Fleuve Sénégal

Le fleuve Sénégal est un cours d'eau majeur d'Afrique de l'Ouest, long d'environ 1 800 km. Il forme une frontière naturelle entre la Mauritanie et le Sénégal avant de se jeter dans l'océan Atlantique. Il est vital pour l'agriculture, l'approvisionnement en eau et l'écosystème de toute la région.

Introduction

Le fleuve Sénégal est l'un des plus importants fleuves d'Afrique de l'Ouest, tant par sa longueur que par son rôle historique, économique et écologique. Prenant sa source dans les hauteurs du Fouta Djallon en Guinée, il traverse le Mali, longe la frontière entre la Mauritanie et le Sénégal, et termine son cours à Saint-Louis. Il constitue l'épine dorsale hydrologique et culturelle de la région éponyme, le Sénégal, dont il a donné le nom au pays.

Description

Le fleuve Sénégal naît de la confluence de deux rivières guinéennes, le Bafing et le Bakoye, près de la ville malienne de Bafoulabé. Le Bafing, signifiant 'la rivière noire', est considéré comme le cours supérieur et apporte la majeure partie du débit. Le fleuve coule ensuite vers le nord-ouest, traversant une région semi-aride au caractère sahélien prononcé. Son régime est de type tropical, avec une crue spectaculaire en période d'hivernage (juillet à octobre) et un étiage marqué en saison sèche. Son delta, situé autour de Saint-Louis, est une zone de mangrove et de terres basses d'une grande richesse biologique. L'embouchure est caractérisée par la Langue de Barbarie, un cordon sableux fragile.

Histoire

Le fleuve Sénégal a été une artère commerciale et un axe de peuplement essentiel depuis des siècles. Dès le IXe siècle, il constituait une frontière entre les empires du Ghana et de Tekrour. Les empires médiévaux du Mali (XIIIe-XVIe siècles) puis du Songhaï (XV-XVIe siècles) en contrôlèrent les rives. À partir du XVe siècle, les Européens (Portugais, Hollandais, Français et Anglais) établirent des comptoirs le long de son cours inférieur pour le commerce de l'or, de la gomme arabique et, tragiquement, des esclaves. L'île de Saint-Louis, fondée à son embouchure en 1659, devint la première capitale de l'Afrique occidentale française. Le fleuve a donné son nom au pays du Sénégal, qui devint indépendant en 1960.

Caracteristiques

Longueur : Environ 1 800 km. Bassin versant : Environ 337 000 km². Débit moyen : Variable, d'environ 650 m³/s à Bakel (en crue, il peut dépasser 5 000 m³/s). Régime : Pluvial tropical, avec une seule saison de crue. Principaux affluents : Le Falémé (frontière entre le Sénégal et le Mali), le Karakoro et le Gorgol. Aménagements majeurs : Les barrages de Diama (près de l'embouchure, construit en 1986 pour empêcher la remontée du sel) et de Manantali (sur le Bafing au Mali, construit en 1988 pour réguler le débit, produire de l'hydroélectricité et permettre l'irrigation). Ces ouvrages sont gérés par l'Organisation pour la Mise en Valeur du fleuve Sénégal (OMVS), un modèle de coopération régionale.

Importance

L'importance du fleuve Sénégal est multidimensionnelle. Économiquement, il est crucial pour l'agriculture irriguée (riz, canne à sucre, tomates) dans la vallée et le delta. Le barrage de Manantali fournit de l'électricité au Mali, à la Mauritanie et au Sénégal. Socialement, il assure l'approvisionnement en eau potable pour des millions de personnes et maintient les activités de pêche. Écologiquement, il soutient des écosystèmes uniques (mangroves, zones humides) essentiels à la biodiversité et à la régulation climatique. Culturellement, il est au cœur des civilisations Sérère, Toucouleur, Soninké et Wolof, influençant les traditions, l'organisation sociale et les mythes fondateurs. Sa gestion concertée via l'OMVS est un exemple de diplomatie de l'eau en Afrique.

Anecdotes

L'Île à Morphil

Au Sénégal, dans le cours moyen du fleuve, se trouve l'Île à Morphil, une vaste zone inondable considérée comme le 'grenier' du pays. Cette terre extrêmement fertile, gagnée sur le fleuve, produit une grande partie du riz sénégalais et est le théâtre d'une agriculture intensive et d'un savoir-faire hydraulique traditionnel remarquable.

La légende du Wagadou

Dans la mythologie soninké, liée à l'ancien empire du Ghana (Wagadou), le fleuve Sénégal est associé à un serpent mythique, le Bida. Cette divinité protectrice exigeait un sacrifice humain annuel en échange de la fertilité des terres et de l'abondance de l'or. La rupture de ce pacte aurait conduit à la sécheresse et au déclin de l'empire, montrant l'importance sacrée du fleuve.

Le défi de la Langue de Barbarie

En 2003, pour sauver la ville de Saint-Louis des inondations, une brèche de 4 mètres a été ouverte artificiellement dans le cordon sableux de la Langue de Barbarie à l'embouchure du fleuve. Cette brèche, non maîtrisée, s'est élargie à plus de 6 km en quelques années, modifiant radicalement l'hydrologie locale, détruisant des villages de pêcheurs et menaçant les écosystèmes, illustrant la complexité de la gestion d'un delta fluvial.

Sources

  • Organisation pour la Mise en Valeur du fleuve Sénégal (OMVS) - Rapports et données techniques.
  • Lasserre, F., & Descroix, L. (2011). Eaux et territoires : tensions, coopérations et géopolitique de l'eau. Presses de l'Université du Québec.
  • Boutrais, J. (éd.). (2007). Le fleuve Sénégal et ses affluents : milieux et sociétés. IRD Éditions.
  • Atlas du Sénégal (Éditions J.A., 2020).
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