La stabilité des eaux du réservoir et l'abondance de nourriture ont permis le développement d'individus de taille exceptionnelle, faisant du lac Nasser une destination prisée des pêcheurs sportifs à la recherche de prises record.

Sources

  • UNESCO - Campagne de Nubie (1960-1980)
  • Autorité du Haut Barrage et des Projets Hydroélectriques (Égypte)
  • Food and Agriculture Organization (FAO) - AQUASTAT Reports
  • Collins, Robert O. - The Waters of the Nile: Hydropolitics and the Jonglei Canal, 1900-1988
  • Journal of African Earth Sciences - Environmental impacts of the Aswan High Dam
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