Introduction
Le Tigre, dont le nom sumérien 'Idigna' et l'akkadien 'Idiqlat' signifient 'le fleuve rapide', est l'un des deux grands cours d'eau qui définissent la région historique de la Mésopotamie, 'le pays entre les fleuves'. Avec son jumeau, l'Euphrate, il a fourni l'eau et les sédiments fertiles qui ont permis l'émergence des premières cités-États, des empires et des innovations fondamentales comme l'écriture et l'irrigation à grande échelle. Son cours tumultueux et ses crues imprévisibles ont profondément marqué les cultures et les mythes des peuples qui se sont établis sur ses rives.
Description
Le Tigre naît dans les montagnes du Taurus oriental, près du lac Hazar en Turquie, à une altitude d'environ 1 150 mètres. Il coule d'abord vers le sud-est à travers des gorges étroites en Turquie, puis forme une partie de la frontière entre la Syrie et la Turquie sur 44 km. Il entre ensuite en Irak, où il reçoit son principal affluent, le Grand Zab, près de la ville de Faysh Khabur. Son cours en Irak est plus large et plus lent, traversant des plaines alluviales. Il passe par des villes majeures comme Mossoul, Tikrit (ville natale de Saddam Hussein), Samarra et Bagdad, la capitale irakienne, qu'il traverse en son centre. Plus au sud, il reçoit les eaux du Diyala et du Petit Zab. Enfin, près de la ville de Qurna, dans le sud de l'Irak, le Tigre rejoint l'Euphrate pour former le Chatt-el-Arab, un estuaire de 200 km qui se jette dans le golfe Persique. Son débit est très irrégulier, avec des crues violentes au printemps dues à la fonte des neiges en amont et aux pluies saisonnières.
Histoire
L'histoire du Tigre est inextricablement liée à celle de la civilisation. Dès le 6e millénaire avant J.-C., des sociétés agricoles s'installent sur ses rives. Au 4e millénaire av. J.-C., les Sumériens y fondent les premières cités comme Ur, Uruk et Lagash. L'empire d'Akkad, puis les empires babylonien et assyrien (dont les capitales Assur et Ninive étaient sur le Tigre) dominèrent la région. Le fleuve était une artère commerciale vitale. Au VIIe siècle, la fondation de Bagdad par le calife abbasside Al-Mansur, sur la rive ouest du Tigre, en fit un centre intellectuel et économique du monde islamique. Au XXe siècle, le fleuve a été le théâtre de conflits majeurs (guerres du Golfe) et ses aménagements (comme le barrage de Mossoul) sont devenus des enjeux géopolitiques cruciaux. Aujourd'hui, il souffre de la surexploitation, de la pollution et des tensions régionales sur le partage de l'eau.
Caracteristiques
Longueur : Environ 1 900 km (1 180 miles). Bassin versant : Environ 375 000 km². Débit moyen : Variable, estimé entre 1 014 m³/s à Bagdad et 1 500 m³/s à son confluent. Affluents principaux : Le Grand Zab, le Petit Zab, la Diyala et l'Adhaim. Régime : Nivo-pluvial, avec un maximum en avril-mai et un étiage sévère en été et automne. Particularités : Son cours est plus court, plus rapide et aux eaux plus abondantes que celui de l'Euphrate. Il transporte une charge sédimentaire importante, bien que réduite par les barrages modernes. La salinité des sols dans ses plaines d'inondation est un problème agricole historique.
Importance
L'importance du Tigre est historique, économique et écologique. Il est le fondement de la 'Mésopotamie', berceau civilisationnel. Économiquement, il est crucial pour l'Irak : il fournit l'eau pour l'irrigation de vastes étendues agricoles (cultures de dattes, céréales, riz), l'eau potable pour des millions d'habitants, et une source d'énergie hydroélectrique (barrages). Il reste une voie de transport locale. Écologiquement, les marais mésopotamiens (Al-Ahwar) dans son delta, classés au patrimoine mondial de l'UNESCO, dépendent de ses eaux et abritent une biodiversité unique et des communautés humaines millénaires (Arabes des marais). Cependant, son importance est menacée par les grands barrages en amont (notamment en Turquie avec le projet GAP), la pollution industrielle et domestique, les conflits et les changements climatiques, faisant du Tigre un enjeu de sécurité hydrique majeur pour l'Irak.
