Introduction
Le fleuve Niger est l'artère vitale de l'Afrique de l'Ouest, structurant les écosystèmes, les économies et les sociétés sur son passage. Son nom, dérivé du berbère 'gher n gheren' signifiant 'rivière des rivières' ou du touareg 'egerew n-igerewen' pour 'rivière des rivières', reflète son importance primordiale. Son cours atypique, formant un immense arc, a longtemps dérouté les géographes européens qui le confondaient avec le Sénégal ou le Nil.
Description
Le Niger prend sa source dans les monts du Fouta-Djalon en Guinée, à seulement 240 km de l'océan Atlantique. Contre toute attente, il s'écoule d'abord vers le nord-est, traversant le Mali sur près de 1 700 km. À Mopti, il reçoit son principal affluent, le Bani, et s'étale dans une vaste plaine inondable appelée le Delta intérieur du Niger, une région de lacs, de marais et de plaines alluviales cruciale pour la biodiversité et l'agriculture. Après Tombouctou, le fleuve décrit une grande courbe vers le sud-est, formant la frontière entre le Niger et le Bénin, puis traverse le Nigeria où il reçoit la Bénoué, son principal affluent de rive gauche. Il se termine par un vaste delta marécageux de près de 30 000 km², le delta du Niger, avant de se jeter dans le golfe de Guinée par une multitude de bras.
Histoire
Le bassin du Niger est le berceau de grands empires et royaumes ouest-africains qui prospérèrent grâce au commerce transsaharien et à l'agriculture rendue possible par le fleuve. L'Empire du Ghana (VIIIe-XIe siècle), l'Empire du Mali (XIIIe-XVIe siècle) avec des cités légendaires comme Tombouctou et Djenné, et l'Empire Songhaï (XVe-XVIe siècle) en sont les exemples les plus marquants. Pour les explorateurs européens, le cours du Niger resta une énigme géographique majeure jusqu'au début du XIXe siècle. L'Écossais Mungo Park mena deux expéditions (1795-1797 et 1805-1806) et confirma son cours vers l'est, bien qu'il périt lors de la seconde. L'énigme fut finalement résolue par l'expédition de Richard et John Lander en 1830, qui prouva qu'il se jetait dans l'Atlantique via le golfe de Guinée.
Caracteristiques
Le Niger présente des caractéristiques hydrologiques uniques. Son régime est complexe, avec une crue annuelle liée à la mousson, particulièrement marquée dans le Delta intérieur où elle peut multiplier la surface en eau par dix. Son débit moyen à l'embouchure est d'environ 6 000 m³/s, mais il est très variable. Le fleuve est navigable sur de longues sections, notamment entre Koulikoro (Mali) et Ansongo (Mali), et en aval au Nigeria. Son bassin versant couvre environ 2,1 millions de km² et s'étend sur neuf pays. Le Delta intérieur, d'une superficie de 40 000 km² en période de crue, est une zone humide d'importance mondiale (site Ramsar) et un poumon économique pour la pêche et l'élevage.
Importance
L'importance du Niger est multidimensionnelle. Écologiquement, il abrite une biodiversité remarquable, incluant des espèces de poissons endémiques, des hippopotames, des lamantins et des oiseaux migrateurs. Économiquement, il est la source de vie pour des dizaines de millions de personnes, fournissant l'eau pour l'agriculture (riziculture, cultures de décrue), la pêche (une des plus productives d'Afrique de l'Ouest), l'élevage, le transport et, de plus en plus, la production hydroélectrique (barrages de Kainji, Jebba et le controversé barrage de Kandadji au Niger). Culturellement, il est au cœur des traditions et des identités des peuples riverains. Sa gestion est aujourd'hui un enjeu de coopération internationale, coordonnée par l'Autorité du Bassin du Niger (ABN) créée en 1980, face aux défis du changement climatique, de la pression démographique, de la pollution et des conflits d'usage.
